«Ranma 1/2», «Maison Ikkoku»... Pourquoi il faut lire Rumiko Takahashi, reine du manga et Grand Prix d'Angoulême

BD Finaliste du Grand Prix d’Angoulême 2019, la mangaka Rumiko Takahashi enchante les lectures des Français depuis plusieurs décennies, et il n’est pas trop tard pour s’y mettre…

Vincent Julé

— 

«Maison Ikkoku», «Ranma 1/2», «Urusei Yatsura»... Trois titres phares de Rumiko Takahashi, la reine du manga
«Maison Ikkoku», «Ranma 1/2», «Urusei Yatsura»... Trois titres phares de Rumiko Takahashi, la reine du manga — 1992, 2016 Rumiko TAKAHASHI / SHOGAKUKAN

EDIT : Et elle l’a emporté. Rumiko Takahashi a été sacrée Grand Prix d’Angoulême mercredi soir, en ouverture du festival international de la BD. L’occasion de relire cet article où nous vous donnions des pistes de lecture pour découvrir ou redécouvrir cette reine du manga.

Si elle l’emporte jeudi face au Français Emmanuel Guibert et à l’Américain Chris Ware, Rumiko Takahashi fera coup double. La Japonaise sera la deuxième mangaka à être sacré Grand Prix du festival d'Angoulême après Katsuhiro Otomo en 2015 (et un prix du quarantenaire pour Akira Toriyama en 2013), et surtout la deuxième femme, près de vingt ans après Florence Cestac. L’absence de femmes parmi les Grands Prix, et même les nominés, pèse sur le festival depuis des années, et en 2016, Riad Sattouf, avait préféré céder sa place dans la liste des nominés, entièrement masculine, au profit de, par exemple Rumiko Takahashi».

Si son nom est moins connu en France qu’un Toriyama ou un Miyazaki, ses oeuvres le sont, elles, tout autant, surtout leurs adaptations animées. Chaque enfant des années 1980-90 est déjà tombé sur un épisode des séries Ranma 1/2, Lamu ou Juliette, je t’aime. Mais combien ont lu les mangas originaux ? A la veille de l’ouverture du festival d’Angoulême (et du sacre de Rumiko Takahashi ?), 20 Minutes replonge dans ces lectures indispensables.

« Urusei Yatsura » ou la folie créatrice

Urusei Yatsura, c’est Lamu en français, du nom de cette extraterrestre à la tenue tigrée qui débarque avec son peuple pour envahir la Terre. Ils laissent une chance aux humains : leur représentant désigné, Ataru, lycéen loser et obsédé, doit attraper les cornes de Lamu. Contre toute attente et suite à un quiproquo, il y parvient, sauve le monde, mais Lamu décide de rester, elle est tombée amoureuse d’Ataru. C’est le début d’une cohabitation mouvementée, et le mot est faible.

Pendant 34 volumes, 18 au format « bunko » chez Glénat, Rumiko Takahashi laisse libre court à sa folle imagination. Des situations loufoques toujours renouvelées, qui renvoient autant à l’absurde de certaines émissions télé japonaises qu’à l’humour nonsensique des Monty Python. Son univers est propice à de nombreuses expérimentations, les siennes mais pas seulement. En effet, Mamoru Oshii, déjà réalisateur sur la série animée, signe avec Lamu - Beautiful Dreamer, une adaptation très libre (Takahashi a failli rejeter le script) et surtout l’un des premiers films d’auteur de la japanime moderne, qui annonce déjà toute son oeuvre : Ghost in the Shell, Avalon

Urusei Yatsura, 18 tomes (Glénat)

« Maison Ikkoku » ou la comédie humaine

En parallèle à Urusei Yatsura, Rumiko Takahashi débute un autre manga, Maison Ikkoku alias Juliette, je t’aime. Si délires il y a toujours, ils sont souvent circonscrits à la chambre de l’étudiant raté Yusaku Godai, où ses colocataires hauts en couleur improvisent des fêtes arrosées tous les soirs. Maison Ikkoku est avant tout une comédie romantique, modèle du genre, entre Godai et Kyoko Otonashi, nouvelle concierge et jeune veuve. Enfin surtout dans l’animé. Le manga, lui, se fait également le portrait d’un quotidien, d’un Japon qui vit au rythme des fins de mois difficiles, des bols de ramen, des us et coutumes… Le lecteur ferme chaque tome comme s’il était lui-même un des locataires de la pension des Miiimoooosaaas.

Maison Ikkoku, 10 tomes (Tonkam) - En arrêt de commercialisation

« Ranma 1/2 » ou le shônen pour tous

Avec Ranma 1/2, Rumiko Takahashi s’offre son plus gros succès à travers le monde et s’impose comme la reine incontestée du shônen. Tout y est : ninjas, combats, pouvoirs, personnages perchés, gags visuels… Mais là où le manga fait la différence, c’est dans son inversion des sexes et son jeu autour du genre. Lamu et Kyoko étaient déjà, chacune à leur manière, des personnages de femmes très fortes, à côté desquelles les hommes font peine à voir et sur lesquelles ils n’ont que peu d’influence. Ranma change de sexe selon la température de l’eau, et si la situation est l’occasion de nombreux quiproquos, elle ne change rien du personnage, de sa personnalité, de ses capacités. Sachant que le shônen s’adresse « officiellement » aux garçons, en opposition au shôjo pour les filles, la mangaka livre ici, mine de rien, une leçon d’égalité et de tolérance.

Ranma 1/2, 38 tomes en édition simple, 15 tomes en deluxe (Glénat)

Et aussi…

Rumiko Takahashi n’a pas arrêté sa carrière après Ranma 1/2, elle a enchaîné avec ses deux plus longues séries, Inu Yasha et Rinne, plus portées sur l’action et le folklore. Deux lectures recommandées, agréables, mais moins indispensables, car l’auteure se laisse aller à des répétitions, des mécanismes, à un système « Takahashi ». Mais ses oeuvres se veulent aussi plus matures, plus sombres, et à ce titre, on recommandera plutôt le recueil Mermaid Saga, dont la première histoire, Mermaid Forest, a été éditée en manga en France (chez Glénat), et la seconde, la meilleure, Mermaid’s Scar, est sortie en animé (chez AK Video). Elles permettent de découvrir une autre facette de la dessinatrice, tout aussi passionnante, mais sont devenues aujourd’hui rares, et donc précieuses. Un Grand Prix d’Angoulême serait l’occasion parfaite pour des rééditions.