Columbine: «L’excès de virilité dans le rap, je trouve ça ringard», explique Foda C

RAP Influence de la pop culture, succès et rapports de domination inversés… A l’occasion de la sortie de son nouvel album «Adieu Bientôt», le groupe rennais a répondu aux questions de «20 Minutes»…

Clio Weickert

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Foda C et Lujipeka de Columbine.
Foda C et Lujipeka de Columbine. — Sophie Hemels

« Adieu Bientôt c’est l’après-tournée, c’est nous dans nos chambres après une tournée où on a vu 30.000 têtes. Tu te retrouves tout seul et tu te dis : Qu’est-ce que je fais ? Je veux continuer dans la musique ? Je veux tout niquer ou tout arrêter ? Il y a un grand rapport au succès et à nos vies ».

Avec deux Olympia déjà quasi complets, plus de cinq millions de streams et des ventes plus qu’honorables pour leur 3e album sorti vendredi dernier, si tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes pour Columbine, l’heure n’en est pas moins aux questions. Lujipeka et Foda C, les deux leaders du groupe rennais ont répondu à celles de 20 Minutes.

Au-delà d’être l’un des titres de vos photos, que vous évoque Bart Simpson ?

Bart Simpson.
Bart Simpson. - INTERFOTO USA/SIPA

Lujipeka : C’est un peu une réponse à Enfant terribles, notre précédent album. Le plus grand enfant terrible de la pop culture, c’est Bart Simpson. Dans la chanson, je dis « tous les jours le même tee-shirt comme Bart Simpson », parce qu’on porte énormément notre logo, il y a toujours un membre de l’équipe qui va l’avoir. Il y a un peu un côté cartoonesque d’être tout le temps habillés pareil.

Dans ce titre, vous parlez aussi de vous en employant l’expression de « groupe le plus détesté »…

L : C’est plus le ressenti d’un moment, ce n’est pas forcément une pensée générale tout le temps. On peut être incompris et parfois mal le vivre. Mais avec du recul on se dit qu’il vaut mieux se concentrer sur les gens qui nous aiment. Je sens qu’on divise pas mal quand même. On a des fans très hardcore et des gens qui nous détestent. Les gens qui nous aiment nous donnent énormément d’amour et on ressent beaucoup d’identifications, comme si on faisait partie de leur famille. Et à côté de ça il y a les gens qui ne comprennent pas du tout. Mais ce n’est pas grave, c’est plutôt normal, nous on déteste plein de gens.

Foda C : Moi je m’en fous qu’on m’aime ou qu’on ne m’aime pas…

Le clip de Cache-Cache, sur un bal de fin d’année qui tourne au massacre, fait-il référence au film Carrie ?

Image extraite du film «Carrie au bal du diable» de Brian De Palma.
Image extraite du film «Carrie au bal du diable» de Brian De Palma. - Copyright Splendor Films

F : C’est ouf mais quand on le faisait, je savais que ça me faisait penser à un film et je n’arrivais pas à mettre un nom dessus…

L : Il y a aussi un rapport à la tuerie de Columbine. Le scolaire est un thème récurrent dans nos projets.

Vous semblez très influencés par la pop culture ?

L : Que ce soit le cinéma, la musique, on kiffe vraiment toute cette culture pop qui est assez accessible. Avant on était un peu dans une niche, on citait beaucoup de références pointues que les gens ne connaissaient pas forcément, on faisait un peu du name dropping. Au final je trouve ça plus cool d’avoir des goûts communs à plein de gens.

Un de vos titres s’intitule « Teen Spirit », une référence à Nirvana ?

Le groupe Nirvana en 1993.
Le groupe Nirvana en 1993. - Mark J. Terrill/AP/SIPA

L : Oui, mais comme une dédicace. Moi j’écoutais à fond, je pense que c’est le groupe de rock que j’ai le plus écouté. Et quand tu commences à faire de la guitare, ce sont presque les choses les plus simples à jouer, Nirvana, tout en restant très forts aussi.

F : Les inspirations et les références, c’est vraiment du style. Ça ne vient pas d’une volonté mais plutôt du hasard.

L : En fait on aime bien distiller un peu tout ce qu’on kiffe dans nos morceaux, sans en faire des tonnes.

On a parfois du mal à définir votre musique, comment la décrivez-vous ?

L : On est un peu le fruit de notre génération, et on est à un moment où le rap est à une telle ampleur qu’il n’y a plus de vraiment de problèmes à le mélanger avec plein de choses. Au début on a essayé de prendre des sons de musique électro, de rock, de punk, et de tout mélanger en gardant l’étiquette rap, et je pense que c’est ça qui a pu bloquer à une époque. Comme il n’y a personne encore à qui nous identifier, on n’est pas mis dans une case directe. Il y a de plus en plus de types de rap qui émergent, nous on est un peu seuls dans notre case. Du coup, on est un peu mis de côté. Mais peut-être que dans quelques années on va influencer, ou alors certains iront dans cette vibe-là et on fera peut-être partie du paysage comme tout le monde.

F : Moi je dis qu’il ne faut pas expliquer la musique, c’est un truc inconscient. C’est une création aléatoire, c’est abstrait.

L : Dans un an on sera peut-être hyper mainstream. Il y a plein de mecs qui avaient des étiquettes cheloues et en l’espace d’un an ils deviennent hyper mainstream. En fait ce sont des questions de tendances.

Et enfin, à part le titre d’une des chansons (« Topless »), que vous évoque cette image ?

Tout le monde sait ce que c'est, non?
Tout le monde sait ce que c'est, non? - Peter Brooker / Rex Fea/REX/SIPA

L : On parle beaucoup de filles dans l’album, d’amour, de sexe, tout ce qui entoure les relations amoureuses.

F : Par rapport à d’autres artistes, on est plus dans l’analyse des relations que dans le côté charnel. On l’avait peut-être plus sur nos premiers projets mais là on s’intéresse aux relations en général, que ce soit avec des potes ou avec des meufs. Et quand je fais des chansons j’aime bien inverser le rapport de domination. Dans le rap c’est souvent « je vais la prendre et elle va tomber amoureuse de moi ». Moi j’aime bien l’inverse et le fait d’être petit face à elles. Je suis tout petit devant un canon, elle me prend en otage et c’est moi qui suis dominé. J’aime bien inverser le rapport de domination, je trouve ça plus intéressant. Je n’aime pas l’excès de virilité dans le rap, ça me fait chier. Je trouve ça ringard.