COP24: La «blue economy» peut-elle sauver la planète?

FUTUR A l’occasion de l’ouverture de la COP24, « 20 Minutes » s’est penché sur un système alternatif qui, selon ses prophètes, pourrait éviter la catastrophe qui se dessine…

Laure Beaudonnet

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La Terre vue de l'espace.
La Terre vue de l'espace. — Alexander Gerst/ESA/N.A.S/SIPA
  • La COP24 ouvre ses portes du 2 au 14 décembre à Katowice, en Pologne.
  • Sur le modèle de la nature, la Blue economy de Gunter Pauli vise le zéro déchet et zéro émission tout en créant de la croissance.
  • La «blue economy» propose une alternative à l’économie verte en cherchant des solutions pour l’environnement qui sont à la portée de tous les porte-monnaie.

La transition écologique n’était peut-être qu’une sombre affaire de daltonisme. On voyait la révolution en vert alors qu’elle se jouait en bleu. Et ce n’est pas une blague. La « blue economy » (bleu comme l’océan, comme le ciel, comme la Terre vue de l’espace), selon ses prophètes, pourrait changer le futur de notre planète, mais elle demande de repenser le modèle. En somme : de penser différemment.

A l’occasion de la COP24 qui s’est ouverte dimanche à Katowice en Pologne, 20 Minutes explore ce modèle alternatif imaginé -et testé- par Gunter Pauli, membre du club de Rome et fondateur de l’Institut Zeri (Zero Emissions Research Initiatives) qui a contribué aux préparatifs du protocole de Kyoto. L’idée : si on produit ce qui est disponible localement et qu’on valorise les déchets, on peut atteindre l’idéal de zéro déchet et zéro émission, tout en créant de la croissance. En somme, sauver la planète, tout en créant des emplois et en préservant notre pouvoir d’achat, c’est possible.

Déchets + connaissance = richesse

« Dans l’économie verte, tout ce qui est bon pour nous et pour la planète coûte cher, et tout ce qui est mauvais pour nous et pour la planète ne coûte pas cher », analyse Gunter Pauli, souvent qualifié de Che Guevara du développement durable. Elle pose un problème de riche. A l’inverse, « dans l’économie bleue, ce qui est meilleur est moins cher », complète Idriss Aberkane, docteur en neurosciences cognitives et économie de la connaissance et président de la Fondation Bioniria.

Pour la « blue economy », le déchet a de la valeur si on l’utilise correctement. « La définition stricte et rigoureuse d’un déchet, explique Idriss Aberkane, c’est un produit dont la demande est négative, il faut payer quelqu’un pour le prendre tellement personne n’en veut ». Et si on observe la nature, le déchet n’existe pas. « Pour toute offre, il y a une demande », poursuit-il. Nos systèmes économiques produisent des choses pour lesquelles il n’y a pas de demande. Et l’économie bleue, sur le modèle de la nature, c’est l’idée qu’avec la bonne connaissance, on peut transformer un déchet en richesse.

C’est bien joli sur le papier, mais concrètement, ça donne quoi ? Gunter Pauli a non seulement théorisé le concept, mais il n’a pas attendu qu’on lui donne la permission pour mettre la main à la pâte. Serial entrepreneur d’origine belge, il est derrière la feuille de pierre, produite sans eau et sans arbre, uniquement avec de la poussière de pierre, et recyclable à l’infini. Il a découvert que le marc de café est un très bon compost pour cultiver les champignons, il a eu l’idée d’utiliser le CO2 des centrales à charbon pour produire de la spiruline… La liste de ses trouvailles est longue.

La blue economy, la vraie révolution industrielle ?

Le CO2 est un bon exemple. On pense qu’il est mauvais parce qu’on ne sait pas quoi en faire. Le béton de miscanthus, par exemple, a la vertu d’absorber le CO2. « La Chine a consommé plus de ciment en trois ans que les Etats-Unis pendant le 20e siècle, pointe Idriss Aberkane. Le béton libère du CO2 et contribue à l’effet de serre. Si une fraction négligeable du béton chinois était coulée en miscanthus, les objectifs de la COP21 seraient atteints ». Les déchets que l’homme produit peuvent servir, il faut seulement trouver comment. « Si l’empreinte est gigantesque, c’est parce que nos modes de production ne sont pas intelligents », poursuit Idriss Aberkane. Dans le futur, selon lui, les pays riches ne seront pas exportateurs de déchets comme aujourd’hui, mais importateurs.

Alors que les rapports du Giec sont de plus en plus alarmistes, pourquoi tous les pays ne se sont pas déjà mis à la blue economy ? Notre industrialisation n’est pas terminée. « On doit passer de l’industrialisation brutale à l’industrialisation subtile », insiste le spécialiste de l’économie de la connaissance. Et, comme toutes les révolutions, l’économie bleue n’a pas achevé son destin. Si l’on en croit le philosophe allemand Arthur Schopenhauer, souvent cité par Idriss Aberkane : « Toute vérité franchit trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant été une évidence ». Clairement, l’économie bleue a encore du chemin à faire pour devenir une évidence.

« Le drame se produira »

« Dans les années 2000, je me suis entendu dire que la blue economy, ce n’était pas de la recherche. J’ai entendu des gens affirmer que Gunter Pauli était un charlatan, alors qu’en Asie, j’ai vu des politiciens du plus haut niveau qui considéraient ses travaux comme étant la seule alternative pour leur pays », pointe le chercheur qui reste optimiste. « Il n’est pas encore trop tard, il y a tout un tas de choses qui peuvent être faites ». Et Gunter Pauli ne le contredit pas, même si, selon lui, les 2°C seront dépassés. « Le drame se produira, se désole-t-il. Mais quand il y a une force négative, il y a une force opposée, positive. La différence entre succès et perte totale, en général, ce sont quelques minutes ou quelques millimètres. On joue à la roulette ». C’est rassurant…

Gunter Pauli en a fait des fables, des histoires écolos pour les enfants imprimées sur du papier de pierre. En Chine, elles sont distribuées dès l’école primaire. Le changement de cap émanera peut-être des prochaines générations. Qui d’autre que les enfants a le pouvoir de changer le futur ?