«Ad Vitam»: La Silicon Valley a-t-elle enfin trouvé un remède contre la mort?

LA VIE DEVANT SOI «Ad Vitam», la nouvelle série d’Arte imagine un monde où l’homme a vaincu la mort…

Laure Beaudonnet

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Yvan Attal (Darius), Garance Marillier (Christa) dans «Ad Vitam» sur Arte.
Yvan Attal (Darius), Garance Marillier (Christa) dans «Ad Vitam» sur Arte. — ARTE
  • Ad Vitam est diffusée jusqu’au 22 novembre à 20h55 sur Arte.
  • Signée Thomas Cailley (Les Combattants), la série propose une réflexion sur la mortalité.
  • La question de l’allongement de la vie est un terrain de jeu pour les géants de la tech. Peut-on espérer vivre éternellement dans un futur proche ?

L’homme qui vivra mille ans est-il déjà né ? Pour Peter Thiel, le cofondateur de Paypal et figure du transhumanisme outre-Atlantique, cela ne fait pas de doute. De nombreux acteurs de la Silicon Valley ont bien l’intention d’en finir avec cette satanée mort, que ce soit grâce à la biogérontologie (lutte contre le vieillissement), à la cryogénisation (congeler notre corps pour se réveiller dans le futur) ou à des perfusions de sang jeune. Alors qu’Ad Vitam, la nouvelle série d’Arte, plonge dans un monde où l’homme a vaincu la mort, où en est le centre névralgique de la tech sur cette question ?

Les quatre géants du numérique n’ont pas attendu la série de Thomas Cailley pour plancher sur la santé. La marque à la pomme croquée développe des objets connectés de plus en plus performants. Sa dernière Apple Watch enregistre le rythme cardiaque de façon à dépister les pathologies. De son côté, Amazon a créé un laboratoire secret, 1492, pour développer des solutions innovantes sur le terrain de la santé, tandis que Mark Zuckerberg a investi 3 milliards de dollars sur dix ans pour éliminer les maladies. Il a ouvert un « Biohub », un centre de recherche, avec son épouse Priscilla Chan, dans le but de « mettre au point des nouvelles méthodes de recherches médicales », précise Laurent Alexandre, chirurgien-urologue et auteur de La mort de la mort : comment la technomédecine va bouleverser l’humanité (Lattès).

Allonger l’espérance de vie ne va pas se faire d’un claquement de doigts

Mais aujourd’hui, Google est l’entreprise la plus avancée sur le sujet avec deux filiales dédiées à la santé :  23AndMe qui fait du séquençage ADN et  Verily qui a lancé des travaux en intelligence artificielle. Les chercheurs de Verily ont notamment mis au point une IA capable de détecter les risques de maladies cardiovasculaires en scannant l’œil du patient. La firme de Mountain View a fait un pas de plus sur le territoire transhumaniste en créant Calico, un laboratoire spécialisé dans les biotechnologies dont l’ambition, à long terme, est de tuer la mort. Rien que ça. Pour l’heure, les avancées demeurent mystérieuses, aucun résultat n’a été publié.

« Je ne crois pas que nous en sommes au point où nous pouvons envisager de vaincre la mort, et honnêtement, je ne crois pas qu’il faut le vouloir », explique à 20 Minutes Emily Kagan Trenchard, vice-présidente de la stratégie numérique et de l’innovation chez Northwell Health, un réseau de soins de santé à but non lucratif, que nous avons rencontré lors du Web Summit de Lisbonne. De toute manière, allonger l’espérance de vie ne va pas se faire d’un claquement de doigts. « Le vieillissement est un processus biologique extrêmement compliqué », nous confirme Laurent Alexandre qui fait remarquer que l’homme a déjà augmenté significativement son espérance de vie depuis deux siècles avec des traitements simples. « Aller plus loin, cela suppose des choses beaucoup plus révolutionnaires : comprendre la complexité du fonctionnement cellulaire, comprendre les interactions entre toutes les protéines… », égrène-t-il.

Des perfusions de sang jeune

Les techniques envisagées pour l’instant ne sont pas au point. La cryogénisation, par exemple, offre, en théorie, un bon moyen de se faire soigner dans le futur, mais le procédé suppose qu’on congèle la personne avant qu’elle ne soit vraiment morte - pour préserver ses neurones - et, surtout, qu’on sache décongeler les corps. Outre le problème légal évident, « on n’a jamais démontré qu’on était capables de décongeler des gros animaux, comme l’être humain, sans que le cerveau soit détruit », reprend Laurent Alexandre. Immortel, mais neuneu, ce n’est franchement pas souhaitable. De même, la thérapie génique, les cellules-souches, « ça ne marche pas bien », poursuit le futurologue.

La perfusion de sang jeune pourrait être une piste à creuser. « Comprendre pourquoi le sang de l’animal jeune rajeunit les animaux vieux  et identifier les produits, les protéines, les constituants du sang des animaux jeunes qui sont favorables chez les vieux permettrait probablement de diminuer les effets du vieillissement », pointe Laurent Alexandre. Cependant, ce genre de pratique comporte des limites, notamment morales. Non seulement on risque de passer pour un vampire 2.0 mais en plus on augmente les chances d’attraper des maladies. « Il n’y a rien aujourd’hui qui marche à part une bonne hygiène de vie, mais dans le futur, je ne vois pas quelle limite il pourrait y avoir. Si on augmente notre capacité de calcul informatique, on pourra comprendre les différentes interactions entre les cellules et interagir avec le vieillissement, mais ça ne va pas se faire demain matin », conclut-il.

Les recherches sont au point mort (sans mauvais jeu de mots). « Le problème de la Silicon Valley, c’est qu’elle est auto-centrée », pointe Emily Kagan Trenchard, rencontrée dans les allées du Web Summit de Lisbonne. Regarder comment allonger sa propre vie plutôt que d’aider une partie de la population qui peine à recevoir des soins, c’est un pas en arrière. » Plutôt que chercher la vie éternelle, ne faudrait-il pas commencer par apprendre à partir ? Malheureusement, si l’on en croit les péripéties de la série Ad Vitam, l’homme n’excelle pas en la matière.