Fêtes de fin d’année: Notre manuel rapide et efficace pour plomber le repas de Noël

CONVERSATION AUTOUR DU SAPIN Noël rime souvent avec questions gênantes. On a concocté un guide des réponses pour détourner l’attention des plus indiscrets…

L.B.

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«Et passe un joyeux Noël, vieille dinde»
«Et passe un joyeux Noël, vieille dinde» — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • A l’heure des grands rassemblements familiaux, il y a toujours un membre de la famille pour mettre les pieds dans le plat et poser des questions qui nous renvoient à nos échecs.
  • Pour fermer le bec de mamie Jacqueline ou tonton Albert, on vous a concocté un petit manuel pour bien plomber l’ambiance de cette fin de l’année.
  • Vous ne serez plus les seuls à sortir les mouchoirs. C’est promis.

« Alors, tu n’es toujours pas marié(e) ? Et tu vis toujours aux crochets de la société avec ton chômage, flemmard(e) ? ». Il y a toujours un membre de la famille qui, devant le sapin, prend un air faussement compassionnel pour souligner à quel point vos choix ne correspondent pas à leur vision de la réussite. Pour certains, l’heure de la bûche et du foie gras, c’est le rappel de la lose, surtout s’ils ont le malheur d’être célibataires et de prendre leur temps pour répondre aux diktats de la société (entendre, mariage avant 30 ans et bébé dans la foulée).

Pour vous éviter ces moments de délicieux malaise ou pour simplement fermer le bec de mamie Jacqueline ou tonton Albert, on vous a concocté un petit manuel pour bien plomber l’ambiance de cette fin de l’année. Il n’y a pas de raison que vous soyez les seuls à sortir vos mouchoirs devant la dinde (pas celle qui est assise à votre droite), il faut partager. Voici quelques exemples de réponses pour refroidir l’ambiance du dîner.

Question numéro 1 : « Alors, ce bébé on l’attend toujours, c’est pour 2019 ? »

« Merci, mais non merci. Comme l’a montré une étude relayée par l'AFP, le meilleur moyen de réduire son empreinte carbone, c’est de faire un enfant en moins. L’étude avait été publiée en 2017 dans la revue Environmental Research Letters et, selon l’un des auteurs qui s’était expliqué dans une interview au site catholique Life Site, "le vrai problème n’est pas d’avoir des enfants, mais la société de forte consommation dans laquelle ils vont naître". Pour faire des économies d’énergie, dans notre société, faire moins d’enfant est le geste le plus efficace. Ce n’est pas avec tes nouvelles ampoules qu’on va limiter le réchauffement climatique à 2°C. »

Question numéro 2 : « Tu as trouvé un boulot bien payé cette fois ? »

« Tu m’expliques quel est l’intérêt de trouver un travail quand on sait que les machines vont tous nous mettre au chômage ? Autant s’habituer dès maintenant à ne rien faire… De nombreux spécialistes de l’intelligence artificielle, comme Laurent Alexandre, s’accordent pour dire que l’automatisation va changer la face du monde du travail. Les robots s’apprêtent à détruire nos emplois, et ça a déjà commencé. "Il existe des logiciels d’IA qui remplacent intégralement un comptable. La radiologie sera faite par l’IA dans pas longtemps, mais je n’ai aucun souci pour les radiologues qui sont bac + 10, je suis plus inquiet pour les camionneurs", expliquait le spécialiste des nouvelles technologies à 20 Minutes au moment de la sortie de La guerre des intelligences. Tout n’est pas perdu, si tout se passe bien, l’intelligence artificielle pourrait travailler à notre place et nous assurer un revenu universel. Etre payé à se la couler douce, ça me dit bien. Le travail, ce n’est pas le futur de l’humanité. Je suis déjà dans le futur, voilà tout. »

Question numéro 3 : « Et la souffrance des carottes, tu y penses ? »

« Très drôle. Avant d’avaler ton foie gras et de t’empiffrer de chapon, tu as vérifié leur mode de production ? Je t’ai offert le DVD des dernières vidéos de L214 pour accompagner ton plat. Tu ne te souviens pas, début novembre, l’association militante a diffusé une nouvelle vidéo choc sur la maltraitance animale qui a conduit à la fermeture provisoire d’un abattoir certifié bio de l’Indre, à la demande du ministre de l’Agriculture.

Des animaux suspendus par une patte, découpés alors qu’ils sont encore conscients : ces images filmées en secret entre fin août et début septembre par l’association de défense des animaux, ont conduit la préfecture à suspendre immédiatement, et de manière provisoire, les activités de l’abattoir du Boischaut, un établissement public de Lacs (Indre), géré par la communauté de communes du Pays de La Châtre-Sainte-Sévère.

Arrêter de consommer de la viande est, par ailleurs, l’une des recommandations du Giec. Dans son 5e rapport, de réduire la consommation de viande. L’élevage émettant plus de gaz à effet de serre que les transports. Ça fait deux arguments pour privilégier la souffrance des carottes, comme tu dis. »

Question numéro 4 : « On se retrouve l’année prochaine ? »

« Si on est encore là. Ce n’est pas dit que le collapse, l’effondrement de la civilisation thermo-industrielle, n’aura pas eu lieu d’ici l’année prochaine. Ça pourrait aller très vite. Une simple rupture des approvisionnements énergétiques en France aurait des conséquences dramatiques. Rappelons que l’or noir assure 95 % des transports et que, sans lui, le système électrique actuel s’effondrerait. Si on commence à manquer d’énergie [ Total a annoncé un début de pénurie de pétrole pour 2020, à un ou deux mois près, on ne va pas chipoter], les centrales d’épuration d’eau ne fonctionneront plus correctement, les produits de première nécessité ne seront plus acheminés faute de transports. Ça voudrait dire : plus de nourriture nulle part, difficulté à trouver de l’eau potable (surtout dans les villes), plus de lumière, plus d’ordinateurs, plus de transports en commun, plus de voitures…

La résilience de Paris, c’est trois jours. « Au bout de trois jours, il n’y a plus rien à manger », explique Alexandre Boisson, cofondateur de SOS Maires, qui pratique le lobbying citoyen auprès des maires. La panique risque d’accentuer la pénurie (rappelez-vous de la crise du beurre en 2017). Les habitants des très grandes villes mourront de faim s’ils ne s’en échappent pas le plus rapidement possible pour se réfugier dans les campagnes, près d’une source d’eau. Se retrouver devant une dinde l'année prochaine? Rien n’est moins sûr. »

Et bonne année surtout!