La couverture de Batman White Knight et son auteur, Sean Murphy
La couverture de Batman White Knight et son auteur, Sean Murphy — DC TM & © 2018 DC COMICS. ALL RIGHTS RESERVED. © URBAN COMICS pour la version française

COMICS

«Batman White Knight» de Sean Murphy: en exclusivité les premières pages du plus révolutionnaire des Batman

Découvrez en exclusivité les premières pages du Batman de l’auteur de « Punk Rock Jesus », qui explique à « 20 Minutes » la genèse de sa version révolutionnaire…

Oubliez tout ce que vous pensiez savoir de Batman, le super-héros le plus populaire au monde (avec Superman) car ce combattant du crime n’est, finalement, peut-être pas aussi irréprochable que son mythe le laisse entendre. Du moins dans la version de l’américain Sean Murphy, l’un des plus grands noms actuels du comics, qui s’amuse à inverser les rôles dans son Batman White Knight : l’homme chauve-souris y apparaît en brute épaisse alors que le Joker, son ennemi juré, s’y rachète une morale !

Insensé ? Pas pour les lecteurs américains, le titre ayant fait, il y a quelques mois, un carton phénoménal dans les librairies d’outre-Atlantique. Il faut dire qu’aussi déroutant que soit son parti-pris, le récit de Sean Murphy captive parce qu’il reste crédible. Mais constatez-le vous-même grâce aux éditions DC Comics et Urban Comics (pour la version française) qui offrent quelques planches du nouvel album aux lecteurs de 20 Minutes…

DC TM & © 2018 DC COMICS. ALL RIGHTS RESERVED. © URBAN COMICS pour la version française
 

Résumé : Le Joker, ce maniaque, ce tueur, celui que l’on surnomme le Clown Prince du Crime… Si Batman, le Chevalier Noir, sombre du côté obscur, pourquoi le Joker ne pourrait-il pas sortir de sa psychose et devenir le Chevalier Blanc ? C’est ce qui arrive après qu’un traitement inédit a guéri le Joker et le fait redevenir Jack Napier : un nouveau candidat à la mairie de Gotham !

Comment vous est venue l’idée de départ d’inverser les rôles et de présenter le Joker comme le « gentil » de votre récit ?
Sean Murphy : 
Quand, enfant, je regardais la série animée Batman des années 90, je pensais que le Joker serait bien plus effrayant s’il arrivait à se ressaisir et à arrêter de se comporter comme un fou. Et il y a beaucoup d’autres questions que je me suis posées sur Gotham en grandissant, alors que je comprenais un peu mieux le fonctionnement du monde extérieur : qui répare tous les dégâts causés par Batman et les vilains ? Le vigilantisme peut-il exister sans une certaine dose de corruption ? Et pourquoi le GCPD (la police de Gotham) n’est-il jamais tenu responsable quand Batman va trop loin ?

Des questions qui semblent encore plus d’actualité aujourd’hui !
C’est pour ça que pour Batman White Knight, j’ai trouvé intéressant que le Joker puisse attaquer Batman d’une nouvelle façon, en lui posant ces questions notamment. Il pourrait battre Batman par la voie légale, en utilisant les réseaux sociaux, l’interprétation de la loi et les manipulations politiques (après tout, on est dans l’ère Trump). Mon Joker ne pouvait pas être un homme fou, il allait être une sorte de Don Draper dans Mad Men.

« Votre » Batman est publiquement critiqué pour ses accès de violence extrêmes…
Dans Batman White Knight, Batman est forcé d’admettre que la violence de certaines de ses actions a conduit à un échec. Et tandis qu’il clame haut et fort que son but est de rendre Gotham plus sûre, il y a une partie de lui qui prend plaisir à faire souffrir les criminels. Cela l’a amené à reconsidérer la question du port du masque.

Et « votre » Joker, lui, est supposé n’avoir jamais commis d’assassinat. Mais sans sa légendaire démence meurtrière, est-il toujours le Joker ?
Mon Joker est toujours un violent criminel – et probablement un meurtrier – mais il est bien meilleur pour le cacher que les versions précédentes du personnage. La seule raison pour laquelle il parvient à ne pas être condamné, c’est parce que la police ne parvient pas à rassembler assez de preuves.
Pour moi, ce qui définit le Joker, ce ne sont pas ses tendances violentes, mais plutôt son espièglerie. Il est toujours le Joker lorsqu’il devient le White Knight de Gotham (en tant que Jack Napier) car même s’il n’est pas violent, il joue toujours un jeu avec Batman.

Justement, pourquoi avoir repris l’identité du Joker (ici, Jack Napier) de la série animée des années 1990 ?
C’est le développement de l’univers de Batman que je préfère ! Ma version de Gotham est tirée de cette série. Il me semblait donc naturel d’utiliser ce nom.

Batman White Knight évoque frontalement des sujets très "réalistes" comme les violences policières, le racisme etc. En quoi ces thèmes ont leur place dans un univers de fiction ?
Je pense que l’important est d’installer ces éléments en arrière-plan pour donner de l’épaisseur à l’environnement de Gotham. Ce ne sont pas des éléments centraux, mais ils gravitent autour du noyau de l’histoire. Et j’espère qu’ils rendent Gotham vraisemblable : il y a des problèmes, et il y a des camps qui s’opposent pour les résoudre. Au bout du compte, beaucoup de personnages se rassemblent parce qu’ils ont les mêmes intérêts à développer Gotham. Même s’ils ne sont pas d’accord sur tout, ils réussissent à travailler ensemble.

On parle de Batman White Knight comme d’un renouveau du mythe, un peu comme l’avait fait Frank Miller dans les années 1980. Êtes-vous d’accord ?
C’est un énorme compliment. J’espère un jour m’approcher du niveau scénaristique et artistique de Miller et de sa capacité à utiliser les comics pour commenter la politique et le monde qui nous entoure. Si je parviens à être une version de cela en réussissant une belle carrière, je serai comblé.

Comment votre ouvrage a-t-il été reçu aux USA ?
Ça a été énorme. Je ne m’attendais pas à un tel accueil. Les comic shops continuent à être en rupture de stock. Nous avons dû lancer de nombreuses réimpressions à chaque nouvel épisode.

Pensez-vous que le public français (qui adore votre travail) lui réservera un accueil identique ?
Je l’espère ! Je passe beaucoup de temps à raconter à quel point j’aime la France (et mes lecteurs français). C’est une relation formidable qui durera longtemps, je l’espère.

« Batman White Knight », de Sean Murphy - éditions Urban Comics - 22,50 euros