Frank Miller, invité du Comic Con Paris 2018: «Le monde a besoin de super-héroïnes»

COMICS Avec «Sin City», «Daredevil», «300» et surtout «Batman : Dark Knight», l'auteur et dessinateur Frank Miller est une légende vivante du comics, il est l'invité du Comic Con Paris 2018...

Propos recueillis par Vincent Julé

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La légende du comics Frank Miller lors de sa première venue au Comic Con Paris en 2015
La légende du comics Frank Miller lors de sa première venue au Comic Con Paris en 2015 — LAURENT BENHAMOU/SIPA
  • Le légendaire créateur de comics est l’invité d’honneur du Comic Con Paris 2018.
  • Frank Miller a répondu aux questions de 20 Minutes concernant sa vision des figures de super-héros.
  • Le dessinateur donne également son sentiment sur les nombreux films récents adaptés de comics et l’importance de l’émergence de figures féminines.

Avec Stan Lee, Alan Moore ou  Brian Michael Bendis, Frank Miller est l’une des légendes vivantes du comics américain. Sin City, Daredevil, 300 et surtout Batman : Dark Knight, c’est lui. Déjà invité d’honneur de la première édition du Comic Con Paris en 2015, l’auteur et dessinateur est de retour pour évoquer son travail et rencontrer les fans vendredi à la Grande Halle de la Villette.

20 Minutes n’a pas pu attendre et lui a passé un coup de fil pour parler de la figure du super-héros, devenue mainstream, de son influence sur les films Batman et la mythologie moderne, sans oublier les héroïnes, qui tiennent le haut de l'affiche de cette édition 2018.

Quelle a été votre première rencontre avec les super-héros ?

Je n’étais encore qu’un petit garçon, et je suis tombé sur les cartoons Superman  à la télévision. On peut parler d’une révélation. J’ai ensuite lu quelques comics Superboy, et j’ai su que c’est ce que je voulais faire de ma vie. Je n’avais pas encore cinq ans. Quelques années plus tard, j’ai eu un autre choc, au cinéma cette fois. C’était devant le film The 300 Spartans [La Bataille des Thermopyles en VF]. J’ai compris que les héros ne gagnaient pas toujours, qu’ils pouvaient même mourir. Mais ils n’en restaient pas moins des héros, du moment qu’ils se battaient jusqu’au bout.

Cela a donné 300, l’une de vos oeuvres les plus connues.

Aujourd’hui, je le considère comme mon projet le plus important, une histoire que je voulais absolument raconter. Les héros ne gagnent pas forcément parce qu’ils sont les plus forts, ils ne gagnent pas vraiment d’ailleurs. Il s’agit d’une victoire plus métaphorique que physique. Même s’ils meurent, ils seront rappelés à leur grandeur pendant des millénaires. Questionner et définir l’héroïsme est au coeur de mon travail, c’est le voyage d’une vie.

Avec Batman : Dark Knight, vous avez changé l’image du super-héros en général, et de Batman en particulier.

Je ne dirais pas que je l’ai vraiment changé. J’ai plutôt pris ce qui avait été déjà fait et que j’aimais chez Batman, et je l’ai transposé, mis en perspective, avec le monde contemporain. Le monde que j’avais sous les yeux. On me dit souvent que Batman : Dark Knight [The Dark Knight Returns en VO] a révolutionné le comics, mais c’est surtout ma BD qui s’est le plus vendue. (rires)

Votre approche plus sombre a tout de même influencé l’industrie, le cinéma…

« Sombre. » C’est vrai qu’à la lecture, mes oeuvres sont sombres… au premier sens du terme : il y a beaucoup de noir dans le dessin. (rires) Mais j’ai toujours trouvé ce qualificatif réducteur. Elles sont également complexes, en colère, drôles, et parfois pleines d’espoir. Quant à mon influence sur  les films Batman, selon moi chaque cinéaste a réussi à proposer sa propre vision du personnage.

La trilogie The Dark Knight de Christopher Nolan est très fun, tu vois qu’il s’est bien amusé. Quant à Batman V Superman, il s’agit d’une adaptation « ok » de mon livre. Zack Snyder est un réalisateur fantastique, il a une compréhension et un enthousiasme sans borne pour les comics. Mais puisque l’on parle des différences versions et adaptations de Batman, je dois avouer avoir une préférence pour la série animée de Bruce Timm et Paul Dini dans les années 1990.

Et les films Marvel ? Les super-héros sont devenus mainstream.

J’ai beaucoup aimé le nouveau Spider-Man, même si je les apprécie tous. On vit une époque formidable, mais la question n’est pas de savoir s’ils sont partout ou s’il y en a déjà trop, mais que justice leur soient rendus et que les films soient bons. Les super-héros étaient déjà mainstream dans les années 1940, puis 1960 ou encore 1980. C’est cyclique.

Vous travaillez actuellement sur un nouveau comics Superman.

Il y a tant choses à dire sur lui. Avec Superman : Year One, moi et le dessinateur John Romita Jr. voulons raconter l’histoire du plus célèbre alien du monde, revenir à ses origines, à ce qui fait de lui le plus iconique des héros. C’est très biblique, il y sera question de vérité et de justice.

Et les super-héroïnes ?

Le monde a besoin de super-héroïnes, et je n’ai pas attendu aujourd’hui pour le dire, pour en créer. Dès mon premier job sur Daredevil, j’ai conçu le personnage d’Elektra. C’est le reste du monde qui est à la traîne, qui doit rattraper son retard. Mais c’est en train de changer, et qui sait, on aura peut-être un jour un bon film Elektra. (rires)