De «Nouvelle Star» à son premier concert... Le rêve français de Yadam Andrés

MUSIQUE Finaliste de « Nouvelle Star » l’an passé, Yadam Andrés a lancé une campagne de financement participatif pour autoproduire son premier EP. Le jeune artiste de 20 ans, qui a quitté le Venezuela en crise espère une vie meilleure en France…

Fabien Randanne

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L'auteur, compositeur et interprète Yadam Andres.
L'auteur, compositeur et interprète Yadam Andres. — Arnaud Cordel
  • En décembre 2017, pourtant favori, Yadam Andrés a fini deuxième de la treizième saison de « Nouvelle Star » sur M6.
  • Le jeune homme de 20 ans, originaire du Venezuela, a obtenu en août un visa d’artiste de quatre ans.
  • Yadam a lancé une campagne sur KissKissBankBank pour financer son premier opus.

Il était une fois Yadam Andrés, un Vénézuélien de 19 ans qui remporte un concours de chant avec un séjour en France à la clé. Le jeune homme doit rester une semaine dans l’Hexagone, mais prolonge finalement son séjour pour cause de Nouvelle Star. Il se présente au casting du télécrochet de M6, comme le lui suggère la famille qui l’accueille. Aux auditions, son interprétation de Crier tout bas bouleverse Cœur de Pirate qui est dans le jury. De l’autre côté de l’écran, les téléspectateurs essuient aussi leurs larmes. Le Sud-américain passe avec succès toutes les étapes de l’émission, s’imposant par la force de l’émotion. A chaque fois, sauf en finale. Yadam doit se contenter de la deuxième place. Le conte de fées n’a pas eu la fin heureuse espérée. C’était le 20 décembre dernier.

Onze mois plus tard, c’est un Yadam décidé à écrire lui-même sa happy end que 20 Minutes rencontre dans un café à deux pas de Saint-Lazare. Le jeune homme raconte les mauvaises surprises qu’il a connues entre-temps, celles qui forgent le caractère et mettent la ténacité à l’épreuve. « Après Nouvelle Star, beaucoup de maisons de disques voulaient travailler avec moi. On m’a promis plein de choses et on m’a laissé en plan. Ça m’a fait beaucoup de mal, confie-t-il. Ma situation était déjà fragile, pourquoi me fragiliser encore plus ? »

« Si j’avais pu rester au Venezuela, je l’aurais fait »

Sa situation, c’est alors celle d’un garçon à peine sorti de l’adolescence qui a quitté son pays en pleine crise économique, politique, sociale, et qui espère un avenir meilleur en France. « Au Venezuela, des personnes au pouvoir savent qu’il y a des gens en train de mourir, que le peuple souffre, et ils s’en foutent. Je suis heureux d'être en France et j'adore la France, mais si j’avais pu rester dans mon pays, je l’aurais fait. Mais la situation là-bas ne me le permettait pas : je n’avançais pas. Si tu sors, tu t’exposes aux vols. Si tu as plus d’argent que les autres ou que les gens le pensent, tu risques d’être kidnappé ou tué », décrit Yadam.

Il évoque la vidéo qui l’a remué récemment : celle du témoignage d’une Vénézuélienne mère de cinq enfants, atteinte d’un cancer, et qui n’a ni les moyens de se soigner, ni ceux de nourrir ses petits. Il parle aussi des heures de queue pour acheter simplement à manger, de sa maman qui lui raconte au téléphone s’être levée à 5 heures du matin pour affronter quatre heures d’attente pour effectuer de simples démarches administratives. Il fait le récit de l’exil de ses amis de fac. Ceux avec qui il s’imaginait vivre dans l’insouciance des années étudiantes. Aujourd’hui, ils sont tous éparpillés. Son meilleur ami est en Equateur, d’autres sont en Espagne ou au Chili.

« "Nouvelle Star", ça m’a aidé à trouver du boulot »

Yadam, lui, s’est donc installé en France. En août, il a obtenu un visa d’artiste pour quatre ans, renouvelable. Dans son parcours du combattant administratif, l’étiquette « Vu à la télé » a été un atout. « Aller à la préfecture, c’est stressant, il y a de la tension. Tu sens que tu n’es pas forcément le bienvenu. Mais quand j’arrivais devant les fonctionnaires, ils me reconnaissaient, ils regardaient des vidéos avec moi et me réservaient un traitement chaleureux. J’aimerais que ce soit comme ça pour les autres aussi. »

Ces derniers mois, pour gagner sa vie, Yadam garde des enfants auxquels il s’engage à parler en anglais. « Les familles savent que j’ai fait Nouvelle Star, ça m’a aidé à trouver du boulot », note le jeune homme dont l’objectif principal reste de vivre de son art. « Si je continue dans cette voie, c’est parce que j’aime la musique mais aussi parce que c’est le moyen de réussir à ramener plus vite à mes côtés ma maman et mon frère autiste, qui sont ma seule famille. »

« De la colère, de la tristesse, de la nostalgie et aussi de l’espoir. »

Celui qui il y a encore un an et demi était « juste un mec qui chantait dans sa chambre au Venezuela », a fait d’heureuses rencontres, comme celle de son manager, Jean-Michel Journet, et d’artistes qui lui ont appris à écrire et à composer. Il a déjà une quarantaines de textes dans ses tiroirs.

Son projet, c’est un premier EP qu’il entend autoproduire. Pour cela, il a lancé début novembre une campagne de financement participatif sur KissKissBankBank, appelant à la générosité des internautes. Ce mercredi, il avait déjà reçu plus de 5.000 euros, soit la moitié de son objectif final. « Une partie sera reversée à une association qui donne des jouets aux enfants et de la nourriture aux familles, au Venezuela », signale Yadam.

Ce mercredi, il fait sa première vraie scène parisienne. Au Café de la danse, il assurera la première partie de Mariama. Il chantera les morceaux inédits, appelés à figurer sur son EP. « Chaque chanson évoque un sentiment que j’ai pu ressentir : de la colère, de la tristesse, de la nostalgie et aussi de l’espoir. » Selon ce que racontent les morceaux, les paroles sont en anglais, en espagnol ou en français. La langue de Molière, justement, Yadam l’a appris en autodidacte, en écoutant des chansons. Il la parle désormais couramment. Il y a peu, il a commencé à rêver en français.