Salon de Montreuil: #Instabook, #Bookstagram... Comment les ados partagent leurs coups de cœur littéraires

JEUNESSE Les éditeurs ont bien compris l'intérêt d'investir les réseaux sociaux, où les ados n’ont jamais autant partagé leurs coups de cœur pour un livre, un personnage, une série...

Caroline Delabroy

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De jeunes lectrices, au Salon du livre de Montreuil
De jeunes lectrices, au Salon du livre de Montreuil — Eric Garault pour SLPJ 2017
  • Les ados n’ont jamais autant partagé leurs coups de cœur pour un livre, un personnage, une série.
  • Si Facebook est le lieu des débats passionnés, Instagram reste le réseau le plus dynamique, à tel point que les éditeurs pensent des couvertures instagrammables.
  • Après Twilight, Hunger Games, Labyrinthe, Divergente ou Nos étoiles contraires, sans oublier bien sûr Harry Potter, le livre ado se cherche son nouveau phénomène.

« 100 grammes de girl-power est à consommer sans modération !! Gros coup de cœur pour ces petits livres très enrichissant sur le féminisme. » Sur Instagram, emiibook est déjà passé en mode Noël. Son post sur ce coffret parfait à glisser sous le sapin a reçu plus de 700 « J’aime ». Madamerrance, elle, a passé Halloween à lire My best friend’s exorcism, qu’elle a ADORÉ. « Une super lecture sans aucun doute qui m’a plongé en plein dans les années 80 », partage-t-elle avec ses 6.700 abonnés.

Toutes deux font partie des 20.000 lecteurs de la communauté Page Turners, de chez Milan et Bayard. Car les éditeurs jeunesse ont bien compris l’impact des réseaux sociaux dans la promotion du livre ado et young adult. Précurseur, Hachette a lancé Lecture Academy en 2008, au tout début de l’aventure  Twilight. « L’idée de lancer un site communautaire est devenue évidente au moment où le phénomène se créait autour de cette saga », rappelle Cécile Terouanne, directrice de Hachette Romans, qui publie aujourd’hui 90 nouveaux titres par an de littérature jeunes adultes.

Du scoop, des infos, de la nouveauté

« A partir du collège, c’est un public qui se recommande entre pairs les livres, poursuit l’éditrice. Ils partagent des coups de cœur pour des livres, des héros, des séries. Les réseaux sociaux ont modifié notre façon de communiquer, nous sommes en contact permanent avec nos lecteurs. Ils aiment beaucoup qu’on les sollicite. » Ainsi, les éditeurs ouvrent - un peu - leurs coulisses et secrets de fabrication. Il est devenu par exemple courant de soumettre à l’avis des followers deux propositions de couvertures.

« Sur les réseaux sociaux, ce que veulent les ados lecteurs, c’est du scoop, des infos en avant-première, de la nouveauté », abonde Sara Boudjoghra, community manager des éditions Bayard et Milan. Alors que Facebook est, dit-on, en perte de vitesse chez les ados, elle n’a pas constaté de désamour palpable chez les jeunes lecteurs. « Le réseau marche très bien par exemple dans la communauté de L’Epouvanteur chez Bayard, constate Sara Boudjoghra. Il joue le rôle des anciens forums des années 2000. C’est le lieu des échanges entre lecteurs, des débats passionnés sur les livres, les personnages, les films. »

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Une publication partagée par Page Turners (@pageturnersromans) le 8 Nov. 2018 à 2 :28 PST

 

Instagram, le réseau roi

Si Facebook garde le cap, Instagram est, de l’avis général, le réseau le plus dynamique. « C’est avant tout un réseau social visuel, et le visuel, c’est ce qui fonctionne le plus chez les ados », relève Sara Boudjoghra. Les hashtags #instabook, #bookstagram, #instalecture, #vendredilecture et #problemedelecteur fonctionnent très bien et livrent leurs lots quasi-quotidiens de coups de cœur et mises en scène. « Il y a chez certains un vrai travail photographique, observe la community manager. De notre côté, nous faisons très attention aux couvertures, aux jeux de matière, de lumière. L’esthétisme, le côté objet du livre, fait partie intégrante du livre. »

« Il y a des couvertures pensées pour ressembler à des posts Instagram », reconnaît aussi Cécile Terouanne. Pour la booktubeuse Nine Gorman, suivie par plus de 70.000 abonnés, « Instagram permet une proximité plus forte avec la communauté ». « Il y a moins de trolls et de violence que sur Twitter, estime-t-elle. Les gens aiment bien aussi les stories. J’essaie de les impliquer dans ce que je fais. Si j’ai la vie que j’ai actuellement, c’est grâce à eux. » Devenue elle-même auteur jeunesse chez Albin Michel, elle continue de partager ses coups de cœur avec sa communauté. Ses plus récents ? The Hate U Give, d’Angie Thomas, et Forbidden, de Tabitha Suzuma.

A la recherche du nouveau phénomène

A écouter Cécile Terouanne, « le marché se cherche un nouveau phénomène young adult ». Après la vague de la romance paranormale (Twilight), la dystopie (Hunger Games, Labyrinthe, Divergente), le réalisme (Nos étoiles contraires), il y a de beaux succès mais pas de phénomènes. « Ce qui reste le gros moteur, c’est Harry Potter, qui en train de créer sa troisième génération de lecteurs et de devenir une lecture patrimoniale, note Cécile Terouanne. Le côté positif de cette absence de grosse locomotive, c’est que cela laisse la place à de jeunes auteurs ».

Certains à la stature littéraire, comme Christelle Dabos et sa série de romans fantasy Passe-Miroir, chez Gallimard. D’autres, très jeunes, sont issus de plateforme type Wattpad, comme Mathilde Aloha et son Another Story of Bad Boys. Sans compter les « seconds coups ». Après Hunger Games, Susan Collins est en train d’écrire une autre saga pour 2020. « C’est intéressant de voir ce que cela va donner, s’interroge Cécile Terouanne. Est-ce que cela va créer quelque chose d’aussi puissant ? La génération qui a découvert et lu Hunger Games sera adulte. » Partagera-t-elle encore, comme à l’adolescence, ses coups de cœur sur Internet ?