Mort de Robert Faurisson: «Dieudonné, Alain Soral, Vincent Reynouard… Les héritiers sont là»

INTERVIEW Robert Faurisson, le chef de file du courant négationniste français est mort dimanche…

Propos recueillis par Laure Beaudonnet

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Robert Faurisson, le 27 février 1998, à Paris
Robert Faurisson, le 27 février 1998, à Paris — MICHEL GANGNE / AFP
  • Robert Faurisson, décédé dimanche à 89 ans, était le chef de file du courant négationniste français.
  • En 1978, Faurisson fait parler de lui en publiant dans Le Monde une tribune intitulée « le problème des chambres à gaz ou la rumeur d’Auschwitz ».
  • L’historienne Valérie Igounet, spécialiste du sujet, revient sur les origines de cette thèse.

Le chef de file du courant négationniste français, Robert Faurisson, est décédé dimanche à 89 ans. Cet homme pour qui les fours crématoires d’Auschwitz et de Birkenau sont « une tromperie » et le « plus gros mensonge du XXe siècle » était la dernière figure du négationnisme connue du grand public après le décès de Roger Garaudy en 2012.

L’historienne Valérie Igounet, auteure de Robert Faurisson, portrait d’un négationniste, revient avec 20 Minutes sur les origines du négationnisme et ses courants contemporains.

Comment le négationnisme est-il né en France ?

Avant Robert Faurisson, d’autres figures ont essayé de diffuser cette théorie. L’initiateur du négationnisme, c’est Maurice Bardèche, un homme qui se dit fasciste. En 1948, il publie un ouvrage qui s’appelle Nuremberg ou la Terre promise qui pose les thèmes du négationnisme. Il y a un certain écho, mais ça ne prend pas. Ensuite, il y a Paul Rassinier, un ancien déporté dans un camp qui n’avait pas de chambre à gaz. Il a écrit Le mensonge d’Ulysse dans lequel il commence à avoir des doutes et ses doutes vont se transformer en négation. Le négationnisme fonctionne dans des petits cercles liés à l’extrême droite française, mais ne trouve pas vraiment d’échos. L’une des personnes les plus importantes avant Robert Faurisson, c’est François Duprat, un idéologue du Front national dans les années 1970 qui appartient à la branche des nationalistes révolutionnaires. En 1967 [au moment de la guerre des six jours], il écrit dans la revue de Maurice Bardèche un texte : « Le mystère des chambres à gaz ». C’est vraiment l’une des articulations du discours. A sa mort -il est assassiné en 1978-, le Front national le remercie pour ses apports dans le domaine du négationnisme.

Comment Robert Faurisson s’est-il fait connaître ?

En mars 1978, Robert Faurisson a déjà eu quelques histoires médiatiques avec ses thèses littéraires. Pour l’instant, rien n’a percé et quelques mois après, en octobre, une interview de Louis Darquier de Pellepoix, un ancien commissaire des questions juives, signée Philippe Garnier-Raymond, paraît dans L’Express. Dans l’interview, on peut lire : « A Auschwitz, on a gazé que des poux ». A partir de là, Robert Faurisson s’enfonce dans la brèche et le négationnisme va être médiatisé. L’affaire Faurisson commence à peu près avec la publication de ses textes dans Le Monde.

Robert Faurisson est-il à l’origine de la popularité de cette thèse ?

Oui. En raison de sa personnalité : sa volonté d’être célèbre. Et en raison de sa posture : c’est un universitaire qui se déclare apolitique. Il faut rappeler qu’il est maître de conférences à Lyon II en littérature du XXe siècle. C’est un homme qui n’est pas historien et qui va réussir à avoir le soutien d’une ultra-gauche française, qui va donner une coloration différente par rapport au négationnisme classique. Il y a aussi sa thèse selon laquelle techniquement les chambres à gaz n’auraient pas pu gazer des juifs. Il crée un autre versant du négationnisme, un négationnisme technique.

Le négationnisme est-il mort avec lui ?

Aucunement. Il a des héritiers qui se sont mis en avant bien avant sa mort. Je pense à Dieudonné, à Alain Soral, à Vincent Reynouard… Les héritiers sont là et ils ne cessent de lui rendre hommage. Il continuera à être une des pierres angulaires du négationnisme parce qu’il a apporté à l’édifice négationniste.

Comment s’organisent-ils ?

Alain Soral a son site, Egalité et Réconciliation, qui fait, me semble-t-il, 7 millions de clics par mois. C’est le site de la complosphère le plus consulté. Soral et Dieudonné ne cessent de publier des billets, des vidéos qui diffusent cette propagande sur Internet. Dieudonné, ça va être certains spectacles, ses fêtes de la quenelle, ses rendez-vous… Ils ont continué quelque chose qui était entamé avec d’autres moyens. Ils ont su exploiter ce filon.

Quel rôle joue le négationnisme aujourd’hui, dans un monde où de plus en plus de fakes news sont véhiculées ?

Je travaille au sein de l’Observatoire du conspirationnisme. L’antisémitisme a toujours fonctionné, depuis des siècles. Le négationnisme est une nouvelle forme d’antisémitisme qui apparaît en 1948 avec d’autres mots mais qui délivre toujours le même message. Evidemment que le négationnisme, et encore plus avec la mort de Robert Faurisson, est une des pierres angulaires du discours complotiste. Il y en a d’autres qui fonctionnent très bien : le grand remplacement, l’assassinat de JFK… C’est une propagande qui est au cœur du discours conspirationniste.