Hommage à Charles Aznavour: «Il disait qu'il était la voix des sans voix», raconte un de ses amis

INTERVIEW L'écrivain et ancien journaliste turc Erol Özkoray a rencontré Charles Aznavour en 1984 pour une interview et est resté proche du chanteur jusqu'à sa mort...

Propos recueillis par Claire Barrois

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Erol Özkoray, ancien journaliste turc et ami de Charles Aznavour.
Erol Özkoray, ancien journaliste turc et ami de Charles Aznavour. — C. Barrois / 20 Minutes

Il aurait dû être avec les personnalités à l’intérieur des Invalides, mais n’a pas fait les démarches à temps et s’est retrouvé à l’extérieur avec les anonymes. Erol Özkoray, écrivain et ancien journaliste turc, avait rencontré Charles Aznavour en 1984 et a gardé une affection particulière pour le chanteur, engagé dans la lutte pour la reconnaissance du génocide arménien. 20 Minutes l'a rencontré.

Comment avez-vous rencontré Charles Aznavour ?

En 1984, il a lancé un appel aux journalistes et écrivains turcs. Il disait : « Venez me voir avec une bouteille de raki pour faire la paix. » J’y suis allé, on a passé trois heures ensemble autour d’une bouteille. On a parlé du dialogue entre les Arméniens et les Turcs. Il disait qu’il était la voix des sans voix [des Arméniens] et en même temps le bon sens. C’était le sage pour moi.

Que pensez-vous de son combat pour la reconnaissance du génocide arménien ?

On avait besoin d’une personne comme ça pour faire la paix. C’est le seul qui a œuvré en ce sens depuis quarante ans. Ce qu’il a fait est historique. C’est quelqu’un de très important dans le sens où la république turque a été fondée sur le génocide des Arméniens et que toutes les maladies politiques en Turquie sont liées à ça. La reconnaissance de ce génocide est la clé de voûte de la démocratie turque.

Et sur le plan artistique ?

C’est l’un des meilleurs chanteurs qu’on ait eu en France. C’est également un grand comédien, il a une soixantaine de films à son actif. C’est très rare ce genre de personne, ça arrive une fois tous les 200 ans. Il était très précieux, et tellement modeste. C’était un artiste complet qui parlait avec son cœur et a fait beaucoup pour la question arménienne.