VIDEO. «Battlefield V», «11-11:Memories Retold»... Un jeu de guerre, c’est du fun, de l'art ou de l'Histoire?

JEU VIDEO Un autre jeu de guerre est-il possible?...

Vincent Julé

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«Battlefield V» veut raconter les histoires méconnues de la Seconde Guerre mondiale
«Battlefield V» veut raconter les histoires méconnues de la Seconde Guerre mondiale — DICE / EA

Call of Duty, Battlefield ou Medal of Honor font partie des licences les plus connues du jeu vidéo. Des jeux de tir, et plus encore des jeux de guerre, qui plongent le joueur dans des conflits existants, historiques. Le premier Call of Duty et Battlefield 1942 se déroulaient ainsi pendant la Seconde Guerre mondiale, période que les deux séries ont revisitée récemment, avec Call of Duty: WWII l’année dernière et Battlefield V mardi prochain. Lorsque ce dernier a dévoilé sa bande-annonce en mai, et son héroïne, une résistante, plusieurs voix se sont élevées, sur les réseaux sociaux, pour critiquer le jeu.

« Nous privilégierons toujours le fun à l’authenticité »

« Une femme ? Combattante ? Pas réaliste ! » Sauf que les femmes ont bien sûr combattu pendant la Seconde guerre mondiale, 20 % parmi les partisans français, 10 % dans l’armée britannique, répond alors sur Twitter Julien Annard, détaché pédagogique jeu vidéo auprès de FOr'J. Mais la question du réalisme dans les jeux de guerres est posée, avec également la présence de prothèses ou d’armes a priori anachroniques, comme un katana. Le producteur du jeu, Aleksander Grøndal, a une réponse toute simple : « Nous privilégierons toujours le fun à l’authenticité ».

Les petites histoires de la grande Histoire

« C’est un équilibre difficile à trouver, un fil ténu sur lequel marcher, mais nous le faisons depuis maintenant plusieurs années et jeux, commente Daniel Berlin, directeur artistique sur la franchise Battlefield. Nous préférons parler non pas d’authenticité, mais de crédibilité. Il faut que le joueur croie qu’il est en train de faire la Bataille des Pays-Bas à Rotterdam, et non que ce soit la représentation exacte, historique, de l’événement. »

La Bataille des Pays-Bas, mais également la Bataille de l’eau lourde en Norvège ou encore l’Opération Albumen. Des conflits moins connus de la Seconde Guerre mondiale que Battlefield V remet en avant. « Nous avons appliqué la même approche que pour Battlefield 1, à savoir raconter le "unseen, untold, unheard", visiter des endroits plus reculés, montrer des véhicules ou armes peu vus.

Un jeu sur la guerre

Le héros de 11 - 11 : Memories Retold, lui, n’a pas d’arme, mais un appareil photo. Harry est un photographe canadien, enrôlé pour rejoindre le front ouest de la Première Guerre mondiale, où il croisera la route de Kurt, technicien allemand à la recherche de son fils disparu. Sorti pour la commémoration du 11-Novembre, le titre n’est pas un jeu de tir mais un jeu narratif, pas un jeu de guerre mais un jeu sur la guerre. Et une affaire personnelle pour son créateur, le Français Yoan Fanisse.

« Mon arrière-grand-père, comme tant d’autres, a participé à la Grande Guerre. Il est revenu vivant, mais amputé et est décédé quelques années plus tard des conséquences du gaz, raconte-t-il. Ma grand-mère l’a ainsi peu connu, mais a gardé documents, lettres, objets… Et toute cette mémoire m’a été transmise d’un coup, un vrai choc, moi qui n’étais pas féru d’Histoire. Je me suis alors demandé comment intéresser les jeunes à l’Histoire, notre Histoire. »

Une palette d’émotions

Cela donne tout d’abord l’innovant et touchant Soldats inconnus: Mémoires de la Grande Guerre pour Ubisoft en 2014, puis 11 - 11 : Memories Retold, collaboration entre le propre studio de Yoan Fanisse, DigixArt, et les studios Aardman de Wallace & Gromit et Shaun le mouton. « J’ai voulu aller plus loin dans l’immersion et dans l’émotion, explique le game designer. Qu’écrit-on dans une lettre envoyée à sa fille depuis le front, qu’est-ce que l’on dit et ne dit pas ? Le gameplay implique de nombreux choix, embranchements, histoires. »

Le jeu est narratif sur le fond, et impressionniste sur la forme. Comme un tableau vivant. « Le jeu vidéo doit aller au-delà de cette course au pseudo-réalisme et qui fait qu’ils commencent à tous se ressembler, soutient Yoan Fanisse. Avec cette direction artistique, j’ai voulu explorer d’autres choses, plus subtiles, des états d’esprit différents, des envolées lyriques. » Une explosion de pixels, de couleurs, d’émotions.