VIDEO. «Manga ↔ Tokyo» à la Villette: Visitez la capitale japonaise avec vos héros de mangas préférés

EXPOSITION Comment être nostalgique d’une ville que l’on a jamais visitée ? C’est possible avec l’exposition « Manga ↔ Tokyo » à la Villette, une rencontre entre l’imaginaire manga et l’environnement urbain de la capitale japonaise…

Vincent Julé

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L'exposition «Manga - Tokyo» à la Villette propose de visiter Tokyo à travers des oeuvres cultes comme «Akira», «Evangelion» ou «Your Name»
L'exposition «Manga - Tokyo» à la Villette propose de visiter Tokyo à travers des oeuvres cultes comme «Akira», «Evangelion» ou «Your Name» — Yoh Yoshinari / Tsuyoshi Kusano

Les bols de riz engloutis par Goku dans Dragon Ball, les sources thermales de Ranma 1/2 et Love Hina, les câbles électriques de Serial Experiments Lain ou les fameuses crêêêpes (en fait des okonomiyaki) d’Embrasse-moi Lucile… Les mangas, animés, jeux vidéo, séries ont longtemps été pour une génération d’otakus français la seule manière d’avoir un aperçu de la vie nippone en général, et tokyoïte en particulier. lls le sont encore, car faire le voyage jusqu’au Japon n’est pas donné à tout le monde. Et s’il était possible de visiter Tokyo à Paris ? C’est ce que propose l’exposition « Manga ↔ Tokyo » à partir de jeudi et jusqu’au 30 décembre à la Grande Halle de la Villette. Une rencontre entre l’imaginaire manga et l’environnement urbain de la capitale japonaise.

Le Tokyo de la destruction

« Comme Manhattan a façonné les univers de Gotham et Metropolis dans les comics, explique le commissaire d’expo Kaichiro Morikawa, professeur agrégé à l’université Meiji. Les villes et surtout Tokyo jouent un rôle incontournable dans la pop culture japonaise. Les histoires et les personnages créent une mémoire fictionnelle, une réalité alternative. » Dès l’entrée, le visiteur tombe ainsi sur une grande réplique de Tokyo au 1/1.000e, au-dessus de laquelle un écran géant diffuse des extraits de films et d’animés, avec à chaque fois sa géolocalisation précise : Akira, Evangelion, Godzilla, Patlabor, Terror in Resonance… Des scènes de destruction.

L'exposition «Manga - Tokyo» propose une réplique au 1/1.000e de la capitale nippone
L'exposition «Manga - Tokyo» propose une réplique au 1/1.000e de la capitale nippone - Nicolas Krief / La Villette

A l’instar du Néo-Tokyo d’Akira, l’exposition rappelle que l’histoire de Tokyo est une succession de destructions et de reconstructions, avec les catastrophes du grand séisme de 1923 ou des bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Des visions apocalyptiques que l’on retrouve dans les assauts d’un Godzilla ou des Anges d’Evangelion. Et si la catastrophe de Fukushima n’est pas citée, elle est dans tous les esprits, nouvelle épreuve pour les Japonais et nouvelle preuve de leur résilience.

Le Tokyo du quotidien

Et entre les destructions, la vie continue, rappelle Kaichiro Morikawa. C’est le sujet de la deuxième section de l’exposition à travers une fresque chronologique, de la période Edo et des œuvres comme Kenshin, Miss Hokusai ou Sabu et Ichi, à l’après-guerre et la renaissance marquées par la construction de la Tour de Tokyo et les tours jumelles du siège du gouvernement. Mais à partir des années 1990, Tokyo, capitale économique, connaît une forte récession, et le manga traduit cette mélancolie en se focalisant sur les petits bonheurs du quotidien, la vie des communautés, les errances dans les quartiers de Shinjuku, Shibuya ou l’Izumi Tamagawa de Solanin d’Inio Asano.

Le réalisateur Makoto Shinkai a parfaitement capté cet état, ce quotidien de répétitions et rituels, dans ses films The Garden of Words et Your Name, tout comme la mangaka Chica Umino avec March Comes in Like a Lion, véritable phénomène là-bas. L’exposition propose d’ailleurs de découvrir plusieurs dessins originaux d’œuvres cultes ou inédites, comme ce manga sur une trentenaire qui décide de ne rien faire.

Le Tokyo de la fusion

Le titre de l’exposition l’indique bien, l’influence entre Tokyo et le manga se fait dans les deux sens. Les héros préférés des lecteurs et spectateurs s’invitent ainsi dans l’espace urbain, des salons pachinko aux couleurs de Ken le survivant ou Lupin III  au robot Gundam grandeur nature de 18 mètres à Odaiba. Même les panneaux de sécurité ou les mascottes des JO-2020 semblent tout droit sortis d’un manga ou un animé.

Un robot Gundam grandeur nature protège Tokyo de ses 18 mètres de haut
Un robot Gundam grandeur nature protège Tokyo de ses 18 mètres de haut - SOTSU SUNRISE

Certains décors, comme les escaliers sur l’affiche de Your Name ou l’arrondissement de Katsushika de KochiKame, sont devenus des lieux de pélerinnage, au même titre que les temples. Le cas de KochiKame d’Osamu Akimoto est intéressant, il s’agit du manga le plus long jamais publié avec 200 volumes sur quarante ans. Son impact a été immense au Japon, et plusieurs statues de bronze à l’effigie des personnages ont ainsi été érigées en 2006 à la gare de Kameari. Et au détour d’une page du manga, le héros policier tombe nez à nez avec sa propre statue. La fusion totale.