Alexandre Astier: «Kaamelott est une saga qui a besoin de l'artifice du cinéma»

INTERVIEW Pour la première fois, et 13 ans après son lancement sur M6, la série «Kaamelott» créée par Alexandre Astier, est éditée en intégrale...

Benjamin Chapon

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Alexandre Astier
Alexandre Astier — Thomas Laisné

Ne vous fiez pas au titre de cet article. Il ne contient aucune révélation fracassante sur le(s) futur(s) film(s) Kaamelott que son créateur, Alexandre Astier, nous a promis depuis bien longtemps. Pour patienter, c’est un bel objet que les fans - et moins fans - de la série vont pouvoir s’offrir :  une intégrale en DVD et Blu-Ray HD des six saisons, ou « Livres », ainsi que de nombreux bonus.

Créée en 2005, Kaamelott s’est arrêté en 2009 à l’issue d’une sixième saison à l’intrigue inachevée. Alexandre Astier souhaite boucler sa saga avec, si possible, une trilogie de longs films au cinéma. Mais le projet achoppe sur des questions financières « pas très passionnantes », explique  le démiurge qui, outre les cordons de la bourse, contrôle à peu près tout de sa création.

Vous semblez très fier de cette intégrale qui aura mis du temps à voir le jour.

Quitte à faire une intégrale, il fallait qu’elle ait de la gueule. Les aficionados de Kaamelott ont déjà les coffrets mais cet objet sera plutôt utile pour des spectateurs plus occasionnels qui ont été soumis aux diffusions télé chaotiques, dans des versions tronquées ou dans le désordre… En plus c’était l’occasion de montrer la version tout en HD. Que les gens puissent profiter de leur matos… Paradoxalement, les premiers livres n’avaient jamais été édités en HD alors que Kaamelott a été la première série française entièrement tournée en HD.

Pourquoi publier maintenant une intégrale ? C’est un adieu à Kaamelott ?

J’avais l’impression que c’était ce qui allait boucler la série. Comme une pierre au mur. C’est aussi utile pour moi d’avoir un objet qui fasse office d’archive. Je suis sensible à ces symboles.

Avec le succès, j’ai gagné une liberté, la série s’est émancipée. C’est rare, voire unique.

Les adeptes de Kaamelott aiment souvent regarder la série en binge-watching. Pourtant ça n’existait pas à l’époque de la création de la série ?

Si, si, ça existait mais le mot pas encore. Moi, je me suis empiffré des coffrets de Friends par exemple. Mais Kaamelott sur les quatre premiers livres ne s’y prêtent pas trop, avec ce format apéritif entrecoupé de génériques. En revanche les livres V et VI, on peut les regarder comme un long film.

Sur le ton aussi, Kaamelott a évolué au cours des six saisons…

Oui, ça a changé de gueule. Cette intégrale permet aussi de regarder la progression des choses. J’en suis très fier. Avec le succès, j’ai gagné une liberté, la série s’est émancipée. C’est rare, voire unique. Kaamelott, c’est l’histoire d’une œuvre qui s’affranchit de son format et de sa case.

Alexandre Astier dans Kaamelott
Alexandre Astier dans Kaamelott - J.Morell/M6

Avez-vous envisagé d’intégrer les versions étrangères de Kaamelott au coffret DVD ?

Non parce que c’était un peu raté. Les producteurs étrangers n’avaient pas le droit d’écrire les textes, ils ne pouvaient que traduire les miens. Et ils ont interprété ça seulement sous l’angle potache sans comprendre où la série allait. Je leur ai dit, à un moment, qu’ils n’avaient pris que le fromage gratiné du dessus sans prendre le plat qu’il y avait en dessous. Ils ont vite été dans une impasse.

Vous aviez expliqué que la version italienne par exemple était prisonnière de ses personnages rendus caricaturaux par l’interprétation des comédiens locaux.

Oui, l’interprète de Guenièvre n’était pas actrice ou comédienne de théâtre, mais plutôt une star de la télé, je crois. Or, moi, quand j’écris, j’écris pour des acteurs. Mon esprit d’écriture fonctionne comme ça. Je ne crois pas aux personnages, je crois aux acteurs. Si on reste au niveau des clichés sur les personnages de Kaamelott - Perceval est idiot, Léodagan est sévère, Bohort est efféminé…- on rate l’essentiel. Pour le personnage de Guenièvre, j’ai écrit un rôle de naïve, et non pas d’idiote, parce que son interprète Anne Girouard est une comédienne chevronnée. Jouer des choses aussi dures que la fausse bêtise, ça se confie à de grands professionnels, pas à des rigolos.

J’ai besoin que les personnages fassent petits dans le décor.

Avez-vous déjà imaginé de faire vivre Kaamelott au théâtre ?

Je ne l’ai jamais vraiment envisagé parce que je ne le sens pas comme ça. Au théâtre j’ai envie de voir autre chose. Le principe de Kaamelott est de montrer des gens inefficaces, et humains en fait, face à de très grands projets, comme la quête du Graal ou le royaume de Logres. J’ai besoin que les personnages fassent petits dans le décor. Kaamelott est une saga qui a besoin de l’artifice du cinéma. Je ne suis pas sûr que voir les personnages en chair et en os soit une bonne idée. Imaginez le mec gare sa bagnole, entre dans le théâtre, présente son billet, éteins son téléphone… Il est trop dans la réalité. J’ai adapté Kaamelott en BD parce que ça permet des décors fantastiques. On peut faire une aventure.

A part la BD, il y a très peu de produits dérivés Kaamelott. C’est de votre fait ?

Oui. J’essaye de tout superviser parce que je veux que les trucs qui sortent soient vraiment chouettes. Tout ce que touche à Kaamelott me demande beaucoup de travail, c’est souvent très difficile à faire, alors j’aime bien gérer mes inédits. Il y a beaucoup d’attente et j’aime faire moi-même les surprises. J’aimerais beaucoup avoir des produits dérivés de geek autour de Kaamelott, des T-shirts, des mugs… C’est du boulot.

Et peut-être préférez-vous concentrer votre énergie sur la production des films ?

Aujourd’hui, dès que je fais quelque chose, une vidéo, un Astérix ou que je noue mes lacets, il y a des fans de Kaamelott qui me tombent dessus pour me dire que je perds mon temps et que je devrais me concentrer sur les films… Or on peut faire ses lacets et un film en même temps. Les gens ne réalisent pas que je ne suis pas tout seul sur ce projet. C’est une industrie et là on en est à un stade qui consiste à réunir de l’argent, entre autres choses. Parce que si film il y a, il ne sera pas bon marché. Plusieurs heures de films d’époque, ça coûte cher.

Les fans sont à l’affût de la moindre nouvelle sur ce projet…

Oui mais j’ai décidé qu’il n’y aurait plus de demi-annonces. Soit le film se fait et j’en ferai l’annonce. Soit il ne se fait pas et il n’y aura pas d’annonce. Aujourd’hui, je n’ai aucune annonce à faire.

Au-delà de l’aspect financier, vous continuez à nourrir l’univers de Kaamelott, avec de lectures par exemple ?

Pas vraiment. Ça fait très longtemps que je n’ai pas pris de nouvelles archéologiques de Kaamelott. Et c’est tout ce qui m’intéresse parce que pour ce qui est de l’aspect mythologique, je me suis créé la mienne propre à partir de ce que monsieur et madame Tout-le-monde connaissent du mythe arthurien. C’est-à-dire pas grand-chose. Et comme de nombreux auteurs du Moyen Âge à nos jours j’ai recomposé, remodelé autour, j’ai fait ça à ma sauce.

La musique, que vous composez, a une place importante dans Kaamelott.

Absolument. Dans mon cas, la musique précède beaucoup de choses dont le tournage. D’habitude, sur un film, le compositeur travaille pendant la postproduction et travaille sur le montage. Moi, comme je fais tout ça, je n’aurais pas le temps de composer pendant la postproduction d’un film, il faut que la musique soit prête avant.

Et donc, vous composez en ce moment de la musique pour Kaamelott ?

Alors, bien tenté, mais je ne peux pas répondre à ça, sinon ça serait une sorte d’annonce comme quoi le film va se faire.

Bien sûr, le film est espéré par les fans mais puisque Kaamelott est l’histoire d’une dépression, celle d’Arthur, et qu’on ne guérit jamais d’une dépression, l’intrigue pourrait aussi bien rester comme cela, en suspens. Non ?

Si, absolument, ce ne serait pas tragique, ni inachevé. On n’est pas obligé de résoudre les personnages qui sont dans un tel doute. Mais quand on se bagarre contre une dépression, on en sort pour y retourner. C’est pratique pour l’écriture… Et j’aime beaucoup Arthur, parce qu’il est humain, il hésite. Dans les films hollywoodiens autour d’Iron Man, ils lui ont enlevé l’alcoolisme. C’est très dommage. Ce que j’aime chez Astérix, c’est sa couleur française, voire franchouillarde qu’Uderzo et Goscinny lui ont tout de suite collée : la rouspétance, le cynisme. Astérix se met en colère, et dans Le chaudron, il pleure, il est banni du village… Un héros n’est pas un héros tout le temps. Et des fois c’est trop dur pour lui. Je trouve ça beau et c’est pour ça que j’ai beaucoup de fierté à présenter Arthur aux enfants. C’est un beau héros.

Alexandre Astier dans Kaamelott
Alexandre Astier dans Kaamelott - J.Morell/M6

Fin de l’interview

En bonus, la question qu’on n’a pas pu poser parce qu’on y a pensé trop tard

Si Alexandre Astier a de la fierté à présenter son Arthur aux enfants, comment se fait-il que dans les dernières lignes de dialogue de l’ultime saison de Kaamelott, Arthur craint d’être vu par des enfants avec les cicatrices au poignet qui montre qu’il a tenté de se suicider, et réclame un bandage en arguant : « Je suis le roi Arthur. Je ne me désespère pas. Jamais je ne perds courage. Je suis un modèle pour les enfants. » ?

Réponse dans les films à venir Alexandre ?