«Dancing Queen»: Le docu-série de Netflix mêle drag-queen star, jeunes danseuses et mères dingos

POP CULTURE Netflix a mis en ligne vendredi la première saison de la série documentaire autour de Justin Lee Johnson et de son double drag-queen Alyssa Edwards…

Fabien Randanne

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Alyssa Edwards coiffe l'une des élèves de l'école de danse Beyond Belief, dans la série documentaire «Dancing Queen».
Alyssa Edwards coiffe l'une des élèves de l'école de danse Beyond Belief, dans la série documentaire «Dancing Queen». — Jake Giles Netter / Netflix
  • « Dancing Queen » est une série documentaire dont les huit épisodes de la saison 1 ont été mis en ligne vendredi sur Netflix.
  • On y suit, dans la ville texane de Mosquite, le quotidien du créateur de la compagnie de danse Beyond Belief, Justin Lee Johnson, ainsi que le parcours des jeunes danseuses de sa troupe.
  • Alyssa Edwards, la drag-queen qu’incarne Justin Lee Johnson, est une star dans la communauté LGBT et se produit dans le monde entier. Ses interventions rythment les épisodes.

Dancing Queen, la série documentaire mise en ligne vendredi sur Netflix n’a rien à voir avec Abba. Ou presque. Il est bien question de strass, de paillettes, de robes à sequins et de bijoux en toc qui font des cliquetis. Mais au fil des épisodes (l’auteur de ces lignes a visionné les trois premiers), aucune trace du groupe suédois : les caméras suivent les aventures de la troupe de danse texane Beyond Belief, des entraînements aux compétitions. Elles mettent surtout en vedette celui qui a créé cette compagnie en 2004 : le fantasque (et fantastique) Justin Lee Johnson. Disons-le tout de suite, cette série documentaire, ce n’est pas du Raymond Depardon​. Mais elle n’est pas pour autant seulement un plaisir coupable. Explications.

  • Une drag-queen géniale

Justin Lee Johnson est moins connu à la ville qu’à la scène. Sous son identité de drag-queen, il est une star dans la communauté LGBT (lesbienne, gay, bi, trans) et au-delà… Il campe la truculente Alyssa Edwards – le prénom est un hommage à Alyssa Milano. Une créature merveilleuse, comme échappée d’un épisode de Dynasty ou de Dallas, tout en grandiloquence, roulement d’yeux et le claquement de langue (sa marque de fabrique) avec lequel elle ponctue ses déclarations. Alyssa Edwards a participé, en 2013, à la saison 5 de RuPaul’s Drag Race – une compétition culte de drag-queens entre la Star Ac’, pour l’aspect artistique, et Koh Lanta, pour la dimension stratégico-perfide. En 2016, elle a fini cinquième de la deuxième édition « All Stars », réunissant quelques-unes des candidates les plus emblématiques. Drag chouchoute des fans, elle se produit dans le monde entier. Elle sera ainsi sur la scène des Etoiles, à Paris, le 2 décembre…

Dans Dancing Queen, Alyssa Edwards apparaît au cours de séquences musicales clipesques ou pour commenter, face caméra, ce que l’on découvre des cours de danse et de la vie privée de Justin Lee Johnson. « La journée, je suis chef d’entreprise. Je suis prof et mentor, dit-elle dans le premier épisode. La nuit, j’enfile ma perruque, je la colle et c’est comme ma cape de super-héroïne. C’est ça que j’apprends aux gamins [des cours de danse]. On se colle des faux cils en coulisses. On prie avant de monter sur scène. Et quand la musique débute, on fait briller son étoile. »

  • Des « dance moms » dingos

Enfants ou ados, les jeunes danseuses qui apparaissent dans Dancing Queen ont une propension à avoir la main lourde sur le maquillage, ce qui met relativement mal à l’aise. Mais quand elles s’expriment face à la caméra – à une ou deux exceptions près – elles semblent avoir les pieds sur terre et tiennent des propos plutôt sensés. Les plus flippantes dans cette histoire, ce sont ces mamans qui assistent au cours et les vivent par procuration en projetant sur leurs progénitures leurs rêves de gloire. Les fans de la téléréalité Dance Moms, diffusée en France sur Téva, ne seront pas dépaysés. Il suffit d’à peine plus d’un épisode pour que certaines laissent éclater leur mauvaise foi et fassent de Marcella, la nouvelle prof de danse, leur cible privilégiée. Face à de telles séquences, clairement, on sort le pop-corn comme devant un bon vieux Confessions intimes. Sans scrupule.

  • Une tranche de Texas

Dancing Queen ne se passe pas n’importe où aux Etats-Unis : dans la ville de Mosquite, au Texas. A environ 23 km de Dallas. Cette série documentaire donne donc à voir une tranche d’Americana faite de zones commerciales tristounettes, de chevaux broutant du foin et de panoplies de cow-boys dégainées en toute occasion. Le Texas est un Etat conservateur et pas vraiment très gay-friendly. C’est pourquoi il n’est pas anodin d’entendre Justin Lee Johnson évoquer sa foi chrétienne qu’il concilie parfaitement avec ses activités artistiques. Dans le premier épisode, on le voit célébrer, en Alyssa Edwards, le mariage de deux de ses amis gays. « Je lirai la Bible. Si ça dérange quelqu’un, restez calme et avancez ! », les prévient l’artiste. La cérémonie se révèle haute en couleur, avec des invités semblant répondre au dress code « Queer Far West de science-fiction ». Autrement dit, le Texas comme vous ne l’avez jamais vu. Tout n’est pas que rose bonbon, évidemment. Les thèmes de la pauvreté ou de la violence apparaissent en creux, lorsque, par exemple, Justin Lee Johnson achète une maison dans un espace résidentiel privé, sorte de « ghetto pour riches » sécurisé. « Je n’ai jamais oublié d’où je viens, explique l’artiste en Alyssa Edwards. J’ai eu des perruques synthétiques. (…) Mes boas n’étaient pas en plumes d’autruche, mais de dinde de chez Hobby Lobby [une chaîne de magasins vendant du matériel pour les activités créatives]. Mais je m’en suis sortie grâce à ma persévérance. Je serai quelqu’un un jour. » Un parfait exemple de ce qu’est Dancing Queen : un récit, pimenté d’exubérances, d’humour et de pampilles, d’un rêve américain, du parcours d’un self-made-man, de la vie d’une self-made drag-queen.