Pierre Billon: «Avec Johnny Hallyday, on est devenus des frères de route»

INTERVIEW Fils de Patachou, chanteur et ancien producteur de Johnny Hallyday, Pierre Billon le «farfelu» se livre dans «Johnny, quelque part un aigle»…

Propos recueillis par Clio Weickert

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Pierre Billon se livre dans «Johnny, quelque part un aigle» (éditions Harper Collins).
Pierre Billon se livre dans «Johnny, quelque part un aigle» (éditions Harper Collins). — PJB/SIPA
  • Pierre Billon retrace son amitié avec le rockeur dans Johnny, quelque part un aigle.
  • 20 Minutes s’est remémoré le bon vieux temps avec « Bibi ».

« Live fast, die old ». Rencontrer Pierre Billon, c’est toucher du doigt la vie rock’n’roll le temps d’une heure. C’est s’entendre dire « t’es une rebelle, mon chou ! » en prenant le risque « d’allumer un clope » dans un salon privé d’un grand hôtel parisien. C’est aussi se remémorer le bon vieux temps (qu’on n’a pas vécu), et boire une petite mousse en discutant tournées, bécanes et gonzesses, sans oublier  Johnny Hallyday, son « frère de route ».

Dans le livre Johnny, quelque part un aigle (ed. Harper Collins), disponible ce mercredi, « Bibi » – le surnom que lui donnait le rockeur —, retrace son amitié avec celui qu’il appelait « Le Grand », ses hauts et ses bas, la production de plusieurs de ses albums, leur dernier road trip aux Etats-Unis en 2016, ou encore la triste dernière soirée à Marnes-la-Coquette quelques jours avant sa mort. Il y dévoile aussi sa vie à lui, son enfance dans le cabaret de sa mère Patachou, son attachement à Michel Sardou, ou encore le succès tardif de La bamba triste.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Je me suis toujours caché, on ne m’a jamais vu. Il y a deux choses qui ont motivé ce livre. Tout d’abord c’est quand j’ai entendu tout ce qu’on disait sur Laeticia, avec des gens qui l’avaient rencontré deux fois dans leur vie et qui n’avaient jamais vu Johnny, j’en ai eu marre d’entendre des choses horribles sur tout le monde. Parallèlement à ça, je venais de coproduire l’album de Michel Sardou, et il m’a dit qu’il voulait bien faire cette tournée, à condition que je sois sur scène avec lui, que je joue avec lui et qu’on fasse un truc tous les deux. Et enfin, j’ai fait ce voyage avec Johnny en 2016, le dernier road trip. Et il y a cette photo, on est l’un à côté de l’autre, elle est tellement vraie cette histoire, donc il n’y a aucune raison que je n’en parle pas et que je ne témoigne pas sur mon pote.

Quelle importance avait Johnny dans ta* vie ?

Enorme. J’ai eu le privilège rare d’être le pote d’énormes stars, sûrement parce que je devais être discret et élégant. Je suis très proche de Sardou depuis mon enfance, ensuite ça va être un peu prétentieux mais j’étais très pote avec Liza Minnelli…

Plus que ça d’ailleurs, comme tu le dévoiles dans ton livre…

Oui ça a été mon amour de jeunesse et j’ai été le sien. J’ai aussi été très près de Sinatra, Sammy Davis Jr… Des trucs monstrueux quand tu y réfléchis. Mais après tu n’oses pas le dire parce que tu as peur que les gens disent « c’est Pinocchio le machin », mais non, c’est vrai. Et puis Johnny bien sûr. Il a été très important. On a bossé ensemble et c’était mon ami. A partir du moment où j’ai arrêté de travailler avec lui, on a commencé à faire des voyages ensemble, presque initiatiques. Des road trips aux Etats-Unis. On est devenus beaucoup plus des frères de route qu’autre chose.

Ton livre démarre sur l’hommage rendu à la Madeleine, un bel hommage selon toi ?

Merveilleux. J’ai entendu plein de choses, notamment qu’il aurait préféré un truc plus… (silence) Non, jamais de la vie ! Un mec qui a fait toutes ces entrées en scène, comment veux-tu qu’il ne fasse pas la sortie de scène la plus grosse possible ? Il est parti par la foule, avec la foule, et avec ses amis les fans, les gens qu’il aimait. C’était la seule chose qu’on puisse faire pour Jojo. C’était un hommage populaire mais Johnny était un chanteur populaire ! Il ne faisait pas des chansons pour lui, mais pour les gens.

Outre ton amitié avec Johnny, ce livre retrace ton propre parcours : ton enfance dans le cabaret de ta mère Patachou, ta carrière dans la chanson, en tant que producteur, sans oublier la création d’habillages musicaux pour des jeux télé… Tu as eu combien de vies au juste ?

Un paquet ! Je n’avais pas de plan de carrière et quand tu n’en as pas, tu fais plein de trucs différents. Mais je m’en foutais et j’étais capable de faire n’importe quoi. Il y a très peu de temps, dix ans peut-être, je me suis dit que j’allais essayer d’arrêter les conneries et de faire un truc sérieux. En vérité la conclusion de ça, c’est quand tu as plein de dons, ça ne sert à rien si tu n’as pas la technique. Donc il faut en prendre un seul et ne faire que ça. Pourquoi Johnny Hallyday était une star ? Parce qu’il avait un don et il l’a gardé. Comme Michel Sardou.

Justement, tu expliques dans ce livre avoir toujours été plus à l’aise derrière ces stars que sur le devant de la scène…

Je n’étais pas fait pour ça, je n’arrivais pas à l’assumer, c’est pour ça que j’ai un respect fou pour les artistes qui eux ont le courage d’aller au combat. Moi je ne l’avais pas. Avec Sardou, j’étais devant et ça m’a pris un moment infernal, sur 80 jours de concert, lors des dix premières dates j’avais les jetons…

Éprouves-tu parfois certains regrets ?

Non, parce que je m’en suis toujours sorti quand même. Je ne regrette pas parce que j’ai mes enfants et je m’en suis bien occupé, j’ai enterré ma mère dignement… Après, j’ai fait des trucs bien, d’autres moins. J’avais peur du succès. Dès que ça marchait j’arrivais toujours à faire une connerie pour faire autre chose. J’ai quitté Michel Sardou pour aller chez Hallyday alors que je venais de faire Femme des années 80tre une femme] ! Et après avec Hallyday je me suis lancé dans des trucs qu’ils n’avaient encore jamais faits. Je suis un farfelu.

Et il y a eu « La bamba triste » aussi !

Ah putain ! Un truc de fou ça. Quand je suis remercié par Johnny, je me fais la malle à Nashville. Je fais un album, vachement bien, Libé le trouve formidable mais Libé n’aime que les trucs un peu branchouilles… Je prends un gadin colossal avec l’album. Je fais quand même de la promo en France, et à Evian, je fais le clip de La bamba triste en 1984. Puis j’oublie l’histoire. Début des années 2000, ma fille m’appelle et me dit « qu’est-ce que c’est que ce truc qui tourne sur le net, on te voit tout nu dans une piscine à la fin ! Ça s’appelle La bamba triste ! » Je regarde et je n’y crois pas. Je m’aperçois que ça devient un truc incroyable, culte, les intellos et les branchouilles aiment ça, et ça me fait mourir de rire. C’est Philippe Katerine avant l’heure finalement.

Mais tu avais pris quelque chose avant de tourner le clip, non ?

Rien du tout ! Je n’ai jamais été habillé comme ça de ma vie ! Je pense que je devais sortir d’une salle de gym à Evian… Mais donc en 2002-2003, Jojo m’appelle et il me dit « c’est fantastique, on vient de regarder sur le net, je suis content pour toi ! Tu en as fait 3 millions et demi ! ». Je lui réponds « non, ce sont des vues, pas des disques ! » Après il me passe Laeticia qui chante « je me sens comme une bamba triste ». Johnny était fier que son pote réussisse. Sardou lui, ne savait même pas ce que c’était. Sur scène, quand on a fait plusieurs fois la région de la Bretagne, car c’était un carton terrible là-bas, Michel disait « vous savez, quand j’ai commencé, je n’avais pas tous ces musiciens derrière moi, j’avais qu’un seul mec, il est là ce soir, Pierre Billon ! » Quand je rentrais les gens criaient « la bamba » ! Et Michel se retournait et ne comprenait pas.

* Le tutoiement a été utilisé dans cette interview car essayer de vouvoyer Pierre Billon c’est s’exposer à de multiples et répétés « Tu fais chier avec tes "vous" »