«"Le jour où j’ai brûlé mon cœur" a réveillé ma vigilance sur le harcèlement scolaire», confie Camille Chamoux

INTERVIEW Dans « Le jour où j’ai brûlé mon cœur » diffusé ce lundi soir sur TF1, Camille Chamoux incarne la mère d’une victime de harcèlement scolaire. Elle raconte à « 20 Minutes » pourquoi elle s’est investie dans un tel rôle…

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Camille Chamoux dans «Le jour où j'ai brûlé mon cœur».
Camille Chamoux dans «Le jour où j'ai brûlé mon cœur». — GILLES GUSTINE-TF1-ANGO PRODUCTIONS

Le 7 février 2011, Jonathan Destin s’immole par le feu. Un geste tragique à travers lequel le lycéen de 16 ans entend mettre fin à des années de harcèlement scolaire. Le jeune homme, qui a survécu et garde d’importantes séquelles, milite depuis pour sensibiliser la société. Jonathan Destin a écrit un livre, Condamné à me tuer (édition J’ai lu) dont est librement inspiré le scénario du Jour où j’ai brûlé mon cœur, diffusé ce lundi, à 21h, sur TF1. Sur le petit écran, c’est Camille Chamoux qui incarne Sabine, la mère de Jonathan. Pour 20 Minutes, la comédienne revient sur cette expérience particulière…

Comment vous êtes-vous retrouvée au générique du Jour où j’ai brûlé mon cœur ?

Christophe Lamotte, le réalisateur, m’a fait parvenir le scénario. Il avait envie d’un casting éclectique, avec Michaël Youn et moi qui sommes plutôt connus dans le registre de la comédie. Il ne voulait pas quelque chose de trop dramatique, il souhaitait éviter que ça sombre dans le pathétique.

Vous avez hésité à jouer dans un registre plus dramatique alors que le public vous connaît essentiellement dans des emplois comiques ?

C’est la qualité du scénario qui m’importe. On peut toujours avoir un côté méfiant en redoutant un scénario tire larmes pour la télévision. Mais en le lisant, j’ai été bouleversée tout en me disant que ce n’était pas affreux. Il y a une forme de distance, permis par la voix off, qui permet d’accéder à l’histoire. J’ai pensé que c’était une chance d’avoir un scénario dans une tonalité qu’on ne me propose pas du tout au cinéma. C’était une formidable opportunité de faire quelque chose d’autre. Et puis, c’est un rôle au service d’un sujet de société dont j’ignorais tout. Je connaissais la cruauté dont les ados peuvent faire preuve, bien sûr, mais elle s’est amplifiée avec les réseaux sociaux, qui contribuent à une oppression à grande échelle, qui est relayée même quand vous rentrez de l’école. Le harcèlement ne s’arrête jamais. Quand j’en ai parlé à des adolescents autour de moi, ils m’ont dit que j’étais à la ramasse, que ce phénomène est hyper connu. Tous avaient dans leur entourage quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a fait une tentative de suicide en raison du harcèlement scolaire.

Avez-vous rencontré la maman de Jonathan, que vous incarnez à l’écran ?

Hier [le lundi 29 octobre, cette interview a été effectuée le 30 octobre]. Je ne l’ai pas rencontrée avant le tournage car le réalisateur ne voulait pas que je sois dans l’imitation. Il a préféré que l’on crée ce personnage, qu’on imagine comment elle est, comment elle se défend, comment elle se redresse. Elle est une femme incroyable, forte, pas du tout dans le pathos, très digne et courageuse. En la voyant, je me suis dit que l’on n’était pas très loin l’une de l’autre. Il y a une proximité très claire entre ce que je joue et ce qu’elle est, c’est assez fou. Depuis, on s’est envoyé quelques messages. Elle se bat encore aujourd’hui en se déplaçant dans les collèges et lycées pour sensibiliser les élèves aux conséquences du harcèlement scolaire. Elle m’a épatée. Je suis fière d’avoir interprété son rôle.

Et elle, elle s’est reconnue dans le personnage que vous jouez ?

Elle m’a dit qu’elle avait mis plus de temps à se relever et à être combative que ce qu’on voit dans le film, mais elle trouve qu’il est très représentatif de ce qu’est le harcèlement, de ce qu’elle a vécu. Elle a eu l’impression de retrouver des choses vécues. Son mari a eu plus de mal, je crois. Il dit qu’il a été moins distant que ne l’est le personnage du père. Cela doit être très étrange de voir votre histoire légèrement fictionnalisée.

Vous avez parlé avec Jonathan ?

Je l’ai rencontré le deuxième jour du tournage. On a beaucoup discuté. C’était très fort. Il incarne la nécessité de parler de ce sujet. On n’a pas toujours la sensation de faire quelque chose d’utile dans nos métiers. Là, il y a quelque chose de très immédiat, c’est une vraie fiction, avec le processus habituel de catharsis, et en plus de ça un témoignage brut, qui apporte un éclairage sur un sujet dont on ne parle pas assez. Il y a un moment que j’aime particulièrement dans Le jour où j’ai brûlé mon cœur, c’est quand tous les enfants et leurs proches se mettent à se parler. Cette libération de la parole est cruciale.

En tant que mère d’un petit garçon, cela vous pousse-t-il à être particulièrement attentive aux risques de harcèlement à l’école ?

Complètement. Je vais être très attentive. Bon, pour le moment, il est en première section de maternelle mais je serai très vigilante pour lui comme pour ses camarades, car on peut être tantôt harceleur, tantôt harcelé. On se dit qu’il faut avoir l’œil ouvert sur tout. Je pense que ma vigilance a été réveillée.