VIDEO. Premier anniversaire de la mort de France Gall: «Elle a toujours été mal à l'aise avec sa première partie de carrière»

INTERVIEW France Gall, qui s’est éteinte il y a un an, avait dû prendre son destin en main pour chanter des titres qui lui ressemblaient...

Propos recueillis par Lise Abou Mansour

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France Gall lors de l'émission TV "Top a Claude Francois", le 13 septembre 1974.
France Gall lors de l'émission TV "Top a Claude Francois", le 13 septembre 1974. — PELLETAN/SIPA
  • La chanteuse France Gall est décédée le 7 janvier 2018.
  • Jean-Eric Perrin, auteur et ancien journaliste spécialisé dans la musique a écrit le livre France Gall : de Baby Pop à Résiste (GM Editions), il répond aux questions de 20 Minutes.

France Gall nous a quittés il y a un an. Si à ses débuts, elle était plus connue pour ses chansons populaires, souvent enfantines voire « un peu nunuches », la jeune femme avait réussi à s’entourer des plus grands pour interpréter des textes qui la touchaient.

Jean-Eric Perrin, auteur du livre France Gall : de Baby Pop à Résiste (GM Editions) et ancien journaliste spécialisé dans la musique, raconte à 20 Minutes le basculement dans la carrière de France Gall.

Dans votre livre, vous dites qu’elle avait honte de son début de carrière, pourquoi ?

France Gall a toujours été assez mal à l’aise avec sa première partie de carrière. Elle a commencé très jeune. Ce n’était qu’une adolescente. Elle devait redoubler sa troisième quand elle a commencé à faire des disques. A cette époque, elle était chapeautée par son père, qui était son producteur. Autour d’elle, il y avait tout un groupe de personnes qui étaient déjà installées dans le métier. Ils lui concoctaient un personnage de ravissante idiote qui chantait des chansons un peu nunuches. Comme le succès était là, ils pressaient le citron. Mais France Gall avait horreur de ça. C’était quelqu’un qui avait sa personnalité. C’était une jeune femme, elle en avait marre de chanter des chansons pour les enfants ou un peu idiotes, un peu romantiques, comme Je me marie en blanc.

France Gall accompagnée de son père, Robert Gall, en 1976 à Paris.
France Gall accompagnée de son père, Robert Gall, en 1976 à Paris. - Jeanneau Michel

C’est pour ça que, dans la seconde partie de sa carrière, elle a fait un black-out. Elle ne voulait plus jamais entendre parler de cette première partie de sa carrière. Alors qu’il y avait évidemment des chefs-d’œuvre. Il y avait des chansons que lui a faites Gainsbourg ou d’autres, des chansons qui, cinquante ans après, sont toujours aussi pertinentes et magnifiques.

La chanteuse France Gall se produit en mars 1965 dans le cadre de l'Eurovision.
La chanteuse France Gall se produit en mars 1965 dans le cadre de l'Eurovision. - AFP

Dans les années 1970, ses disques se vendent de moins en moins bien. Comment l’expliquez-vous ?

Son succès a été très conséquent dans les années 1960 puis ça a commencé à marcher de moins en moins bien. Elle était toujours une chanteuse connue. On la voyait toujours à la télé. Elle faisait partie du paysage mais ses 45 tours ne se vendaient quasiment plus. Quand on arrive dans les années 1970, le filon de la France Gall qui chante des chansons de jeune fille amoureuse du garçon qu’elle a vu sur la plage, c’était terminé. France ne savait plus quoi faire mais son entourage persistait à lui faire enregistrer des chansons qui étaient sans aucun intérêt, qui ne marchaient pas et qui ne lui plaisaient pas.

Comment a-t-elle réussi à changer son image de « baby doll » ?

A un moment, elle s’est dit « ça suffit ». Elle avait presque 30 ans et a décidé de se débarrasser gentiment de son entourage, notamment de son père. Elle lui a dit : « Maintenant j’arrête de suivre ce que tu me dis de faire et je vais m’occuper moi-même de ma carrière ». Elle a cherché des gens pour lui faire des chansons car elle n’était ni auteur ni compositeur.

C’est à ce moment-là qu’elle a rencontré Michel Berger ?

Un jour de 1973, elle était dans sa voiture elle a entendu une chanson dans l’autoradio. C’était une chanson de Michel Berger et elle s’est dit : « C’est lui que je veux pour m’écrire des chansons. » Pendant plusieurs mois, elle est allée le voir tous les jours pour le convaincre de lui écrire des chansons. Entre-temps, ils sont tombés amoureux, et c’est devenu un couple.

France Gall et Michel Berger le 23 mai 1976 sur un plateau télé.
France Gall et Michel Berger le 23 mai 1976 sur un plateau télé. - Boccon-Gibod

Au fur et à mesure, elle a réussi à chanter des titres qui la touchaient, la concernaient. Quels étaient les grands thèmes qu’elle a commencé à aborder ?

La quasi-majorité de ses chansons, comme la plupart des chansons populaires, parlaient d’amour. Mais à partir des années 1980, avec Michel Berger, ils se sont investis dans des actions humanitaires réelles. Ils ne se contentaient pas, surtout elle, de faire comme beaucoup d’artistes qui participent à une œuvre caritative ou qui vont chanter aux Enfoirés pour faire leur BA et redorer leur image.

Elle, elle était vraiment investie et impliquée. Elle avait créé l’association des Amis de Ngor pour aider les habitants de l’île sénégalaise sur laquelle elle se rendait deux à trois fois par an. Au fur et à mesure, elle a commencé à faire transparaître son engagement personnel dans ses chansons. C’est le cas de Babacar que tout le monde connaît. Elle raconte sa rencontre à Dakar avec une jeune femme qui a un bébé dans les bras et qui est dans une telle misère qu’elle veut lui donner son bébé. France Gall s’est dit « non, je ne vais pas faire ça. Tu vas garder ton bébé et je vais te donner de l’argent régulièrement pour que tu puisses prendre un appartement, avoir un travail et élever ton enfant. » Et voici comment est née, à partir de son expérience personnelle, une chanson que tout le monde connaît maintenant.

Peut-on dire que c’était une artiste engagée ?

Dans sa vie personnelle, c’était une femme très engagée. Elle ne trouvait pas ça normal que des gens crèvent de faim alors que dans d’autres pays tout le monde vit dans l’opulence. C’était vraiment son combat. Après, au niveau de ses textes, on reste dans la chanson populaire. On n’est pas dans la chanson engagée. Ce n’est pas Bob Dylan, ni Lavilliers. La politique, ce n’était pas son territoire à elle.