Art africain: Le président du Musée du Quai Branly défavorable à la restitution des œuvres

ARTS Pour Stéphane Martin, la meilleure manière de répondre à la nécessaire réappropriation par les Africains de leur patrimoine repose notamment dans la « circulation » des œuvres…

20 Minutes avec AFP

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Stéphane Martin, président du musée du Quai Branly - Jacques-Chirac, en 2016.
Stéphane Martin, président du musée du Quai Branly - Jacques-Chirac, en 2016. — Joël SAGET / AFP

La meilleure réponse à la nécessaire réappropriation par les Africains de leur patrimoine est le soutien à de nouveaux musées et une large « circulation » des œuvres, estime Stéphane Martin, le président du Musée du Quai Branly, qui est moins favorable aux restitutions importantes.

Pour celui qui préside depuis vingt ans aux destinées du musée parisien où sont rassemblées 70.000 œuvres d’art africain sur les quelque 90.000 des collections publiques françaises, le rapport remis la semaine dernière au président Emmanuel Macron a « un problème principal » : « Il met beaucoup trop les musées sur la touche au profit des spécialistes de la réparation mémorielle ».

A la demande du chef de l’Etat, les universitaires Bénédicte Savoy, du Collège de France, et Felwine Sarr, de l’Université de Saint-Louis au Sénégal, ont posé les jalons pour une restitution à l’Afrique subsaharienne d’œuvres d’art transférées pendant la colonisation. Selon leur recensement, des dizaines de milliers d’œuvres sont potentiellement concernées.

« L’impureté du crime colonial »

« Il faut un droit au patrimoine pour toute l’humanité, pas juste pour les Européens qui ont le privilège de la mobilité, le privilège d’avoir hérité de situations de guerre qui leur ont permis d’avoir tous ces objets », affirmait dimanche Bénédicte Savoy à l’antenne de TV5 Monde.

S’il reconnaît un intéressant travail historique, Stéphane Martin regrette les conclusions du rapport, établissant selon lui que « tout ce qui a été collecté, acheté dans le cadre colonial est touché par l’impureté du crime colonial ». Il « ouvre un champ de "restituabilité" complète. Ce sont des propositions maximalistes », juge-t-il.

Seraient ainsi susceptibles d’être restitués « les dons aux musées provenant des personnes liées à la colonisation (administrateurs, médecins, militaires) et ceux de leurs descendants, et surtout tout ce qui a été collecté par des expéditions scientifiques ». Il y a eu des cadeaux faits librement, ajoute le président du Musée du Quai Branly, citant ceux des grands chefs du Cameroun à un médecin, Pierre Harter, qui avait soigné leurs familles de la lèpre.

« Une logique où le patrimoine devient l’otage de la mémoire »

Un autre point lui pose problème : l’idée d’une « commission mixte » pour examiner chaque demande de restitution déposée par un Etat : « En droit français, ce serait une très grande innovation qu’un Etat étranger soit à parité avec la nation française pour déterminer ce qui est à juste titre ou pas dans son patrimoine ».

« Le Getty a rendu des objets à l’Italie, le British Museum à l’Australie, le Musée Guimet à la Chine », énumère Stéphane Martin, mais, selon lui, « ça ne peut être la voie unique. Sinon on va vider les musées européens et on entre dans une logique où le patrimoine devient l’otage de la mémoire. »

A côté des restitutions, « d’autres moyens sont à mettre en œuvre qui passent par les musées », ajoute-t-il. Il suggère « l’aide à la construction de nouveaux lieux, le travail avec les collectionneurs privés, les fondations », telle la Fondation Zinsou qui a organisé une première exposition Basquiat à Lomé (Togo).