Avec un bon bouquin sous la couette, vous seriez plutôt romance ou fin du monde?

ROMAN JEUNESSE « Dix jours avant le fin du monde », de Manon Fargetton, et « Brexit Romance », de Clémentine Beauvais: deux romans ado pour bien commencer la nouvelle année…

Caroline Delabroy

— 

Les lendemains de fêtes, on préfèrerais parfois rester, comme «Bridget Jones» toute la journée sous la couette.
Les lendemains de fêtes, on préfèrerais parfois rester, comme «Bridget Jones» toute la journée sous la couette. — Interfoto USA/Sipa
  • Avec « Dix jours avant le fin du monde », Manon Fargetton signe un roman en pleine apocalypse très réussi. Attention, le compte à rebours est lancé.
  • Avec « Brexit Romance », de Clémentine Beauvais, le lecteur a l’impression d’être devant une comédie à l’anglaise. A savourer de préférence avec un bon thé chaud.

Le réveil est difficile après une nuit de fête ? La couette vous tend les bras ? On a la solution. Délaissez Netflix - trop convenu pour le premier jour du reste de l’année 2019 - et plongez dans un bon roman ado. Parce qu’on n’est pas quand même inflexible, on vous laisse le choix entre fin du monde et romance. Dans ces deux genres, ces deux livres excellent, croyez-nous.

« Dix jours avant le fin du monde », de Manon Fargetton.

Le pitch : Deux lignes d’explosion ravagent la Nouvelle-Zélande et la Russie, et se propagent de part et d’autre du globe. De rares images satellites sont disponibles, avant que les hashtags internetshutdown et globalshutdowns ne se répandent. Les murs d’explosion laissent derrière eux un paysage lunaire et poussiéreux, où ne subsiste aucune trace de constructions humaines. Les lignes doivent se rejoindre au large de la côte atlantique. Une frontière des derniers survivants se dessine, que les personnages du roman vont chacun tenter de rejoindre. Ils sont six hommes et femmes, ne se connaissent pas tous, le destin va les faire se croiser. Ensemble, ils ont dix jours à vivre avant la fin du monde…

L’auteure : On avait laissé Manon Fargetton signant un livre à quatre mains. Il était question de secret de famille, et déjà d’une forme de suspense. Avec ce roman apocalyptique, elle renoue avec un genre qui lui est cher, et signe pour la première fois chez Gallimard Jeunesse. Pour le salon du livre jeunesse de Montreuil, elle avait confié ce qu’elle ferait dix jours avant la fin du monde : «Je chercherais le calme, je crois. La mer. Un feu sur une plage. Les gens que j’aime. Du chocolat. Oui, plein de chocolat !»

Pourquoi on aime : Le compte à rebours est lancé dès la première page : H-239. Servi par une écriture claire, directe, le dispositif fonctionne très bien. Difficile de lâcher le livre, tant les histoires intimes prennent corps au milieu de ce désastre collectif, tout en évitant les clichés du roman catastrophe. Il y a l’énigmatique Valentin, Lili-Ann qui ne cesse de se demander ce que ferait sa sœur Laure en pareilles circonstances, Gwenaël, dont le désir d’écriture fragilise le couple avec Sara, et qui écrit un livre dans le livre. Il y a aussi Béatrice, l’une des dernières flics de France à rester au front, Brahim, chauffeur de taxi au cœur sur la main, et aussi la petite Ninon : comment, à six ans, vit-on la fin du monde ? Bref, une belle galerie de personnages, à laquelle on s’attache et qui nous tient en haleine jusqu’au dénouement à l’heure H…. , on ne vous dira pas si le compte passe en positif.

L’indice Nouvel An : Une année qui se termine, l’autre qui commence par sa cohorte de questionnements, alors pourquoi pas celui-ci : que ferais-je si j’avais dix jours encore à vivre ? Sans compter, les interrogations sous-jacentes que pose le livre : d’où viennent ces lignes de feu, complot politique, environnement, attaque extraterrestre ? Au moins, sur les deux premiers thèmes, on peut décider d’agir en 2019.

Dans la même veine : Pour verser cette fois du côté postapocalyptique, plongez dans la saga Young Adult L'Autre Monde, de Maxam Chattam (Livre de Poche). Un orage éclate le lendemain de Noël. Les jeunes Matt et Tobias se retrouvent sur une terre ravagée, où la nature reprend le pouvoir…

« Brexit Romance », de Clémentine Beauvais

Le pitch : Dans l’Eurostar qui l’emmène à Londres, un an après le vote en faveur du Brexit, la jeune Marguerite fait le voyage avec Kamenev, son répétiteur et imprésario, pas beaucoup plus vieux qu’elle, mais qui la vouvoie et lui enseigne, en lecteur de l’Humanité qu’il est, les subtilités du «up» et du «down» dans la langue anglaise (obsédée selon lui par la verticalité). Elle va chanter le soir même le rôle de Susanna dans Les noces de Figaro. Leur chemin va croiser celui de Justine, créatrice avec son frère d’une start-up secrète, Brexit Romance, qui organise des mariages blancs pour que les Anglais conservent le précieux passeport européen. Entrent aussi dans la danse Cosmo, le lord réac, Rachel la mélomane, un polytechnicien nommé Gonzague, et même Marine Le Pen… De nombreuses rencontres émaillent ainsi cette comédie. Car évidemment, les plans se compliquent. Les bonnes alliances, sur le papier, sont vite à l’épreuve de la réalité. Pas facile le rôle d’entremetteuse de l’ombre.

L’auteure : Arrivée étudiante en Grande-Bretagne, Clémentine Beauvais y vit toujours et enseigne à l’université de York, tout en poursuivant une belle carrière d’écrivain. Déjà plus de quinze livres à son actif, et un public au rendez-vous : Les Petites Reines (plus de 30 000 exemplaires vendus) a été adapté au théâtre, et devrait l’être bientôt au cinéma. Brexit Romance faisait partie cette année de la sélection du prix Vendredi. Bref, une auteure qui sait toucher juste.

Pourquoi on aime : D’abord, il y a chez Clémentine Beauvais le talent de poser tout de suite un ton, un rythme. A la façon de David Lodge, nous voici avec une belle galerie de personnages dans une comédie qui distille d’amusantes réflexions sur nos voisins british. C’est enlevé, drôle, tendre. Sans oublier de regarder de ce côté-ci de la Manche, comme cette détestation chez Kamenev d’Emmanuel Macron, «alors que de manière évidente il était cool, lisait de la grande littérature, et était très fidèle à sa femme».

L’indice Nouvel An : Forcément, on pense à Bridget Jones, et cette romance à la mode anglaise constitue une parfaite alternative au pull de Noël de Mark Darcy. Sans compter que le Brexit va faire l’actualité du mois à venir.

Dans la même veine : La première fois que j'ai été deux, de Bertrand Jullien-Nogarède (Flammarion Jeunesse) raconte une love-story, des deux côtés du Chanel cette fois. Il a suffi qu’un anglais à cravate, Londonien des beaux quartiers, surgisse de nulle part pour que Karen la petite Française de banlieue ne touche plus le macadam…

Dix jours avant la fin du monde de Manon Fargetton, Ed. Gallimard Jeunesse, 464 p., 19 €. A partir de 13 ans.

Brexit Romance, de Clémentine Beauvais, Ed. Sarbacane, 456 p., 17 €. A partir de 13 ans.