La méthode Booba, ou la mise en scène de soi en trois leçons

RAP Quatre jours après le jugement de son procès avec Kaaris, le rappeur ambiancera près de 40.000 spectateurs lors d’un concert monumental au Paris La Défense Arena…

Clio Weickert

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Booba, le roi du storytelling.
Booba, le roi du storytelling. — SYSPEO/SIPA
  • Quatre jours après le jugement de son procès avec Kaaris, le rappeur ambiancera près de 40.000 spectateurs lors d’un concert monumental au Paris La Défense Arena.
  • Une vie mouvementée que B2O se plaît à commenter et mettre en scène, sur les réseaux sociaux ou dans sa musique, élevant le storytelling en art.

Booba à la barre, Booba sort un nouveau single, Booba s’occupe de ses enfants, Booba lance un projet mystérieux, Booba… Le Duc de Boulogne est partout, et sur tous les fronts. Mardi, il écopait de 18 mois de prison avec sursis pour la bagarre à l’aéroport d’Orly. Samedi, le rappeur donnera un concert monumental au Paris La Défense Arena, devant un parterre de près de 40.000 spectateurs. C’est ce qu’on pourrait appeler : « la vida loca » (cliquez ici pour les nullos en espagnol).

Une vie mouvementée que B2O se plaît à commenter et mettre en scène, sur les réseaux sociaux ou dans sa musique, élevant le storytelling en art. Démonstration en trois leçons.

Booba le chroniqueur judiciaire

« Quand je serai grand, je voudrais être Benalla ou moine pédophile. 10 ans pour une bagarre, c’est avec ou sans le streaming ? #uneépoqueformidable ». Le 21 août dernier, Booba balançait ce tweet lapidaire, en direct de la zonzon. Sur le plan judiciaire, le rappeur ne s’est pas fait prier pour aller de son commentaire. Un petit penchant pour la provoc mais aussi une façon de « noter l’hypocrisie du système, des peines parfois mal adaptées aux délits, tout en soulignant l’aspect médiatique de ce procès », analyse Kathryn Kleppinger, chercheuse à l’université de George Washington, spécialiste de culture française contemporaine, notamment de la perception du rap français dans la sphère publique. Dernier fait en date, en fin de semaine dernière, lorsque le rappeur a dévoilé l’un des messages de sa mère. « Hier suis allée chez ma coiffeuse. Elle m’a dit que ses clientes de 50 à 70 ans lui avaient dit que « de se battre à coups de flacons Chanel, c’est la classe ! » Elles ont ajouté que tu es très beau ». La thug life, c’est de famille visiblement.

Booba le roi du clash

En parallèle de ses chroniques, B2O n’en oublie pas pour autant d’égratigner ses adversaires. Mardi, quelques heures après la décision du tribunal de Créteil, le rappeur s’en prenait directement à Kaaris, son meilleur ennemi. « J’en connais un qui va manger des pâtes pendant quelques années », plaisantait-il alors sur une story Insta, en référence à l’amende de 50.000 euros dont ont écopé les deux rappeurs. Un clash IRL qui pourrait nourrir de futurs titres de Booba, à l’image d’anciennes brouilles (dans Carton rose, il s’en prenait notamment à Sinik). Selon Kathryn Kleppinger « pour comprendre certaines chansons il faut comprendre ce qui lui arrive en périphérie de sa musique. Ses morceaux et ses albums se réfèrent à des faits précis, d’ailleurs il ne cherche pas à séparer sa vie et son art. Il fait exprès de se présenter comme un ensemble d’activités artistiques et médiatiques ».

Booba n°1

Boss du rap game français, Booba n’en est pas moins un entrepreneur. Entre un message de sa « daronne » et la vidéo d’une reprise d’un de ses titres, le rappeur en profite aussi pour faire de la promo pour son whisky D.U.C, bouteille en main.

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@ducwhisky #tastethepower 🦉

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Que ce soit pour de l’autopromo, ses déboires judiciaires ou sa musique, le rappeur est en représentation permanente et brouille sans cesse les frontières entre vie privée et vie publique. Un sens de la mise en scène, au service de ses business et de sa musique. « La semaine dernière il a noté que son nouveau morceau BB est #1 sur iTunes, Apple Music, Spotify et Deezer, observe Kathryn Kleppinger. On peut dire que ceci est une stratégie pour lui donner plus de légitimité et de pouvoir culturel, malgré ses difficultés judiciaires. C’est une façon de dire qu’il est toujours au top, peu importe ce qui arrivera avec le jugement cette semaine ». N’en déplaise à ses détracteurs.