Violences, lapsus, boulettes en cascade… Les journalistes vont mal

COUP DE MOU Ces dernières semaines, les journalistes ont affronté la violence des «gilets jaunes» et celle des forces de l'ordre, sans compter une actualité très dense…

L. B.

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Micro perche de la chaine d'info continu francaise CNEWS (ex-iTele), dans la cour de l'Hotel de Matignon. Paris, France, le 17 Octobre
Micro perche de la chaine d'info continu francaise CNEWS (ex-iTele), dans la cour de l'Hotel de Matignon. Paris, France, le 17 Octobre — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

En danger à l’international et au bout du rouleau en France. Après trois années de baisse, les violences contre les journalistes sont reparties à la hausse en 2018, avec 80 journalistes tués à travers le monde, selon le bilan annuel de Reporters sans frontières (RSF) publié mardi. Plus de la moitié des journalistes tués ont été « sciemment visés et assassinés », à l’instar de l’éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul le 2 octobre, et du journaliste slovaque Jan Kuciak tué le 21 février.

Si en France, ils ne craignent pas pour leur vie, ils ont toutefois fait l’objet de violences inédites à l’heure de la mobilisation des « gilets jaunes » et leur fatigue se fait sentir. Boulettes en cascade, lapsus en direct, les journalistes semblent au bord de la crise de nerfs (on pèse les mots).

« Ras la plume de se faire malmener »

Les quatre semaines de mobilisation des « gilets jaunes » ont clairement montré les premiers signes du malaise dans les médias. « Insultes », « crachats », « menaces »… des dizaines de journalistes ont dénoncé sur les réseaux sociaux des tensions dans le cadre de la couverture des rassemblements des « gilets jaunes », à la fin du mois de novembre. « Le journaliste en a ras la plume, le micro ou la caméra de se faire malmener, insulter, conspuer », ont lancé huit journalistes montpelliérains, réunis dans le collectif #Payetoiunjournaliste, dans un communiqué appelant à « renouer le dialogue avec les citoyens ».

Cinq semaines plus tard, les policiers ont pris le relais de la violence. Confiscation de matériel de protection ou de prise de vue, tirs de « lanceurs de balle de défense » dans le dos ou dans la tête, coups de matraque télescopique répétés… Une vingtaine de photoreporters et de journalistes indépendants ont dénoncé les violences commises lors des manifestations du 8 décembre à Paris. Ils ont porté plainte vendredi dernier, à la veille de l’acte V, selon des informations du Parisien. Dans un courrier adressé vendredi au préfet de police de Paris, Michel Delpuech, au procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, et au ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, leur avocat Me Jérémie Assous annonce le dépôt de vingt-quatre plaintes pour des altercations avec les policiers.

« I Shot the Sheriff »

Les journalistes ne font pas seulement face à des violences, ils subissent les conséquences d’une actualité très dense. Le coup de pompe se fait sentir avec l’attentat de Strasbourg, arrivé comme la cerise sur le gâteau. Les erreurs se sont enchaînées sur les plateaux de télévision à l’heure de l’attaque du marché de Noël qui a fait cinq morts et 11 blessés. D’abord, Pascale de la Tour du Pin s’est plantée de chaîne en direct sur LCI mercredi dernier, alors que Chérif Chekatt était toujours en fuite. La journaliste a fait un lapsus très remarqué au moment de lancer la matinale spéciale consacrée à l’attentat. « Il est quasiment 8h, édition spéciale sur BFMTV », a-t-elle lâché en référence à son ancien employeur. Le même jour, sur le journal de 20 heures de France 2, Anne-Sophie Lapix s’est trompée de nom au moment de présenter sa journaliste. Elle a annoncé Anne-Claire Coudray, journaliste sur  TF1, au lieu de celui Anne-Claire Poignard.

En parlant de faute d’inattention, BFMTV n’est pas en reste. La chaîne d’info en continu n’est pas passée inaperçue jeudi soir en diffusant la chanson de Bob Marley I Shot the Sheriff sur son antenne, après la mort de Chérif Chekatt. « C’est un enchaînement d’erreurs humaines, il n’y avait aucune volonté délibérée », explique François Pitrel, président de la société des journalistes de BFMTV. La chaîne s’est excusée pour ce qu’elle a qualifié d’« incident grave », dans un message diffusé à l’antenne vendredi matin, également publiée sur son site. Le cycle de mobilisation semble toucher à sa fin. Les journalistes vont peut-être respirer un peu, au moins pendant les fêtes.