Césars 2019: Les chouchous et les snobés... La liste des nominations passée à la loupe

CINEMA La liste des nominations a été révélée ce mardi. Si « Le Grand Bain » et « Jusqu’à la garde » arrivent en tête des nominations, rien ne les assure de régner sans partage sur la cérémonie…

Fabien Randanne

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Les acteurs du film «Le Grand Bain».
Les acteurs du film «Le Grand Bain». — RESOR FILMS – CHI-FOU-MI PRODUCTIONS - COOL INDUSTRIE – STUDIOCANAL - TF1 FILMS PRODUCTION - ARTEMIS PRODUCTIONS
  • La cérémonie des Césars 2019 sera retransmise en direct sur Canal + le vendredi 22 février.
  • « Le Grand Bain », « Jusqu’à la garde », « Les Frères Sisters » et « En liberté ! » sont les films les plus nommés.
  • Le cinéma de genre a une fois de plus été « oublié » parmi les nominations mais la comédie pourrait tirer son épingle du jeu…

Que de pression pour des compressions ! Dix citations pour Le Grand Bain et autant pour Jusqu’à la garde. Neuf pour En liberté ! et Les Frères Sisters. Cette année, aucun film ne règne nettement et sans partage sur la liste des nominations aux Césars révélée ce mercredi. Si l’an passé, 120 Battements par minute et Au revoir là-haut nommés 13 fois chacun avaient récolté respectivement six et cinq Césars, dont ceux de meilleur film et meilleur réalisateur, bien difficile de dire quel long-métrage sera le grand vainqueur de l’édition 2019. D’autant que plusieurs outsiders tels que La douleur (8 nominations), Pupille (7), ou Guy (6) pourraient déjouer les pronostics le 22 février, soir de la cérémonie retransmise en direct sur Canal +.

On n’est pas surpris que Le Grand bain apparaisse dans les catégories principales (meilleur film, réalisation, acteur, seconds rôles, etc.) tant cette comédie sociale sur la masculinité en crise a été un succès critique et public (4,2 millions d’entrées). On notera cependant qu’aucun de ses comédiens n’est nommé parmi les meilleurs acteurs. Philippe Katerine et Jean-Hugues Anglade concourent dans la catégorie du meilleur second rôle masculin.

La cote d’amour de Jacques Audiard et Virginie Efira

Le drame sur la violence domestique Jusqu’à la garde – nommé à la fois pour le césar du meilleur film et celui du meilleur premier film – était aussi un candidat évident aux nominations multiples. Cette œuvre glaçante, vue en salle par près de 380.000 spectateurs, ne peut que marquer les mémoires.

En revanche, que Les Frères Sisters soit nommé à neuf reprises (dont meilleur film et meilleure réalisateur) est plus étonnant. Le western, tourné en anglais avec un casting américain, a été un flop au box-office (moins de 850.000 entrées). Un score bien décevant pour le réalisateur d’Un prophète et de De rouille et d’os, qui confirme ce mercredi qu’il a toujours la cote auprès des votants des Césars.

L’autre chouchoute de la profession, à en juger par la liste des nominations, c’est Virginie Efira qui peut espérer décrocher deux césars le même soir puisqu’elle est en lice parmi les seconds rôles féminins, pour Le Grand bain, et les meilleures actrices, pour Un amour impossible. Dans l’histoire de la cérémonie, seuls deux comédiens ont réussi la performance d’être doublement primés pour leur jeu : Richard Anconina en 1984 pour Tchao Pantin et Tahar Rahim en 2010 pour Un prophète ont reçu les statuettes de la révélation masculine et du meilleur acteur. Une situation qui ne peut plus se reproduire puisque le règlement actuel ne permet plus de concourir dans ces deux catégories. Si Virginie Efira faisait le doublé, la situation serait inédite, aucun acteur ni aucune actrice n’ayant été césarisé la même soirée pour deux rôles différents.

Cumuls de prix ?

Alex Lutz, lui, pourrait également être récompensé deux fois car il est en lice pour le césar du meilleur réalisateur et du meilleur acteur pour Guy. Son vrai-faux biopic d’un vrai-faux chanteur à la gloire fanée a été vu par 176.000 spectateurs mais a été merveilleusement été accueilli par la critique. La cote d’amour de l’humoriste est donc au plus haut. Gilles Lellouche, en revanche, devra se faire une raison. S’il peut être primé en meilleur acteur pour Pupille, et bien que son Grand bain concourt en meilleur film et meilleur réalisateur, il ne pourra pas faire la passe de trois, le règlement empêchant de cumuler le trophée du meilleur film et du meilleur réalisateur. Même « sanction » pour Xavier Legrand ne peut espérer s’adjuger à la fois le césar du meilleur film et celui du meilleur premier film avec Jusqu’à la garde. Dans cette dernière catégorie, le bouleversant Les Chatouilles d’Andréa Bescond et Eric Métayer pourrait lui voler la vedette.

Ces considérations sont un problème de riches dont se contenteraient sans doute les sérieux candidats à la course aux prix qui ont été snobés. Mektoub, my love : Canto Uno d’Abdellatif Kechiche n’a qu’une seule nomination (Ophélie Bau en meilleur espoir féminin, cependant favorite de sa catégorie), de même que Première année de Thomas Lilti (William Lebghil en espoir masculin). Le réalisateur subirait-il un effet boomerang des éloges reçus pour sa série Hippocrate ?

Le cinéma de genre et « Roma » zappés

Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré (Denis Podalydès concourt en meilleur second rôle masculin) est le seul qui fut en compétition sous la bannière française au dernier Festival de Cannes à avoir droit à une citation aux Césars. Les filles du soleil d’Eva Husson ne s’est pas remis de l’accueil glacial qui lui fut réservé sur la Croisette. En guerre, le film social de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon dans un rôle de syndicaliste à bout n’a pas éveillé les consciences sociales des votants en plein mouvement des "gilets jaunes". Et le très queer Un couteau dans le cœur était sans doute trop clivant pour trouver sa place aux Césars. Ironie de l’histoire, son réalisateur, Yann Gonzalez a signé le clip des révélations de cette édition.

Sans que cela ne soit très étonnant, le cinéma de genre (fantastique et horrifique) est le grand absent des nominations. Ghostlandde Pascal Laugier primé l’an passé au Festival de Gerardmer était sans doute trop radical – mais voir Mylène Farmer nommée aurait eu de la gueule. Revenge de Coralie Forgeat et La nuit a dévoré le monde, deux premiers films pourtant très remarqués ont eux aussi été « oubliés ».

Autre genre souvent négligé par la cérémonie, la comédie est assurée du prix du public qui sera décerné aux Tuche 3, champion du box-office français de 2018. Et peut espérer faire une razzia grâce à son versant plus auteuriste avec En liberté ! (9), Guy (6 nominations), L’amour flou (1), voire avec Mademoiselle de Joncquières (6) et Le grand bain (10) si on considère ces œuvres comme des comédies. Au poste ! de Quentin Dupieux, malgré son casting à l’humour quatre étoiles (Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig et Monsieur Fraize) a quant à lui été totalement zappé par les votants.

Concluons avec une énième manifestation de l’exception culturelle française : Romad’Alfonso Cuaron, parce qu'il est seulement visible sur Netflix sans être passé en salle, ne figure pas parmi les candidats au meilleur film étranger. Le long-métrage mexicain, primé à la Mostra de Venise, se consolera très facilement avec ses dix nominations reçues aux Oscars ce mardi.