Tony Valente, auteur de « Radiant » : « Je n’aurais jamais imaginé que mon manga devienne un animé au Japon »

INTERVIEW Alors que le tome 10 du manga sort en France, la série animée commence bientôt au Japon...

Propos recueillis par Vincent Julé

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«Radiant», le manga 100% français de Tony Valente, a été adapté en animé... par les Japonais
«Radiant», le manga 100% français de Tony Valente, a été adapté en animé... par les Japonais — Ankama

Enfant, Tony Valente regardait  Dragon Ball Z  dans le Club Dorothée. Demain, il pourra voir son propre manga adapté en animé par les Japonais. Alors que le tome 10 de Radiant sort vendredi en librairie, la chaîne nippone NHK s’apprête à diffuser la série télé début octobre - et en simulcast sur les plate-formes françaises ADN et Crunchyroll ! L’histoire de l’apprenti sorcier Seth contre les Némésis a déjà passionné 200.000 lecteurs français, mais celle de son auteur est tout aussi folle, comme il l’a raconté à 20 Minutes lors de la dernière édition de Japan Expo.

Radiant n’est pas votre première série.

J’ai commencé par le dessin des Quatre Princes de Ganahan, une bande dessinée classique, 46 pages, en couleur et tout. Je suis fan de manga, mais aussi de BD franco-belge, donc j’ai eu le cul entre deux chaises à mes débuts. Ma deuxième série, et premier projet solo, Hana Attori, était un faux manga, au format BD, qui m’a causé beaucoup de frustrations et qui n’a pas marché. Quitte à ne pas avoir du succès, je me suis dit qu’il fallait y aller, faire ce dont j’avais vraiment envie, du manga pur et dur.

One Piece est-il votre principale influence sur Radiant ?

C’est en voyant une exposition One Piece  à Angoulême que j’ai eu la révélation. J’enchaînais les échecs, et j’étais en train de discuter avec mon éditeur de l’époque pour savoir si on continuait ou pas une série. Ambiance. (rires) Et là, je tombe sur les dessins d’Eiichiro Oda en grand sur les murs, j’étais tout tremblant. Je me suis dit que si je ne faisais pas de manga, j’allais passer à côté de ma vie. Même si j’adore Dragon Ball, Naruto et d’autres shônen, One Piece est au-dessus, c’est mon manga préféré. Sur la forme et le dessin, je ne peux donc pas nier son influence, mais sur le fond, le cœur de Radiant, j’ai plus été cherché du côté du roman, des contes de fées, des légendes, du folklore européen.

Vous attendiez-vous à un tel succès ?

Sur Hana Attori, tout le monde me disait que c’était super, que ça allait cartonner. Et hop, le bide. (rires) J’étais échaudé, donc quand j’ai commencé à avoir les mêmes échos sur Radiant, j’ai préféré garder mes distances, ne pas m’emballer. Dès le départ, le boss d’Ankama voulait installer le titre sur la longueur, donc on avait une marche de manœuvre. Mais dès les premiers tomes, les chiffres étaient bons, le bouche-à-oreille aussi. Il m’a dit « combien tu veux de tomes ? 1.000 ? Allez, c’est parti ! » C’était il y a cinq ans et le 10 sort tout juste.

Comment la série est arrivée jusqu’au Japon, et comment a-t-elle été reçue ?

Par une porte dérobée. Une maison habituellement spécialisée dans l’édition de BD françaises a publié le manga là-bas, et c’est devenu leur meilleure vente, ils ont dû le réimprimer plusieurs fois. Il s’agissait du premier manga français en japonais. Pour l’anecdote, j’ai donné une conférence dans une université nippone, et les étudiants n’en revenaient pas que l’auteur de Radiant était français, ils ne s’en sont rendu compte qu’à la fin du manga, en tombant sur ma photo. Des géants comme Shueisha et Kodansha portaient déjà de l’intérêt à ce que je faisais, mais si je voulais travailler avec eux, il fallait que ce soit un projet inédit, il fallait que j’arrête Radiant. Hors de question.

Et maintenant Radiant est adapté en animé. C’est un rêve qui devient réalité ?

Je ne pensais pas que cela pouvait arriver. Tous ces rêves de succès ou d’adaptation, j’y avais renoncé, je les avais mis dans une boîte fermée à clé. Yusuke Fujita, un jeune producteur de la chaîne NHK, est tombé sur le manga par hasard dans une librairie, et a eu un coup de cœur. Comme il me l’a dit et aime le répéter, Radiant lui a rappelé les dessins animés qu’il regardait à la télévision ou les shônen qu’il lisait ado, Dragon Ball en tête. Aujourd’hui, les séries sont plus spécialisées, sur un sport comme le tennis ou un genre comme les super-héros, mais là, il a retrouvé ce souffle de la grande aventure, plus universelle et plus familiale. Toei Animation était aussi dans la course, mais comme nous avions les mêmes kiffs avec M. Fujita, on s’est lancés.

Quelle est votre implication sur l’adaptation ?

Je valide tous les scripts, je fais des retours sur les dessins, et nous avons une réunion hebdomadaire, le jeudi à 5h30 du matin. Le tout en continuant à dessiner le manga. (rires) Quant ils ont révélé le trailer, j’ai soufflé, les décors grandioses, les designs des personnages, tout est magnifique. Ils reprennent l’esprit du manga, et font tout péter. L’animé suit l’histoire du manga, il y a juste des épisodes supplémentaires sur une partie que je n’ai pas détaillée sur le papier, l’arrivée de Seth à Artemis et son entraînement.

C’est pourtant un incontournable du genre, et ils avaient besoin de le montrer pour poser les relations entre les personnages, pour fidéliser le jeune public avant l’arc Rumble Town. Nous avons une première saison de 21 épisodes, et c’est déjà fou, je ne m’attends donc pas à ce qu’il y ait une suite. Je vis les meilleures années de ma carrière, je ne vois comment faire mieux. Ah si, peut-être un jeu vidéo !