Angers, Brest, Limoges... Comment vit le rap dans les villes où «il fait bon vivre»?

MUSIQUE Après la sortie du classement annuel des « villes où il fait bon vivre et travailler », on a voulu savoir si les rappeurs y vivaient tout aussi bien…

Antoine Irrien

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Rennes, 5e au classement des "villes où il fait bon vivre" est aussi l'un des fiefs de la culture et de la musique en France.
Rennes, 5e au classement des "villes où il fait bon vivre" est aussi l'un des fiefs de la culture et de la musique en France. — C. Allain / 20 Minutes

Paris, ok. Marseille, bien sûr. Mais la France du hip-hop existe-t-elle au-delà de cet axe ? Petit à petit, le rap a infusé dans tous les territoires du pays. Mieux, les rappeurs sont devenus les porte-drapeaux Orelsan défend Caen, Abd al Malik Strasbourg, Odezenne Bordeaux

Alors que L’express a publié son traditionnel « Palmarès des villes où il fait bon vivre et travailler », 20 Minutes a cherché à savoir si des rappeurs s’épanouissaient dans ces agglomérations « où la vie est agréable ».

Angers, le rap entre cabernet d’Anjou et cul de veau. On savait que les villes de l’Ouest étaient connues pour leur qualité de vie. On a souvent entendu parler de Bordeaux, Nantes, ou Rennes… Mais Angers ? Oui. La capitale de l’Anjou se hisse bien à la première place du classement des « villes où il fait bon vivre ». Et côté musique, même s’il y a plus de vignobles à la ronde que d’habitants, l’agglomération compte pas mal de rappeurs.

A commencer par un garçon qui a déjà fait son trou : Georgio. S’il est né aux Lilas (Seine-Saint-Denis), le rappeur de 25 ans a passé son enfance entre Angers, ville d’origine de son père, et Paris. Dans l’Ouest, il réalise une bonne partie de son collège et rencontre même, en classe de sixième, un des musiciens qui l’accompagne toujours aujourd’hui.

Rezo et Pepso Stavinsky forment le duo Rezinsky. Depuis quelques années, le Rennais et l’Angevin font bouger l’Anjou. Après la sortie de son premier album Mal Poli en juin dernier, il ne serait pas étonnant de voir le duo percer. Car dans la tournée des Angevins, il y a quand même une date au Bataclan, le 29 novembre prochain. Rien que ça.

Le collectif Nouvel R est déjà un grand nom du rap angevin. Formé en 2004 dans la région, le gang est constitué de quatre MC’s : Geni-K, Sseca, Binzen, Koni, Shen Roc ainsi que le bassiste Nico Paï Paï et DJ Dox. Connu pour ses textes engagés et son inspiration puisée chez IAM, le collectif avait fait l’objet d’une polémique pour le clip de son titre Masta, mettant en scène des extrémistes religieux. Dans une interview accordée à StreetPress, les rappeurs expliquent ce choix : « Nous respectons toutes les personnes qui pratiquent la religion dans le domaine du privé, sans prosélytisme et dans ce clip, on dénonce clairement les extrémistes. »

Poitiers, pas que le Futuroscope. Oui. Pas la peine de réactualiser cette page, la ville se situe bien en deuxième position. Ses clochers, ses maisons à colombages, son palais de justice, également célèbre pour son parc du Futuroscope… La préfecture de la Vienne est aussi le foyer de quelques rappeurs.

Lionel B, alias RES Tuner, est le roi de l’improvisation. Trois fois champions de France du concours « End of the weak » qui récompense les MCs sur leurs textes et leurs prestations, il a surtout été titré deux fois mondialement à Londres et à Montréal. Il a aussi été vainqueur de plusieurs battles dans Rap Contenders ou encore lors de compétition de basket-ball de rue : Quai 54.

Le meilleur pote d’Orelsan, Gringe, avec qui il avait fondé les Casseurs Flowters, est bien né à Poitiers. Guillaume Tranchant, de son vrai nom, a cependant beaucoup déménagé pendant son enfance, avant de poser ses valises à Caen, à l’âge de 19 ans. Le rappeur a annoncé cette année la sortie de son premier album solo, Enfant Lune, le 19 octobre prochain.

Brest, tonnerre de rap. ​Etonnant non ? Brest se fait une place sur le podium des « villes où il fait bon vivre ». Pas chère, située près de la mer, elle dispose aussi d’un atout essentiel : la mise en valeur de la culture. La cité du Ponant est la ville de la musique électronique par excellence. La ville héberge d’ailleurs l’un des plus vieux festivals techno français, Astropolis, qui propose des évènements toute l’année. Difficile alors de penser que le rap puisse se faire une place parmi les gros caissons. Et bien si.

A Brest, beaucoup passent par Les Enfants du Cercle. Dans lignée du collectif 187, les studios d’enregistrement du label brestois produisent pas mal de rappeurs locaux depuis 2008. En commençant par Poochka, qui fait parler de lui en tournant un de ses clips dans un château abandonné.

Autre membre des Enfants du Cercle, Siren, la seule femme de ce classement. La Brestoise a sorti un son intitulé Sombre.

Le duo Azak fait aussi partie du label. Avec un rap agressif, des paroles souvent vulgaires, les rappeurs bretons étonnent avec des clips bien montés comme Accro.

En dehors des Enfants du Cercle, d’autres collectifs comme 1118 Entertainment, Akatsukick, où le jeune rappeur  Drax’s confirment la montée de la scène rap brestoise.

Limoges, vraiment ?​ Bon, on n’a rien contre les Limougeauds, mais on est un peu surpris. Limoges est quatrième. On connaît la tradition bouchère, la porcelaine, la très belle ville médiévale qu’est la capitale de l’ancien Limousin, mais elle possède aussi un opéra, un zénith et même un centre culturel au nom de John Lennon. Côté rap, en revanche, on n’est pas gâté…

Celui qui semble représenter la préfecture de la Haute-Vienne se nommerait Jalal Akdim. Venu tout droit de la ZUP de l’Aurence à Limoges, le rappeur de 28 ans a enchaîné les tremplins musicaux et les premières parties, dont celle de Soprano. Il puise d’ailleurs son inspiration du groupe Psy4 de la Rime. A ce jour, un seul clip publié sur Youtube nous permet de découvrir Jalal.

Rennes, « 35 mamène » !​ Rennes a toujours été une ville où l’on vit bien, mais n’atteint que la cinquième place de ce classement. Elle a aussi toujours été une ville très imprégnée par la culture, et surtout par la musique. Mise à part ses nombreux collectifs de musique électronique et ses évènements en tout genre, les rappeurs savent y poser leurs flows.

A l’image de Columbine, qui s’est très vite fait une place avec ses clips postés sur Internet. Jusqu’à présent, les potes du lycée rennais de Bréquigny ont su jouer de leur image « je-m’en-foutiste » et burlesque pour se placer parmi les étoiles montantes du rap français. Les Rennais manient la dérision à la perfection dans des clips exposant souvent de purs clichés du rap. Jeunesse terrible, soirées, filles, excès, si les grands débuts de Columbine sonnaient très crus, les rappeurs semblent s’être calmés avec des textes plus posés.

D’autres pratiquent l’afro-trap. A 15 ans, Ruben et Stan sont les rappeurs de La Meute, un collectif du quartier de Villejean qui monte en puissance. Avec quelques centaines de milliers de vues et un projet d’EP, les Rennais se font petit à petit une place sur la scène musicale rennaise.

S’il y a bien un rappeur qui défend son quartier, c’est ADB. Né dans le quartier du Blosne, ZUP sud de Rennes, Abderrahmane de son vrai nom cumule déjà plus de deux millions de vues sur Youtube.