Lomepal veut «prendre la folie comme un pouvoir au lieu d’un fardeau»

RAP Le rappeur sort son nouvel album «Jeannine», ce vendredi…

Clio Weickert
— 
Lomepal sort «Jeannine», son nouvel album.
Lomepal sort «Jeannine», son nouvel album. — Viktor Vauthier
  • Lomepal sort son nouvel album « Jeannine ».
  • Alors que le rappeur développe le thème de la folie dans ce nouveau projet musical, « 20 Minutes » lui a proposé une interview consultation.

Lomepal  revient avec Jeannine. Derrière le titre énigmatique de ce  nouvel album qui sort vendredi, se cache le prénom de la grand-mère de l’artiste. Une mamie aujourd’hui disparue, et considérée comme « folle » toute sa vie. Mais si l’artiste dévoile une partie de son visage sur la pochette de ce nouveau projet musical, et qu’il en parle dans plusieurs titres, « il ne s’agit pas d’un album sur elle, précise Lomepal, lors d’un après-midi promo de novembre. Elle sert d’égérie, elle en représente le concept, de la liberté positive qu’apporte la folie ».

Si Lomepal loue surtout la folie douce, 20 Minutes a décidé de le prendre au pied de la lettre, en s’attardant sur les quelques maux et symptômes qu’il égrène au fil de l’album. Solitude, syndrome de Peter Pan, mélancolie… Le chanteur, révélé à l’été 2017 et désormais installé parmi les rappeurs qui comptent, s’est livré dans une interview consultation, en rebondissant sur les paroles de ses chansons.

« Dans ma tête c’est le chaos »

Le chaos ? « C’est une image, ça veut dire que beaucoup de choses se mélangent dans ma tête. D’un point de vue psychologique, je n’ai pas eu les bons repères dans mon enfance, j’ai tout eu un peu dans le désordre, c’était très instable. J’ai dû faire face à des choses très très jeunes, plein de fois j’ai eu des crises d’angoisse… En même temps j’avais peut-être un regard plus mature sur les choses, en tout cas j’étais différent. Mais j’ai encore un terrain un peu instable, émotionnel notamment… J’essaye de faire les choses bien donc c’est beaucoup de remises en question ».

« Ma grand-mère était folle et elle m’a transmis son pouvoir »

Quelle folie ? « Ma grand-mère était vraiment folle, il n’y a pas de doute. Elle était psychotique à un haut degré. Elle se mettait toute nue, elle se lavait avec de l’eau de javel, elle est partie pieds nus en Inde pour sauver le monde, elle a déchiré ses papiers à la douane, elle a habité dans une secte pendant un an avec ma mère, elle voulait se marier à son gourou… On est dans le gros dossier. Il y a plein d’histoire fascinante sur ma grand-mère et c’est ça qui m’intéresse dans l’album. Ça ne m’intéresse pas de parler de ses passages très sombres, où elle se sentait persécutée, c’était des immenses souffrances… Mais le côté "libre" m’intéresse beaucoup. Quand je dis qu’elle m’a transmis son pouvoir c’est que parfois, surtout quand je suis sur scène, j’ai l’impression de rentrer en transe, un peu. Ça peut-être éprouvant, et ma petite sœur qui est comédienne, m’a déjà confié qu’elle aussi devient complètement quelqu’un d’autre. Elle s’inspire beaucoup de ma mère et de ma grand-mère dans des états de crise de nerfs et psychotiques, et elle se sent très mal quand c’est fini. Est-ce que ce pouvoir créatif vient de ma grand-mère ? Je n’en sais rien… Mais c’était cool de prendre la folie comme un pouvoir au lieu d’un fardeau ».

« Il n’y a pas de remède à se sentir seul »

Peur de la solitude ? « Quand je dis ça, je sens que c’est un peu hypocrite. Tous mes potes m’accompagnent en tournée, j’habite en coloc… Je suis tout le temps avec des gens. Mais je veux surtout parler de la solitude qu’on a même quand on est avec des gens. On peut se sentir seul même au milieu d’une foule. Les angoisses que j’avais quand j’étais plus jeune étaient des crises de déréalité. J’ai d’ailleurs encore une toute petite partie de moi qui croit encore à ça. De croire que tout est dans ma tête, que je suis l’élu de mon monde, que la seule preuve que j’ai de l’existence c’est mon point de vue… Tout ce que j’ai vraiment voulu je l’ai eu, j’ai su bousculer les choses que j’avais envie de bousculer, comme si finalement c’était moi qui écrivais la suite. Mais c’est une toute petite partie de moi qui croit à ça. Parfois je suis un peu croyant aussi, comme si je parlais à une force supérieure auprès de qui j’essaye de faire bonne figure. Après je me dis que si ça m’aide à être quelqu’un de bien, ce n’est pas quelque chose de négatif ».

« Môme à 27 ans »

Syndrome de Peter Pan ? « Oui, mais c’est un syndrome très courant non ? Le problème c’est quand tu arrives à vivre avec ce syndrome et que ça ne te pose presque pas de soucis. J’arrive à vivre comme un gamin, et tout se passe à merveille, donc ça me conforte. Pour le moment je peux continuer à faire le con parce que c’est ça qui me donne de l’inspiration. Aujourd’hui, ma vie n’est pas si différente que lorsque j’avais 14 ans. Je sors le soir, je vais faire la fête, je fais du skate la journée, je m’amuse, j’écoute de la musique, je suis avec mes potes… Mon management prend toutes les responsabilités. Pour tout dire, je ne fais même pas mon inscription à Pole emploi ! Même ça, j’ai réussi à ne pas le faire, donc ça montre à quel point je suis assisté pour tout ce qui ne m’intéresse pas ».

« Je ne fais plus de rêves »

Des problèmes d’insomnie ? « Je parle plutôt des "rêves" au sens de "projets", mais oui j’ai des grosses périodes d’insomnie. Quand je partais en vacances quand j’étais jeune, les premiers voyages avec mes potes, il pouvait se passer une semaine ou dix jours où je ne dormais que deux heures par nuit. Je me demandais comment je tenais, mais c’était hyper précieux pour moi et je n’avais pas envie de perdre du temps et de gâcher un moment de vacances. C’était positif mais un peu bizarre quand même, j’étais tout le temps content et hyperactif. Le sentiment d’hyperactivité je l’ai depuis que je suis très petit, je ne peux pas tenir en place, je sens que la machine tourne vite et parfois je me rends compte que ce n’est pas normal. Je dépense trop d’énergie et j’ai l’impression que mon corps me fait croire que je pourrais en dépenser encore plus, tellement je suis stressé. Après j’ai des périodes où c’est tout l’inverse. Je ne fais rien, et je ne fais que dormir dormir dormir… »

« Si je n’ai plus d’étoiles dans les yeux c’est pour mieux voir venir le vide »

Un penchant pour la mélancolie ? « Pour moi, dans la mélancolie il y a quelque chose de subtile, du plaisir qui est un peu inexplicable. Je pense qu’il y a du masochisme dans plein de choses. Pourquoi est-ce qu’on aime autant les histoires tristes et touchantes ? Je vais dire un truc horrible que personne n’ose dire. Tu as déjà imaginé que des gens que tu aimes mourraient, ou que toi tu mourrais ? Tout le monde est très triste et tu as envie de pleurer en y pensant, mais il y a un certain plaisir à l’imaginer. Il y a une sorte de complaisance dans cette souffrance. C’est complètement ambivalent, tu as le plaisir dans l’horreur. Plein de fois j’ai déjà imaginé que ma mère mourait par exemple. C’est une sensation horrible que je n’ai pas du tout envie de vivre parce que c’est une des personnes que j’aime le plus au monde, mais il y a quelque chose que je n’explique pas, qui est un peu agréable ».