Philippe Manoeuvre: «Le rock n'est pas mort, il est simplement endormi»

INTERVIEW Icône du rock en France, Philippe Manoeuvre vient de sortir son roman autobiographique...

Propos recueillis par Antoine Irrien

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Philippe Manœuvre a sorti ce mercredi son roman autobiographique, intitulé
Philippe Manœuvre a sorti ce mercredi son roman autobiographique, intitulé — BALTEL/SIPA
  • Philippe Manoeuvre publie une autobiographie romancée sur sa vie et ses expériences de journaliste.
  • L’ex-rédacteur en chef de Rock & Folk a suivi et vécu l’arrivée du rock en France.
  • Il raconte à 20 Minutes quelques-uns de ses plus marquants souvenirs.

Philippe Manœuvre, c’est le rock dans les veines. A 64 ans, l’ex-rédacteur en chef de Rock & Folk et juré de Nouvelle Star a tout vécu. De Lou Reed aux Rolling Stones en passant par Iggy Pop, Johnny ou encore Gainsbourg, il les a tous suivi. Après une autobiographie publiée à la fin des années 1980 qu’il appelle « le premier volume », l’enfant du rock livre enfin l’ensemble de ses mémoires et de ses secrets dans un roman autobiographique intitulé tout simplement… Rock (éditions Harper Collins).

En 500 pages jalonnées de « presque » tous ses souvenirs, Philippe Manœuvre raconte la trajectoire qu’il a choisie : celle de la musique et du rock'n'roll. 20 Minutes a rencontré Philippe Manœuvre, son T-shirt Black Sabbath et ses fidèles Ray-Ban.

Un an après votre départ de Rock & Folk, l’envie d’écrire ce livre vous est venu rapidement ?

Tout le monde me disait de balancer toutes mes anecdotes pour de bon. Ça faisait très longtemps que je voulais raconter l’histoire de mon plus grand amour, le rock, mais du point de vue de ma propre vie, qui n’a fait que suivre ce mouvement, et qui continuera d’ailleurs jusqu’au bout. Forcément, j’ai attendu jusqu’à la retraite qui semblait pour moi le moment le plus opportun. Dans ce bouquin, je rappelle mon enfance dans la Marne, la découverte du rock à 12 ans, jusqu’à mon arrivée à Paris ou encore ma première rencontre avec les Stooges. En fait, je raconte tout.

Avez-vous l’impression d’avoir contribué à l’arrivée du rock en France ?

J’y suis un peu pour quelque chose oui, mais je n’étais pas tout seul. Ce dont je suis fier, c’est que j’ai réussi à intégrer le rock au sein de la revue Métal Hurlant, en 1976. Ça a été facile avec cette équipe composée de Mœbius, Jean-Pierre Dionnet, Philippe Druillet et Bernard Farkas, qui formait Les Humanoïdes associés. Avec Rock & Folk, on était avant tout un groupe de passionnés qui s’est retrouvé au milieu des deux plus belles décennies musicales de notre temps. Le rock des années 1960 a bouleversé et créé une vague déferlante. Bob Dylan, les Stones, les Beatles, les Stooges puis Led Zeppelin ont véritablement lancé la machine. Et nous, on l’a suivi. On a connu l’âge d’or, vu tous les styles débarquer, interviewé les plus grands, et malheureusement assisté à la fin de la domination du rock.

Aujourd’hui, le rock est mort ?

Non, aucune musique ne meurt. Je dirai que le rock s’est endormi. Aujourd’hui, on a du mal à savoir si ça va repartir. Les Arctic Monkeys incarnent par exemple très bien le rock de nos jours. Il y a toujours des groupes qui se forment mais aujourd’hui, les superstars sont les rappeurs, et le hip-hop domine désormais les charts. Un jour, David Bowie m’a dit que le rock n’était plus le fer de lance de la jeunesse. C’était en 1987…

La liste de rock stars que vous avez rencontré est impressionnante. Certains sont devenus des amis ?

Non, car il y avait toujours cette distance entre journaliste et musicien. Bien sûr que j’ai partagé des moments privilégiés et particuliers avec ce qui reste au final mes idoles. Quand je me suis retrouvé en face de Mick Jagger et de Lou Reed la première fois, ça m’a forcément fait quelque chose. Mais, même si le rock nous attirait, nous ne vivons pas dans le même monde. Je ne pouvais pas les suivre partout. Une des seuls rockeurs qui m’a dit que j’étais son ami, c’est Iggy Pop. J’ai noué une très belle relation avec lui, et j’avais vraiment apprécié qu’il vienne me donner en main propre mon insigne de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

Qui est la dernière star du rock ?

C’est Mick Jagger. Quel style, quel charisme ! Il est resté au top du top. Il se respecte, respecte sa musique, et respecte surtout son public. Quand Mick et les Stones vont partir, ça va me faire mal…

Philippe Manœuvre, c’est le rock même à la retraite ?

Bien sûr ! Jamais je ne m’arrêterai. Le rock, c’est ma vie. Ce livre, c’était une première étape. Maintenant, je me remets à la guitare avec mon fils, Ulysse. Je compte beaucoup sur lui, et j’essaye de lui transmettre toutes mes connaissances. Je ne vais pas choisir ce qu’il fera de sa vie, mais évidemment, j’aimerais qu'il soit un rockeur.