Ophélie Meunier: «Ne pas être de parti pris, c'est la grande préoccupation de "Zone interdite"»

INTERVIEW Dimanche, « Zone interdite » célèbre ses 25 ans sur M6. Ophélie Meunier, qui présente l’émission depuis 2016 évoque, pour « 20 Minutes », ce magazine qui « décrypte le plus profondément les grands faits de société »…

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Ophélie Meunier présente un numéro spécial de «Zone interdite» pour les 25 ans du magazine de M6, le 4 novembre 2018.
Ophélie Meunier présente un numéro spécial de «Zone interdite» pour les 25 ans du magazine de M6, le 4 novembre 2018. — Benjamin DECOIN/M6

Un quart de siècle. Ce dimanche, à 21h, Zone interdite fête ses 25 ans sur M6. Créé en 1993 par Patrick de Carolis, le magazine qui se targue de « refléter l’évolution de notre société » est présenté par Ophélie Meunier depuis 2016. La journaliste, par ailleurs rédactrice en chef adjointe du programme, évoque pour 20 Minutes l’identité de l’émission et le sujet sur « la révolution vegan » au sommaire de ce numéro anniversaire.

Comment présenteriez-vous « Zone interdite » à quelqu’un qui n’en aurait jamais entendu parler en vingt-cinq ans ?

Bonne question (rire). C’est le magazine qui décrypte le plus profondément les grands faits de société qui nous touchent tous, que ce soit parce que l’on est directement concerné ou parce qu’un proche l’est. L’émission donne une heure et demie pour mieux comprendre.

Quel est le sujet qui vous a le plus marquée depuis que vous présentez l’émission ?

C’est difficile d’en choisir un… Je dirais celui du mois de mai sur les Français qui quittent tout pour changer complètement de vie et écrire une nouvelle page de leur existence. Aujourd’hui, on a plusieurs vies, contrairement à nos parents ou grands-parents, on change de métier, géographiquement… Pour la première fois, une même thématique était au sommaire de l’émission deux semaines d’affilée tellement nous avions d’histoires incroyables à raconter. C’est un sujet dont je suis fière. Je pense aussi à celui sur les UMD, les unités psychiatriques pour malades difficiles. On ne peut pas faire plus Zone interdite. On a eu accès à ces unités hospitalières qui accueillent ceux que l’on appelle les « fous dangereux ». On les a entendus parler de ce qu’ils vivent et ressentent, c’était bouleversant.

Vous êtes rédactrice en chef adjointe de l’émission. Quels ajustements envisagez-vous pour la renouveler ?

Ces ajustements-là ont été opérés dès mon arrivée. La principale différence c’est que pour chaque sujet, je suis sur le terrain. Je vais à la rencontre des témoins, ce qui, avant, était exceptionnel : généralement, le lancement et la conclusion de l’émission étaient faits en plateau. Zone interdite, c’est le magazine qui va à la rencontre des gens, alors j’avais envie de ça. Par ailleurs, je m’occupe de la narration de tous les reportages. Je lance le sujet et je continue à prendre les gens par la main avec les commentaires. Cela fait partie de l’identité de l’émission. Et puis, il y a ce défi qui est celui de toute l’équipe : toujours anticiper les sujets de société qui émergent et les décrypter le plus tôt possible.

Certains reportages prennent plusieurs mois, voire une année à être réalisés, n’y a-t-il pas un risque que ce qui est un sujet de société au moment où le tournage est mis en chantier ne le soit plus lors de la diffusion ?

Le risque existe à chaque diffusion à partir du moment où, des films complètement approfondis, on prend les temps de les faire, donc on se met en danger. Mais les grandes préoccupations sociétales ne bougent pas. La GPA [Gestation pour autrui], par exemple, est encore en plein cœur de l’actualité aujourd’hui. On a fait le sujet il y a deux ans, si on devait le refaire, on referait le même. Les sujets qu’on projette pour la rentrée prochaine, on sait qu’ils sont au cœur des préoccupations.

Comme le sujet sur « la révolution vegan » au sommaire ce dimanche ?

Pour nous, le sujet est plus large. On a une problématique qui est que de plus en plus de Français veulent mieux manger et sont préoccupés par la qualité des produits qu’ils ont dans leur assiette. Ils sont prêts à consommer moins de viande qu’avant et ont pris conscience de l’impact sur leur santé mais aussi sur l’environnement. Un tiers des Français se déclare « flexitarien », c’est-à-dire qu’ils continuent de manger de la viande, du lait, des œufs, etc. mais en moins grandes quantités et en faisant attention à ce qu’ils achètent. Pour faire le tour de ces questions qui touchent à la santé mais aussi au bien-être animal, nous sommes allés à la rencontre de véganes, qui sont de plus en plus nombreux. Ce sont de vrais militants, parfois extrêmes. Nous faisons également témoigner des acteurs du monde de la viande qui défendent le savoir-faire français mais s’engagent aussi pour le « mieux manger ».

Malgré les contradictions que vous apportez, ne craignez-vous pas d’être de parti pris ?

Pas du tout. C’est la grande préoccupation de l’équipe, à chaque fois. Je vous mets au défi, après la diffusion du sujet de dimanche, de dire si nous sommes pour ou contre les véganes ou les bouchers. On fait le tour de la question avec une grande transparence et les téléspectateurs auront les clés en main pour se faire leur idée. Certains se diront qu’ils feront plus attention à l’avenir à leur consommation de viande. D’autres ne se reconnaîtront pas dans ce combat-là.

A la rentrée, vous avez entamé votre troisième saison à la présentation de « Zone interdite ». Vous envisagez de poursuivre encore plusieurs années ?

J’ai 30 ans, j’ai un paquet d’années pour progresser et me réaliser. Deux ans et demi, ce n’est rien, je ne suis pas lassée. J’ai encore plein de choses à découvrir et à faire avec l’émission. Je fais partie de la génération qui vit année après année. Comment va évoluer ma carrière l’an prochain ? Je n’en sais rien. Je suis déjà bien occupée. Je ne sais pas ce qu’il se passera. Rien de certain et rien d’incertain.