Isaac Asimov, «Blade Runner», «Akira»… Voici à quoi aurait pu (dû?) ressembler l’année 2019

FUTUR(S) Dans les années 1980, les grands auteurs de science-fiction imaginaient le monde de 2019, on a échappé au pire (et parfois au meilleur)…

Laure Beaudonnet et Vincent Julé

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«Akira», «Blade Runner», «Running Man», images d'illustration.
«Akira», «Blade Runner», «Running Man», images d'illustration. — Tokyo Movie Shinsha / SIPA / HBO
  • De nombreuses œuvres de science-fiction se déroulent en 2019. Ça tombe bien, on vient d’y arriver.
  • Akira, Blade Runner, Running Man… Laquelle de ces fictions est la plus proche de la réalité ?
  • On revient sur cette année 2019 qui aurait pu être tout à fait différente.

Ça y est, c’est le coup de vieux. Le 1er janvier dernier, on a été propulsés dans le monde de demain et on n’a rien vu venir. A en croire certaines des grandes œuvres de science-fiction -Blade Runner, Akira, Running Man, The Island-, on est entré dans le futur cette année. Si les assistants virtuels ont fait leur arrivée dans les foyers français depuis peu et si l’intelligence artificielle a déjà commencé à transformer le monde du travail, on est encore loin des androïdes conscients version Blade Runner ou des grandes prédictions -plutôt optimistes- égrainées dans un article d’Isaac Asimov parues le 31 décembre 1983.

C’est déjà demain mais on n’est pas (encore) traumatisés par les grands changements de notre société. En ce début d’année, petit inventaire des versions de 2019 auxquelles on a (heureusement ?) échappé.

Les robots d’Isaac Asimov

Si seulement Isaac Asimov avait vu tout juste. Dans un article paru le 31 décembre 1983 dans le quotidien The Star, le célèbre auteur de science-fiction dessinait les grandes lignes de l’année 2019. Si on n’y est pas encore, on aurait bien aimé… Parmi ses prédictions, il annonçait une profonde mutation du monde du travail consécutive à la prédominance des machines et des robots. « Les emplois qui disparaîtront seront les travaux de routine de bureau et de chaîne de montage assez simples et répétitifs. (…) Les robots et les machines prendront le relais. (…) Cela veut dire qu’un vaste changement dans l’éducation doit avoir lieu, les populations doivent se familiariser avec les ordinateurs pour apprendre à faire face à un monde de haute technologie ». On croirait presque entendre les prédictions de Laurent Alexandre dans son livre La guerre des intelligences.

Selon Isaac Asimov, les robots auraient dû permettre aux humains de vivre une vie plus libre en loisir. « Non pas un loisir pour ne rien faire, mais pour faire ce que nous voulons faire, être libre de faire de la recherche scientifique, littéraire et artistique, de poursuivre des intérêts extravagants et des passe-temps fascinants. » Allez dire ça aux « gilets jaunes ». Ça doit être la seule version de 2019 qu’on aurait tous aimé vivre. Dommage.

L’apocalypse d’Akira

Manga culte, mètre-étalon de la japanime, monument de science-fiction, Akira est également une œuvre miroir du Japon… et du monde ? En 1988, une mystérieuse explosion détruit Tokyo et annonce la Troisième guerre mondiale. Près de quatre décennies plus tard, et 2019 donc, la capitale nippone est devenue Neo-Tokyo, théâtre d’une jeunesse perdue, d’enjeux politiques vains, de mutations et super-pouvoirs. « Je voulais raconter une histoire dans un Japon ressemblant à celui de l’après-Seconde Guerre mondiale, explique l’auteur de Katsuhiro Otomo en 2012 dans le magazine dBD, une interview reprise sur Wikipédia. Avec un gouvernement contesté, un monde en reconstruction, des influences politiques extérieures, un avenir incertain, et une bande de jeunes livrés à eux-mêmes qui trompent l’ennui à moto. »

Soixante-cinq ans après les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, le Japon est frappé par la catastrophe nucléaire de Fukushima, et ses habitants, modèles de résilience, vivent depuis dans l’attente du Big One. Le reste du monde, lui, ne veut pas attendre, mais à la veille de l’effondrement, les mots et l’œuvre d’Otomo sont plus d’actualité que jamais.

Les replicants de « Blade Runner »

Cette année, l’intelligence artificielle s’est éveillée à la conscience. Ah non, ça c’est dans Blade Runner, le film de Ridley Scott librement inspiré de la nouvelle Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques écrit par Philip K. Dick, où un ex-flic interprété par Harrison Ford traque un groupe de robots. Ces derniers sont appelés les « réplicants », des androïdes créés à l’image de l’homme et utilisés notamment dans le domaine militaire.

Oui, on a vu naître des IA de plus en plus robustes ces dernières années. Elles sont capables d’organiser notre agenda et de comprendre (à peu près) ce qu’on lui dit pour envoyer un SMS à notre place ou prendre des notes, mais pour l’instant, l’intelligence des machines est très limitée et les armes autonomes appartiennent encore au domaine de la science-fiction (coucou les abeilles en forme de drone de Black Mirror).

La téléréalité de « Running Man »

Alors qu’une ancienne candidate révèle les coulisses de la télé-réalité, le pire du genre est toujours à l’antenne, avec, au hasard et pour son titre de série Z, Les Marseillais et Les Ch’tis vs le Reste du Monde. Le pire, vraiment ? Nous sommes en 2019 dans une Amérique totalitaire, et non, ce n’est pas la réalité, mais une fiction, Running Man, le film de Paul Michael Glaser d’après le roman de Stephen King (qui, lui, se déroule en 2025). Pour pacifier les esprits, le gouvernement a créé un show télé, où des prisonniers doivent échapper à des tueurs, sous l’œil des caméras. Avec à la clé, la liberté. Mais la participation d’un flic emprisonné à tort, et interprété par Schwarzy, va mettre au jour les dessous de cette téléréalité du pire : expérience traumatisante, production manipulatrice, images chocs, chacun pour soi… A noter qu’un vrai jeu télé Running Man existe en Corée, dans un esprit bon enfant. Et en France, on préfère bondir que courir.