Harcèlement dans «Les Vacances des Anges 3»: «La téléréalité attire grâce aux clashs et aux boucs émissaires»

INTERVIEW Le sémiologue François Jost fait le constat de la banalisation du harcèlement dans les émissions de téléréalité…

Propos recueillis par Laure Beaudonnet

— 

Capture d'écran de la séquence de harcèlement diffusée dans «Les vacances des Anges 3» sur NRJ12.
Capture d'écran de la séquence de harcèlement diffusée dans «Les vacances des Anges 3» sur NRJ12. — CAPTURE TWITTER
  • Fin septembre, Les Vacances des Anges 3 ont diffusé une séquence de harcèlement qui a fait réagir certains internautes.
  • Les émissions de téléréalité font leurs audiences sur les clashs et le harcèlement.
  • Le sémiologue François Jost analyse pourquoi ces émissions ont tant besoin de la violence pour exister.

Les clashs, les disputes, les explosions d’hystérie, la téléréalité en a fait son fonds de commerce. Fin septembre, Les Vacances des Anges 3 sur  NRJ 12 ont diffusé une séquence de harcèlement qui a fait réagir certains internautes sur Twitter. Dans la vidéo, repérée par France 24, plusieurs participants se moquent de la manière dont une candidate porte son maillot de bain. Rien de bien méchant… sauf qu’ils se mettent à plusieurs pour la tourner en ridicule et la montrer du doigt. Un peu comme au collège. « Vous voyez ça me rappelle quoi ça ? Le harcèlement scolaire », s’émeut une internaute dont le message a été retweeté plus de 16.000 fois.

Le sémiologue François Jost, auteur de La Méchanceté en actes à l’ère numérique (CNRS éditions) analyse pour 20 Minutes la violence propre à ces émissions de téléréalité.

Le harcèlement fait-il partie de l’écriture de la téléréalité ?

Aujourd’hui, oui je pense. Dans les Anges, les Marseillais et les autres, il y a souvent une victime qui subit tous les coups et, j’ai observé en travaillant sur mon livre, que ça tombe souvent sur une blonde [dans la séquence qui nous occupe, la candidate est également blonde]. La blonde a l’image de l’idiote, sur le modèle des blagues. La téléréalité d’aujourd’hui attire les jeunes sur cet aspect-là : les clashs et les boucs émissaires.

Ces émissions ne vont-elles pas à l’encontre de la campagne anti-harcèlement à l’école portée par le gouvernement ?

La téléréalité qui plaît plutôt aux jeunes flatte les mauvais penchants. L’adolescence est un âge où on est plus cruel qu’à d’autres moments de la vie. On sait que les ados réalisent parfois des vidéos dégradantes dans la vraie vie. C’est une manière de leur renvoyer la même chose à travers le petit écran. La version optimiste serait de voir ces séquences comme un exutoire. On sait que la téléréalité est en grande partie scénarisée par les producteurs. Il vaut mieux que le harcèlement soit mis en scène que réel, mais il est évident que la diffusion de ce genre de séquences va à l’encontre du discours éthique actuel sur la façon de se comporter les unes avec les autres.

La téléréalité ferait-elle les mêmes audiences sans la violence ?

C’est sûr. Ce qui plaît dans la téléréalité, ce n’est peut-être pas le harcèlement, mais les clashs. Il suffit de regarder ce qui est mis en avant sur YouTube, ce ne sont pas les moments de béatitudes. Le harcèlement, c’est pire, car il y a une victime désignée, mais si on enlevait ça, il ne resterait plus grand-chose.