Le rap quitte le bitume le temps d'une expo à la Maison de la Radio

EXPO La maison de la Radio met en avant les rappeurs dans une exposition...

Naomi Mackako

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Illustration d'un microphone d'enregistrement.
Illustration d'un microphone d'enregistrement. — Richard Cejas

Entre couvertures de magazines, émissions radio et expositions, le hip-hop semble avoir gagné ses lettres de noblesse et n’est plus un courant musical marginalisé. Ceux qui étaient jusqu’alors considérés comme les ambassadeurs des banlieusards et des «racailles de cités» sont à présent accueillis en tant qu’artistes à part entière sur les antennes emblématiques de la radio francophone. La preuve, la Maison de la Radio leur consacre une exposition.

Jusqu’au 5 novembre, cent visages de rappeurs qui ont marqué ces trente dernières années sont mis à l’honneur. Sur un fond rouge, les photographies prises par David Delaplace sont affichées sur les murs de l’allée principale de la maison ronde. Toutes les périodes fortes de cette musique sont représentées.

« Le rap réunit tout le monde »

Berth, 35 ans, est venu avec son collègue. Les deux trentenaires ont profité de leur pause déjeuner pour redécouvrir les rappeurs qui ont bercé leur adolescence. Des visages qu’ils reconnaissent comme ceux d’IAM et de NTM. Berth, dans sa chemise repassée et son pantalon coupe droite, semble à l’opposé des « rimes missiles », du « bitume » ou encore de la « bicrave » décrits par Olivier Cachin sur les plaques qui accompagnent les clichés. « Aujourd’hui le rap réunit tout le monde. Il n’y a même plus la barrière de l’âge. Ma mère et mes cousines écoutent du rap », lâche-t-il non sans surprise. Berth préfère le rap dit « conscient » d’artistes comme Kerry James dont les textes aux messages forts le poussent à s’interroger sur la société mais son collègue, lui, apprécie le rap pour sa rythmique. Tout simplement. « C’est avant tout de la bonne musique », estime-t-il.

Son ampleur est telle qu’on ne peut plus ignorer ce phénomène

​Une musique qui plaît aux « anciens » comme les cousins « presque quinquagénaires » de Berth mais attention, ce n’est pas une raison pour être nostalgique du rap d’antan. Guillaume, 41 ans, est rédacteur du site dédié à la culture rap, HipHopCore.net. « J’écoute des groupes comme PNL. Le rap est en constante évolution ». Mais si cet amateur de hip-hop voit en cette exposition la volonté de reconnaître les leaders de la musique francophone, il y perçoit aussi une forme d’hypocrisie. « Le rap est considéré comme un genre non-noble en France. Et avec le streaming, il est encore moins reconnu à sa juste valeur. Je pense que les représentants de la culture française en parlent car son ampleur est telle qu’on ne peut plus ignorer ce phénomène mais il reste lié aux classes populaires », explique le mordu de rap.

L’artiste I2s, 21 ans est le petit frère du rappeur en vogue MHD. Le jeune homme originaire du quartier de Belleville se lance dans le « rap game » avec la sortie d'un premier album prévue début octobre et semble déjà avoir compris comment plaire a (presque) tout le monde. « Mes textes ne contiennent pas de gros mots. Je veux que tout le monde puisse m’écouter sans être choqué ». Mais pour le jeune artiste le rap « propre » n’est pas moins percutant pour autant. « On n’est pas obligé d’être vulgaire pour faire passer un message. Beaucoup de rappeurs sont moins violents dans leurs paroles qu’à leurs débuts. C’est devenu inévitable pour marcher aujourd’hui ». L’avenir du rap serait-il édulcoré et emmiellé ? La Maison de la Radio a un avis tranché sur la question. « Le rap, ça n’était pas mieux avant, c’est mieux pendant ».

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Salut mon vieux tu m’reconnais ✌🏾😎

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