Cher vs Mylène Farmer... Ce vendredi, c'est le duel des icônes gay dans les sorties musicales

STAR CLASH Cher sort « Dancing Queen », son album de reprises d’Abba, et Mylène Farmer livre son nouvel opus, « Désobéissance ». « 20 Minutes » arbitre ce match à distance et compte les points…

Fabien Randanne

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Cher (en 2013) et Mylène Farmer (en 2012).
Cher (en 2013) et Mylène Farmer (en 2012). — VILLARD/SIPA

Elles arrivent avec leur bulldozer de strass et de paillettes prêtes à aplatir la concurrence. Le même jour, Cher et Mylène Farmer sortent leurs nouveaux albums respectifs, Dancing Queen pour la première, Désobéissance pour la seconde. L’occasion pour nous d’opposer ces idoles des gays dans un duel arc-en-ciel.

  • Icônes et classe

Cher exsude la confiance en elle, a le sens du glamour et des tenues fabuleuses. Son statut d’icône gay est donc validé. « Cela m’a toujours rendu heureuse [de l’être], confiait-elle au Herald Sun en mars. Surtout de l’être auprès des hommes homos : soit ils vous adorent, soit ils ignorent complètement que vous êtes sur cette planète. »

Avec Sans contrefaçon, Mylène Farmer avait signé un hymne gender-fluid à une époque où l’homosexualité était soit invisible, soit négativement dépeinte dans le paysage audiovisuel français. « Je me méfie du terme "icône"… Ce sont celles que l’on brûle en premier !, confiait-elle à Têtu en 2008. Je pense que je partage avec le public gay (…) le sentiment d’être "différent", sensation qui provoque des difficultés de vivre dans ce monde. »

Un point pour… Cher et Mylène Farmer. Parce que c’est comme si on nous demandait de choisir entre notre mère et notre grand-mère.

  • Leurs nouveaux albums

Comme son titre le laisse deviner, Dancing Queen est composé de reprises de tubes d’Abba par Cher. Sur le papier, c’est over the top. Et à l’oreille, c’est over the top. Et c’est ça qui est bon ! Certes, réinterpréter les morceaux imparables du groupe suédois, c’est jouer la carte de la sécurité. Mais il y avait tout de même un risque de se planter complètement et de transformer le concept en Waterloo musical.

Avec Désobéissance, Mylène Farmer livre son album le plus réussi depuis Anamorphosée en 1995 – qui contenait les tubes XXL, L’instant X, California et Rêver. Même si, avec ses précédents opus elle avait tenté d’apporter un nouveau souffle à son univers musical en demandant à Moby ou Archive de lui composer des titres, elle n’était pas parvenue à véritablement convaincre en dehors de sa base de fans. Les collaborations avec Feder et LP sur son nouvel album ont été fructueuses. Plusieurs morceaux radio-friendly – Désobéissance, Prière, Des Larmes ou Get Up Girl – semblent avoir le potentiel pour séduire le grand public.

Un point pour Cher qui chante du Abba parce qu’on ne peut pas faire un hameçon à gays plus redoutable que ça (enfin si : Lady Gaga qui reprendrait du Cher avec Mylène Farmer). Et un point pour Mylène Farmer parce que son Désobéissance est une prise de risques, avec plein de chansons originales réussies.

  • Les derniers clips

SOS, le deuxième titre de l’album à être exploité en single, a droit un super clip réalisé par Jake Wilson. Cher n’apparaît jamais à l’image, la chanteuse a laissé la place à une douzaine de femmes qui font du play-back tout en adressant des clins d’oeil à l’esthétique d’Abba. Une idée simple, mais le résultat est très beau et très efficace.

Après Rolling Stone et N’oublie pas, Mylène Farmer a choisi Sentimentale comme troisième extrait de Désobéissance. On est très loin de la grande époque eighties avec des clips signés par Laurent Boutonnat. La vidéo mélange un dessin conçu par la chanteuse – son personnage fétiche de Lisa qui regarde la télévision – avec des images de l’artiste dans l’intimité avec ses chiens. Comme une rencontre des décors dessinés de Pas de pitié pour les croissants avec 30 Millions d’amis. On a beau être des enfants de la télé, on préfère zapper.

Un point pour Cher parce qu’on a eu des frissons en regardant le clip de SOS – et la climatisation polaire de 20 Minutes n’y est pour rien.

 

  • Au cinéma cet année

Si Cher reprend Abba, c’est en grande partie dû au film Mamma Mia ! Here We Go Again, un film musical truffé de chansons du quatuor suédois qui est sorti en salle cet été. La chanteuse américaine a un rôle secondaire et n’apparaît que lors du dernier quart d’heure, mais dès qu’elle déboule, elle éclipse tout le monde. On ne voit plus qu’elle.

Dans Ghostland, primé au festival de Gerardmer et sorti en salle en début d’année, Mylène Farmer n’y chante pas, mais elle trouve son premier rôle au cinéma depuis le flop de Giorgino en 1994. La chanteuse française incarne une mère prête à tout pour protéger ses filles d’un duo de tueurs psychopathes. Et elle s’en sort à merveille.

Un point pour Mylène Farmer qui est parfaitement à l’aise dans l’univers horrifique de Pascal Laugier. Elle apporte un peu de douceur dans un monde de brutes.

Et la gagnante est… Cher et Mylène Farmer sont ex aequo. Elles ont gagné toutes les deux, comme à l’école des fans (enfin là, c’est plutôt le fan qui est à bonne école).