Mort de Charles Aznavour: Pour les Américains, il était «The Last Chanteur»

MUSIQUE Charles Aznavour, décédé ce lundi à 94 ans, était populaire bien au-delà des frontières françaises et européennes…

F.R.

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Charles Aznavour le 24 août 2017, lors de l'inauguration de son étoile sur le «Walk of Fame», à Los Angeles.
Charles Aznavour le 24 août 2017, lors de l'inauguration de son étoile sur le «Walk of Fame», à Los Angeles. — FREDERIC J. BROWN / AFP

« Aznavour, The Last Chanteur », c’est-à-dire : « Aznavour, le dernier chanteur ». Tel était  le titre choisi par le New York Times, il y a vingt ans, en octobre 1998, pour annoncer la série de concerts que l’artiste franco-arménien s’apprêtait à donner à Broadway. Franck Sinatra s’en était allé en mai de la même année et l’interprète de la Bohème représentait outre-Atlantique l’ultime crooner encore en vie.

Bien que Charles Aznavour refusait ce qualificatif et préférait se définir comme « un parolier qui interprète parfois ses propres chansons », il n’en avait pas moins réussi à séduire le public américain et à s’ajouter à la liste de ces talents hexagonaux qui, à l’instar de Maurice Chevalier, Yves Montand, ou Edith Piaf, ont réussi à se faire un nom au pays d’Elvis Presley.

Bob Dylan « époustouflé »

C’est d’ailleurs au côté d’Edith Piaf que Charles Aznavour a effectué son premier séjour à New York, en 1948. Il avait alors 24 ans et n’avait pas encore signé pour elle les textes de Jezebel et Plus bleu que tes yeux mais était son secrétaire particulier. Il a vécu pendant un an sur la 44e Rue Ouest et s’est produit dans de modestes concerts, sans rencontrer de véritable succès.

Ce n’est qu’une quinzaine d’années plus tard, en 1963, que le chanteur, devenu entre-temps une star en France, se retrouvera en haut de l’affiche du Carnegie Hall. Sa prestation dans Tirez sur le pianiste, le so chic film de François Truffaut sorti aux Etats-Unis un an plus tôt et son passage dans le populaire Jack Parr Show lui ont permis d’acquérir la notoriété suffisante pour jouer devant une salle comble. Parmi les spectateurs se trouvait Bob Dylan : « J’y suis allé avec une personne française, sans savoir où je mettais les pieds », racontera-t-il à Rolling Stone en 1987. L’auteur de The Times They Are a-Changin' en est ressorti « époustouflé ».

Une étoile sur le Walk of Fame

C’est aussi à cette période qu’Aznavour, alors quadragénaire, rencontre une Liza Minelli adolescente. « Il m’a vraiment tout appris sur le chant – comment chaque chanson est un film en soi », a-t-elle confié en 2013, selon des propos rapportés ce lundi par le New York Times. Les deux artistes se sont d’ailleurs retrouvés sur scène en duo au fil des décennies et aux Etats-Unis.

1998, 2006, 2009… Charles Aznavour s’est depuis produit à plusieurs reprises sur le sol américain où il a notamment interprété She, son standard anglophone qui a atteint la première place des charts britanniques en 1974. En 1999, un sondage organisé en partenariat par CNN et Time Magazine l’a sacré « plus grand artiste de variété du XXe siècle ». Et en août 2017, consécration ultime au pays du star-system, il a eu droit à son étoile sur le célèbre Walk of Fame de Hollywood Boulevard.

Hommage à un artiste sans frontières

« Je peux dire que je suis aussi un peu californien [parce que j’ai] une fille ici et mes petits-enfants [en 1967, il avait épousé Ulla Thorsell à Las Vegas dans l'Etat voisin du Nevada]», se réjouissait-il alors devant une foule de 200 fans et invités. Il avait aussi déclaré : « Je suis Français et Arménien, les deux sont inséparables comme le lait et le café, c’est fantastique d’avoir deux cultures. »

Ce lundi, le New York Times a de nouveau salué l'aura de Charles Aznavour en le qualifiant, dans le titre de sa nécrologie, de « Master of The chanson ». Soit de « Maître de la chanson française ».