Salon du livre de Montreuil: «Palmir», un album très juste pour parler des migrants aux tout petits

JEUNESSE A travers l’histoire d’un petit dragon qui n’a pas d’autre choix que partir, Gilles Baum et Amandine Piu portent le thème des migrations à hauteur d’enfants…  

Caroline Delabroy

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Un jour, Palmir doit partir, il entame un long voyage.
Un jour, Palmir doit partir, il entame un long voyage. — Amandine Piu/ Editions Amaterra
  • Parfois, le courage, c’est partir. En route… Durant le voyage, le petit dragon Palmir va connaître la peur, la tristesse, mais aussi le jeu, la fierté de surmonter les obstacles, car malgré tout, il reste un enfant.
  • Ce bel album, à lire dès 3 ans, sensibilise les plus jeunes au sort des migrants.
Palmir, de Gilles Baum et Amandine Piu

« Un matin, partir. Attraper une valise, ne pas la remplir. » En quelques verbes à l’infinitif, tout est dit de l’urgence du départ, de l’exil qui s’impose à « Palmir », petit dragon vert à l’aube d’un long voyage en solitaire. En quelques traits aussi : les gribouillages rouges des pages de garde, les nuages menaçants, la valise serrée fort dans les bras, sont autant d’indices délicatement posés. « Nous ne voulions pas être trop suggestifs sur les raisons du départ, ni que les gens passent non plus à côté du sujet », confie Gilles Baum, qui signe avec l’illustratrice Amandine Piu cet indispensable album jeunesse paru aux Editions Amaterra.

La valise, un véritable personnage

Quand il n’écrit pas, Gilles Baum enseigne près de Mulhouse. A côté de son école primaire, un hôtel Formule 1 « a été aspiré par la cause sociale ». « Beaucoup d’enfants sont de passage dans ma classe, enfin ceux qui ont la chance d’aller à l’école, témoigne-t-il. Dans mon travail, j’aime bien prendre un sujet qui me bouleverse. De beaux albums sur le drame de l’exil et des voyages, il y en a déjà, et de plus en plus. Avec Amandine, on avait envie de parler de l’accueil des migrants, et de faire un livre qui parle des enfants avant tout, et aux tout-petits. »

Le jeune lecteur avance dans le récit au rythme des verbes d’action, toujours à l’infinitif (l’auteur ne cache pas s’être inspiré de Déménager de Georges Pérec). Des phrases simples, courtes, qui laissent toute la place aux illustrations. Et à cette valise - idée lumineuse - qui permet mille et une trouvailles graphiques. Elle protège (de la pluie, du soleil, de la nuit), elle cache (du méchant dragon rouge, de la foule), elle permet de franchir des montagnes pour finalement, un matin, y « accrocher deux bandoulières de fortune » et pousser la porte d’une nouvelle école.

« La mer, c’est normalement la joie »

« Le fait d’arriver à l’école, c’est très concret pour un enfant, avance Amandine Piu. On voulait quelque chose de léger, de doux, qui laisse la place de lire une histoire normale, proche d’eux, où ça parle avant tout de partage, d’amitié, de comment recevoir l’autre. » Dire les choses sans brusquer, voici l’exercice ô combien périlleux auquel elle a travaillé en orfèvre. La traversée de la mer a notamment été un long travail d’équilibriste, pour être à la fois belle et menaçante. « Dans les albums d’enfant, la mer, c’est normalement la joie, les vacances », rappelle-t-elle.

Ce livre, les auteurs ont déjà commencé à l’accompagner dans les écoles, les ateliers avec les enfants. « J’espère qu’il montre la voie, tout en les préservant, confie Amandine Piu. C’est un livre avec lequel il faut grandir. » « Si jamais on passe à côté de la guerre, alors tout ce long voyage que Palmir affronte pour aller à l’école, c’est déjà un joli message », sourit de son côté Gilles Baum. Sans oublier la barre de chocolat que l’on partage avec le nouveau venu et la chose qui ne rentre dans aucune valise… on vous laisse découvrir quoi.

Palmir, de Gilles Baum et Amandine Piu, Editions Amaterra, 44 p., 14,90 €. Dès 3 ans.

Les éditions Amaterra sont présentes sur le stand E25.

Le Salon du livre jeunesse de Montreuil organise plusieurs rendez-vous autour des migrations, notamment un mur d’images par les illustrateurs solidaires et membres actifs d’Encrages, ce vendredi de 14 heures à 15 heures, et ce dimanche de 14 heures à 15 heures. Programme complet à retrouver ici.