Kalash Criminel: «On vit dans une fosse aux lions, il faut se battre tous les jours»

INTERVIEW Le rappeur a parlé d'Emmanuel Macron, de cagoule ou encore de Florent Pagny avec « 20 Minutes », à l’occasion de la sortie de son album « La fosse aux lions » ce vendredi…

Propos recueillis par Clio Weickert
— 
Le rappeur Kalash Criminel.
Le rappeur Kalash Criminel. — JOEL SAGET / AFP
  • Kalash Criminel sort son premier album, La fosse aux lions.
  • Peu de temps avant cette sortie, on a appris que sa maison de disques avait choisi de censurer un titre mettant en scène le président de la République Emmanuel Macron.
  • Pour 20 Minutes, le rappeur s’explique sur cette polémique mais aussi sur différents sujets comme l’origine de sa cagoule et son albinisme.

Avant même la sortie de son album La fosse aux lions ce vendredi, Kalash Criminel a su faire parler de lui. Pour cause, le clip de Cougar Gang, un titre où le rappeur de 23 ans débite des « j’baise des mères comme Macron », n’aurait pas été au goût de l’Elysée. Selon lui, sa maison de disques aurait pris la décision de retirer le titre de l'album. Un sacré coup de projecteur sur le « cagoulé le plus connu au monde », tel qu’il se décrit lui-même dans un titre.

Ce matin embrumé de novembre où on le rencontre, le rappeur a troqué sa cagoule pour une simple capuche, prêt à répondre aux questions de 20 Minutes, même les plus absurdes.

C’est vrai cette histoire avec l’Elysée et votre titre Cougar Gang ?

Au début je pensais que c’était une blague. Quand j’avais fait ce morceau il y a un an, mon équipe disait en rigolant qu’on allait avoir des problèmes, moi je pensais que l’Elysée avait d’autres choses à faire. Mais il y a quelques jours, mon entourage m’a expliqué que le titre serait retiré de l’album… A la base c’est plus ironique qu’autre chose. Je n’ai pas dit « j’baise la mère de Macron » mais « j’baise des mères comme Macron » ! Au quartier quand « tu niques des mères », ça veut dire que « tu es chaud » et pour moi Macron il est chaud ! Il est président à 40 piges, c’est un truc de fou ! Pour moi il a niqué des mères. Après, c’est à double sens aussi, c’est plus une déclaration d’amour pour sa femme. En gros j’ai les mêmes goûts que le président de la République, c’est tout !

Que se cache-t-il derrière le titre La Sacem de Florent Pagny, hormis un délire entre potes ?

Florent Pagny est un artiste que j’aime beaucoup, notamment pour tout ce qu’il revendique… J’ai toujours aimé Savoir aimer par exemple. Pour moi c’est le numéro 1 avec Obispo. Et Johnny bien sûr. Je devais acheter son album posthume mais il n’y en avait plus. Mais on m’a dit que l’album était lourd.

Kalash, c’est une référence à l’arme russe ?

A la base j’avais un autre blaze et en fait j’avais un frère qui est décédé qui m’appelait Kalash depuis que j’étais petit, parce que j’aimais bien jouer avec les jeux d’armes et que j’étais un peu turbulent. A l’époque il y avait déjà un rappeur marseillais qui s’appelait Kalash l’Afro donc il fallait me démarquer. On m’appelait aussi Crimi, j’ai pris le blaze de Kalash Criminel.

Pourquoi bombardez-vous beaucoup de vos titres du gimmick « sauvage » ?

Quand j’étais petit on disait que j’étais un sauvage. J’ai essayé de le glisser dans un morceau, j’ai trouvé que ça sonnait super bien. En fait j’étais super calme, je faisais ma vie de mon côté mais quand on me cherchait je ne lâchais rien. Certains prenaient peut-être mon albinisme pour une faiblesse, ils venaient souvent me titiller et ils se mangeaient des KO. Tout le monde a compris qu’il ne fallait pas rigoler avec moi. C’est triste mais c’est comme ça que je me suis imposé.

La cagoule, c’est pour ne pas attraper froid ?

La cagoule c’est très marrant, parce que c’est par rapport à ma mère et à mon entourage qui était anti rap. Je me suis dit que si je mettais une cagoule, ils ne me reconnaîtraient pas ! J’ai commencé à rapper, ma mère l’a su et elle était fâchée. Elle a ensuite accepté, donc j’ai voulu l’enlever. Mais on m’a dit que ça faisait un personnage de fou, une marque de fabrique que j’étais obligé de garder.

Pourquoi avoir développé un univers aussi sombre ?

Tout ça vient un peu de mon vécu, d’où je viens… Parfois ce n’est pas forcément voulu. Par exemple la cagoule, c’est comme un livre, si tu t’arrêtes à la couverture tu ne vas pas savoir grand-chose. Si tu approfondis, tu vas voir que je suis quelqu’un de super cool, plein d’amour, très généreux. J’ai plusieurs facettes, je peux être très sombre, mais aussi très gentil.

C’est pour ça que vous faites des bisous dans la chanson Ça va ma chérie et que vous n'avez pas peur de dire « je t’aime » à votre mère dans vos titres ?

Dans mon entourage, ils aiment trop ces gimmicks-là quand je fais des bisous ! En fait, ce morceau est venu notamment grâce à ma nièce. Je la portais et je lui ai dit « ça va ma chérie ? ». J’ai trouvé que la prod était lourde et j’ai créé le morceau que j’aime beaucoup. Et quant à ma mère, c’est tout pour moi. Quand je suis né, on m’a rejeté, plein de gens sont venus la voir pour lui dire que j’étais un albinos et que je ne servirais à rien dans la vie. Certains voulaient qu’elle me vende à des marabouts qui font des sacrifices d’albinos… J’ai vécu plein de choses comme ça, et dans ma propre famille. Ma mère m’a toujours défendu et donné tout ce dont j’avais besoin, elle s’est battue pour moi. Tout ce qu’elle a fait pour moi… Je n’ai même pas les mots.

Notamment pour supporter le regard des autres vis-à-vis de votre albinisme ?

J’ai eu la chance que mes parents m’ont expliqué très tôt l’albinisme. Quand tu es jeune, tu ne comprends pas. Tu ne comprends pas pourquoi tout le monde te regarde bizarrement alors que tu as deux bras et deux jambes comme tout le monde. Mon père et ma mère me l’ont expliqué très tôt et ça allait mieux, après je ne calculais plus trop le regard des gens, ni les moqueries. Mais j’ai vécu beaucoup de choses par rapport à cela. Par exemple, je me souviens d’une phrase qui m’a choqué. En 3e, on devait chercher un stage, tout le collège en avait un, j’étais le seul à ne pas en trouver. Et je me rappelle qu’une personne m’avait dit « nous, on ne prend pas d’albinos ici. »

Qui sont les lions que vous affrontez dans la fosse ?

Ça fait référence à Daniel dans la Bible, mais la fosse aux lions c’est aussi la vie en général, c’est un combat et il faut se battre tous les jours. C’est le travail, les jaloux, les haineux, la politique, la police… On vit dans une fosse aux lions. C’est super dur mais il ne faut rien lâcher. Quand j’ai construit cet album j’étais dans la fosse aux lions, plein de problèmes m’étaient tombés dessus et je me suis battu pour m’en sortir.

Vous sortez un album, vous avez votre propre label, mais aussi votre parfum…

J’avais des sous et je ne voulais pas les claquer n’importe comment. J’ai investi dans le parfum (L’intemporelle), j’ai contacté un pote à moi qui travaille dans ce domaine, et j’ai fait le parfum avec lui. Moi je suis un grand fan de parfums, avant je mettais beaucoup Dior Sauvage (rires). Il y a eu plein de montages et même Dior voulait qu’on fasse quelque chose mais ils se sont arrêtés à la cagoule donc c’était mort. Alors j’ai fait mon propre parfum. Ma marque de vêtements Sauvagerie Paris va aussi sortir bientôt. Sans oublier le label que j’ai créé, Sale Sonorité Records où je compte notamment produire mon cousin Douma, que je trouve très talentueux.

 

Avant la sortie de « La fosse aux lions », Kalash Criminel a déjà fait son petit bout de chemin. Il est né au Congo et a grandi dans le quartier Rougemont à Sevran. C’est au collège, à l’âge de 13 ans, que le jeune homme commence à rapper, en faisant notamment « des rimes avec les noms de famille de ses potes ». Ses inspirations ? Les rappeurs Lino (Ärsenik), Kery James ou encore Despo Rutti. Il monte un groupe, Hall 14, et sort un premier titre Traumatiser en 2013. Suivront des freestyles retentissants Sauvagerie #1 et #2, un feat avec le sevranais Kaaris, Arrêt du cœur, et des mixtapes certifiées disque d’or (R.A.S et Oyoki), qui propulseront la carrière du rappeur de la Seine-Saint-Denis.