Salon de Montreuil: «On lit des livres avec les enfants. Sur les écrans, on les abandonne»

LIVRE JEUNESSE Environnement, égalité filles-garçons, migrations… Le livre jeunesse s’empare des grands sujets de société, selon Sylvie Vassallo, la directrice du salon qui s’est choisi pour thème de l’année « Nos futurs »…

Propos recueillis par Caroline Delabroy

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Quatre scènes, une grande exposition, près de 450 rendez-vous sont au programme du salon du livre jeunesse de Montreuil.
Quatre scènes, une grande exposition, près de 450 rendez-vous sont au programme du salon du livre jeunesse de Montreuil. — SLPJ
  • Le salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis se tient à Montreuil du 28 novembre au 3 décembre.
  • Cette année, le thème « Nos futurs » sera décliné sur toutes les scènes et dans l’exposition générale.
  • L’occasion d’interroger la directrice, Sylvie Vassallo, sur l’avenir du livre jeunesse.
Sylvie Vassallo Directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis.

« Nos futurs » : c’est le thème que s’est choisi le salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil pour sa 34e édition, du 28 novembre au 3 décembre. L’occasion d’évoquer tout à la fois un avenir commun, le présent d’une production littéraire riche de pépites, mais aussi le passé, tant l’histoire permet d’appréhender le futur. Rencontre avec la directrice du salon, Sylvie Vassallo, pour une interview sur un mode futuriste.

Quels thèmes feront demain les titres de l’édition jeunesse ?

On voit depuis quelques années à quel point les livres que l’on met dans les mains des enfants abordent vraiment la société dans laquelle ils vivent. Il y a toute une partie de l’édition jeunesse qui fait le choix de débattre directement avec eux des sujets qui posent question : la planète, le rapport à l’animal, l’égalité entre les filles et les garçons, les migrations, autant de sujets abordés sous l’angle du documentaire, de la fiction, des littératures de l’imaginaire aussi. Ce mouvement fait écho à une forme d’éducation parentale, où les parents discutent avec les enfants, ne les placent pas dans une bulle. Il ne s’agit pas de leur dire que penser, mais d’amener les réflexions, les pensées. C’est quelque chose qui nous intéresse vraiment.

Sur quels supports liront-ils ? Les écrans vont-ils changer le rapport des jeunes à la lecture ?

Le papier a encore un bel avenir. Il offre une complicité, des codes partagés de lecture, une linéarité du récit, quand le livre numérique propose une lecture plurielle. L’enjeu est d’arriver à travailler ces deux supports, avec la créativité des ouvrages papier qui créent une pensée globale construite, et de vrais objets littéraires de qualité qui soient adaptés aux nouveaux supports. On lit des livres avec les enfants. Sur les écrans, on les abandonne, comme si ce n’était pas notre monde. Il faut pouvoir dialoguer, que ces écrans ne soient pas passifs. Reste que pour le moment, c’est difficile. Il n’y a pas de vraie possibilité de développement. Nous avons sur le site un portail des littératures numériques, Popapp, mais le livre numérique n’a pas encore trouvé sa forme de diffusion. C’est un support qui se développe en dehors du circuit du livre, il n’y a pas de raccord pour le moment.

Quel est le futur du livre jeunesse ? Pour la première fois de son histoire, le secteur a connu une baisse de son activité de 6,58 %, selon le rapport 2017 du syndicat national de l’édition…

Il y a deux choses : le chiffre d’affaires et le nombre de livres publiés. Sur la baisse du chiffre d’affaires, c’est beaucoup la fiction pour adolescents et jeunes adultes qui est en cause. Est-ce que l’on n’atteint pas là une limite liée aux taux de natalité et au fait que le secteur a beaucoup progressé ces dernières années ? De même, pour la publication, il y a eu une augmentation énorme de livres imprimés ces dix dernières années, avec en 2017 près de 16.988 titres publiés. Nous regardons ces tendances de près. Derrière, il y a une situation économique pour les auteurs, les éditeurs, et un mouvement d’ensemble de la société : on passe de plus en plus de temps derrière les écrans, et en même temps, on continue de lire.

Comment imaginez-vous le futur du salon de Montreuil, et pourquoi s’y rendre dans les prochains jours ?

Le salon se nourrit de la création littéraire, de ce qui bouge dans le public et sur le territoire très pluriel où nous sommes : l’est de la région parisienne. Nous croisons tout cela, avec l’exigence littéraire et l’envie de démocratiser la lecture. La question du public est pour nous centrale. Cette année encore, nous allons le retrouver avec un immense plaisir. L’exposition sur le thème « Nos futurs » permettra un jeu interactif sous la forme d’un imagier géant imaginé par Nathalie Choux. Il y aura un mur d’affichage sur la question des migrants, mais aussi beaucoup d’ateliers, de rencontres, de spectacles sur la scène. Sans oublier, depuis l’an passé, la nouvelle scène décodages qui décrypte avec les enfants les questions d’actualité.

Retrouvez-le, programme complet du salon ici, ainsi que les informations pratiques ( horaires et tarifs).