BD: La parution de «Petit Paul», accusée d'être «pédopornographique», est-elle légale?

FAKE OFF L'ouvrage met en scène un enfant avec un sexe démesuré. Les signataires d'une pétition veulent le retrait du livre pour « pédopornographie »...

Mathilde Cousin

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Détail de la couverture de Petit Paul, de Bastien Vivès
Détail de la couverture de Petit Paul, de Bastien Vivès — © Bastien Vivès & éditions Glénat 2018
  • Les éditions Glénat viennent de lancer une collection dédiée à la sexualité.
  • La BD Petit Paul de Bastien Vivès, parue dans cette collection, raconte les aventures d'un garçon aux traits enfantins et au sexe démesuré. 
  • La BD est accusée d'être « pédopornographique. » et une pétition demande son retrait.
  • Pouvait-elle être légalement publiée ? 
  • 20 Minutes a interrogé des avocats qui estiment que son interdiction n'aurait pas de base légale solide.

L’ouvrage devait inaugurer la nouvelle collection Porn pop lancée par les éditions Glénat, sous la direction de Céline Tran, ancienne actrice pornographique. Une semaine après sa parution, la bande dessinée Petit Paul de Bastien Vivès est accusée d’être « pédopornographique » par l’auteur d’une pétition qui a recueilli 2.300 signatures en cinq jours.

Cette BD met en scène un jeune garçon doté d’un pénis démesuré, qui se retrouve embarqué dans des aventures avec des adultes.

L’auteur de la pétition demande à l’éditeur de retirer la BD du marché, en mettant en avant un texte de loi et une décision judiciaire : « D’après l’article 227-23 du Code pénal les représentations à caractère pornographique de mineurs (y compris les dessins) sont interdites en France depuis 1998 (et leur simple détention depuis 2002). Des personnes ont déjà été condamnées pour détention ou diffusion de dessin animé considéré comme des représentations à caractère pornographique de mineurs, voire par exemple la jurisprudence du 12 septembre 2007 (pourvoi n° 06-86763) "l'objet du délit, qui, auparavant, était défini comme l’image d’un mineur, […] est étendu à toute représentation d’un mineur ; qu’il peut donc s’agir d’images non réelles représentant un mineur imaginaire […]", extrait de la jurisprudence. »

FAKE OFF

La parution de cette BD est-elle légale ? L’auteur de la pétition met en avant l’article 227-23 du Code pénal, selon lequel « le fait, en vue de sa diffusion, de fixer, d’enregistrer ou de transmettre l’image ou la représentation d’un mineur lorsque cette image ou cette représentation présente un caractère pornographique est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. (…)»

Est-il juste d’évoquer cet article pour révoquer la parution de cet ouvrage ? « Ce texte est extrêmement large et il pose problème par ses généralités », avance auprès de 20 Minutes Richard Malka, avocat qui a notamment défendu le directeur du centre d’art contemporain de Bordeaux, visé par une plainte suite à l’exposition Présumés innocents, l’art contemporain et l’enfance. Emmanuel Pierrat, qui avait défendu les deux commissaires de cette exposition, rappelle que les articles 227-23 et 227-24 « n'ont pas été conçus pour poursuivre des bandes dessinées ou des ouvrages, mais ils ont été conçus en 1993 dans le but de poursuivre des images à caractères pédophiles, car c’était les débuts d’Internet. »

« Créer un équilibre entre la liberté de l’artiste et la protection de l’enfance »

Richard Malka souligne qu’en 2003, une décision-cadre de l’Union européenne a insisté sur le fait que les images doivent être « réalistes » pour que l’on soit dans la caractérisation de la « pédopornographie » : « l’idée, c’est de créer un équilibre entre la liberté de l’artiste et la protection de l’enfance. »

Quant à l’arrêt de la Cour de cassation de 2007, il venait condamner la diffusion d’un manga. Mais selon Emmanuel Pierrat, il n’est pas « applicable », car le cas de figure était différent : « c’était un manga sur une cassette vidéo et il était vendu sans réserve aucune, c’est-à-dire sans indication pour le public. » Glénat, l’éditeur de Petit Paul, a pris la précaution de vendre la BD sous blister et d’y apposer un autocollant sur la première de couverture, indiquant que l’ouvrage est à « caractère pornographique », comme le veulent les textes sur la protection de la jeunesse.

Une préface qui interroge

Glénat a également accompagné l’ouvrage d’un avant-propos signé par la directrice de la collection. « Petit Paul est absolument jouissif. Non pas que je vous prescrive de le lire pantalon baissé, ou vibro réglé à la puissance maximale. Il ne s’agit pas d’une BD à vocation masturbatoire. Je fais allusion à sa liberté de ton, son audace sa créativité », écrit notamment Céline Tran, avant de s’interroger : « l’auteur va loin, très loin. Trop ? » Cette préface au ton léger pose problème, explique Emmanuel Pierrat : « il faut que la préface soit plus musclée. Il n’y a pas de mise en garde. »

Contactée par 20 Minutes, la maison d’édition nous renvoie vers un communiqué dans lequel elle défend sa publication et récuse toute accusation de « pédopornographie » : « aussi obscène et provocatrice qu’on puisse la considérer, cette œuvre de fiction n’a jamais pour vocation de dédramatiser, favoriser ou légitimer l’abus de mineurs de quelque manière que ce soit. » Pour Glénat, il s’agit d’une « caricature » et « l’aspect de Petit Paul ne peut en aucun cas être tenu pour la représentation fidèle d’un mineur ; ni les situations extrêmes et absurdes qu’il vit pour des situations réalistes. »

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