Les fans de Johnny Hallyday noyés dans le cirque médiatique de l'album posthume

L'ENVIE D'AVOIR ENVIE Pour la sortie de «Mon pays, c’est l’amour», la maison de disques de Johnny mise sur l’émotivité et la communion entre les fans du rockeur…

Clio Weickert

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Sebastien Farran, Bertrand Lamblot, Rose-Hélène Chassagne, Maxime Nucci  et Thierry Chassagne lors de la conférence de presse «Mon pays, c'est l'amour», lundi chez Warner à Paris.
Sebastien Farran, Bertrand Lamblot, Rose-Hélène Chassagne, Maxime Nucci et Thierry Chassagne lors de la conférence de presse «Mon pays, c'est l'amour», lundi chez Warner à Paris. — CHAMUSSY/SIPA

« J’ai parfois peur qu’on me prenne un peu pour une folle, mais je suis une vraie fan ». Lundi après-midi, chez Warner Music France, Florence ne sait où donner de la tête. Fan de Johnny Hallyday « depuis 25 ans », elle est littéralement assaillie par une horde de journalistes, avides de larmes et de trémolos dans la voix. Pour cause, cette réceptionniste de Genève et animatrice du site Johnny-legend.fr, compte parmi la trentaine d’admirateurs du rockeur invités pour écouter en avant-première Mon pays, c’est l’amour, l’album posthume de Johnny, qui sort vendredi.

Télévisions, radios, quotidiens et magazines, une armée de journalistes a aussi répondu présent pour découvrir en exclusivité l’album post-mortem. Mais aussi pour se ruer sur les fans, servis sur un plateau par la maison de disques.

Interview à la chaîne et files d’attente

Rassemblés dans la « fan zone » créée tout spécialement pour l’occasion devant les locaux de Warner, les admirateurs du rockeur semblent ébahis par le nombre de caméras et de micros, prêts à recueillir le moindre mot. Ils répondent aux questions, certains se prêtent même au jeu en poussant la chansonnette. « Nous avions à cœur de faire ce lancement aux côtés des fans de Johnny, explique Rose-Hélène Chassagne, directrice du label Warner. Johnny aurait été fier, les fans ont toujours occupé une place importante dans sa vie d’artiste, il avait un profond respect pour ce public qui l’accompagne depuis 60 ans ». Mais pour leur faire vraiment plaisir, on peut se demander si un événement plus confidentiel n’aurait pas été plus approprié.

C’est dans la salle 118 (bondée) de Warner, – où Johnny aurait répété ses deux dernières tournées —, que fans et journalistes sont priés d’écouter religieusement « le nouvel album de Johnny », casques bleus sur la tête. A son terme, les fans sont invités à se rassembler sur la scène, pour une photo de famille.

Visiblement émus, la plupart d’entre eux se prêtent au jeu. Et le ballet des questions recommence. « Comment les fans ont-ils trouvé cet album ? », « est-ce un moment émouvant » ? « On est KO direct », explique Cédric, « c’est une pépite », répète Yvan, encore et encore.

Une tripotée de soirées exceptionnelles

Entre l’écoute et la conférence de presse, les interviews s’enchaînent, les micros s’entrechoquent, on compte parfois jusqu’à cinq journalistes par fan. Sans compter les créations spontanées de files d’attente. Certains se tiennent un peu à l’écart, comme Philippe, 67 ans (mais 18 dans la tête). « Acceptez-vous encore de répondre à quelques questions ? », demande-t-on timidement. « Oui bien sûr », acquiesce le webmaster de Hallyday.com, un sourire aux lèvres, plutôt amusé par ce raout. D’autres comme Florence, répondent aux questions à la chaîne. « Ça fait du bien d’entendre Johnny mais c’est douloureux », confie-t-elle, à la fois ravie et secouée par l’événement. J’avais prévu d’écouter l’album toute seule mais c’était chouette de le découvrir à plusieurs, merci à Warner et à Laeticia Hallyday. » On est loin de l’événement intimiste, en effet.

Mais l’intime, ce n’est probablement pas le projet de Mon pays, c’est l’amour. La maison de disques semble en avoir décidé ainsi : la sortie de l’album posthume de Johnny Hallyday doit être un événement de communion collective. Très collective. Jeudi à minuit, plus de 200 postes d’écoute physiques de l’album seront installés sur le parvis de Saint-Lazare, par Deezer, en collaboration avec Warner. En parallèle, RTL lance quant à elle « un dispositif exceptionnel avec les cinémas CGR » et propose à ses auditeurs d’écouter l’album en avant-première dès 22 heures jeudi. Enfin, la Fnac Champs-Elysées ouvrira exceptionnellement ses portes à minuit pour une vente spéciale… Et quid de nos fans ? « L’album est déjà commandé, explique Florence, je ne voulais pas aller à la Fnac, c’est trop personnel. » La communion a ses limites.