Rim'K: «Je me considère un peu comme un hybride dans le milieu du rap français»

INTERVIEW Vie de famille, céréales au whisky et engagement, « 20 Minutes » a interviewé le tonton du rap à l’occasion de la sortie de son nouvel album, « Mutant »…

Propos recueillis par Clio Weickert

— 

Rim'K sort un nouvel album, «Mutant».
Rim'K sort un nouvel album, «Mutant». — Fifou
  • Ce vendredi, Rim’K sort son nouvel album, « Mutant ».
  • 20 Minutes a parlé engagement, vie de famille et céréales au whisky avec le tonton du rap.

Le tonton du rap ne chôme pas. Figure emblématique du rap français, Rim’K revient ce vendredi avec Mutant, un tout nouvel album, dont les fans avaient eu un premier aperçu avec le carton estival Air Max, en featuring avec Ninho. Mais ce n’est pas tout. Le 17 octobre prochain, aux côtés de Vald, Sadek et Ninho, le rappeur sera le parrain d’Abbé Road, un concert caritatif de la Fondation Abbé Pierre organisé à la Cigale à Paris, pour la journée mondiale du refus de la misère.

A l’occasion de cette rentrée chargée, 20 Minutes a parlé engagement, vie de famille et céréales au whisky avec Rim’K.

Pourquoi cet album s’intitule « Mutant » ?

Je me considère un peu comme un hybride dans le milieu du rap français parce qu’il y a très peu d’artistes de ma génération qui font encore de la musique aujourd’hui, du moins de manière aussi intensive. Je fais un album par an, des tournées, je suis encore bien actif. Et concernant l’album en lui-même, il est un peu différent de ce que j’ai l’habitude de faire, tout en gardant quand même mon identité. Il est un peu plus mélodique dans les flows, les musiques sont plus orchestrées mais sur le fond il y a les thèmes sociaux que j’ai l’habitude d’aborder, et ma façon d’écrire.

Comme dans « Bonhomme de neige », où vous abordez les bombardements en Syrie, le comportement de certains CRS, l’affaire Théo…

J’ai essayé de mettre en lumière l’erreur que font beaucoup de médias, c’est-à-dire la désinformation. C’est la course aux buzz, aux clics, à l’audience… On veut faire peur aux gens, on fausse la vérité pour l’embellir ou la dramatiser. Et face à tous ça on se sent impuissant.

Vous vous considérez comme un artiste engagé ?

C’est ma façon à moi de faire de la politique, même si je déteste ce milieu de véreux. Mais il y a des choses qui me tiennent à cœur dont j’ai envie de parler, et le fait d’avoir une tribune via mon album, ce serait bête de ne pas se servir de ça pour parler de ce qui me dérange.

Vous abordez également des thèmes très personnels, comme la naissance de votre enfant dans le titre « 16 novembre ».

Mon fiston est né le 16 novembre 2014, c’est quelque chose qui a changé ma vie. C’est difficile de concilier la vie de famille et la vie d’artiste. La vie de famille on l’idéalise souvent, par rapport à ses parents, l’éducation qu’on a eue, mais le fait d’avoir une vie d’artiste change tout. Je m’octroie des moments où je ne travaille vraiment pas, je coupe tout, et je consacre mon temps uniquement à ma famille. Mais les gens sont encore étonnés parce que je suis souvent au parc avec mon fils, et ils me disent « tu sors un album dans deux semaines et tu es là ? »

Dans un autre registre, dans « Delorean », vous expliquez mettre du whisky dans vos céréales, c’est vrai ? (rires)

(Rires) C’est une métaphore, c’est une façon de dire que parfois je rentre de soirée à l’heure du petit dej, j’ai encore des vapeurs d’alcool et je me retrouve à préparer le bol du fiston !

« Air Max », en featuring avec Ninho, a cartonné tout l’été, comment s’est fait cette collaboration ?

On devait déjà collaborer sur l’un de ses projets, et pour des problèmes de planning on n’a pas pu le faire. Il est passé par hasard au studio quand j’étais en train de faire Mutant et on a commencé à travailler sur un titre, qu’on a terminé à l’aube. Avec Ninho on se disait qu’il fallait faire un titre pour tous les gens qui n’allaient pas partir en vacances cet été ! Il faut vraiment qu’il y ait une alchimie, d’ailleurs moi je parle de duos et pas de featurings. Ninho, on dirait un artiste de ma génération, mais qui vient d’éclore. C’est un jeune-vieux ! Il a les bagages d’un artiste, comme si cela faisait 10 ans qu’il était là. Il a beaucoup de recul.

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’alchimie qu’il y a entre AP et vous, avec qui vous avez un duo sur cet album ?

La relation Rim’K-AP, elle y est pour beaucoup dans la conception de tous les albums de 113. On a toujours fonctionné en binôme. Parfois j’ai besoin de cette fenêtre que j’avais avec les potes, de travailler en groupe. Comme un footballeur dans une équipe qui se retrouve seul. J’ai encore besoin de retrouver mes anciens repères, AP en fait partie et il est sur tous mes albums. Ce titre d’ailleurs, Hall 13, c’est là où tout a démarré pour le 113, c’est là où on se retrouvait avec AP et Mokobé. On fait un constat, 15 ans après, et tout a changé. Ce n’est plus le quartier qu’on avait et malheureusement c’est un bilan négatif.

A ce point ?

C’est de pire en pire. Ils cassent les grands ensembles en ce moment. Démolir les vieilles tours c’est une bonne chose parce que ce sont plein d’appartements lugubres, mais ils ne font que délocaliser la misère. Ils relogent les gens dans des quartiers un peu moins insalubres mais qui vont forcément le redevenir parce qu’ils sont surpeuplés.

C’est important pour vous de travailler avec des rappeurs de générations différentes ?

C’est un peu à l’image de ma carrière. C’est comme les jeux de société, Rim’K ça s’écoute de 7 à 77 ans ! Même mes concerts, par exemple mon Olympia en 2017 c’était trop beau à voir, il y avait de tous les âges et de toutes les générations et j’en suis fier. J’ai besoin de bosser avec des jeunes d’aujourd’hui et des gens de ma génération.

Qu’est-ce que vous pensez d’un projet comme « 93 Empire » de Sofiane ?

Ce sont des projets qui se sont toujours fait dans le rap, mais peut-être un peu moins ces dernières années. En 2006 j’avais fait Illegal radio qui regroupait 35 rappeurs différents, mais pas que du 9-4. Ce genre de projets, je pense qu’il n’y a que dans le rap qu’on peut faire ça. On est chacun dans notre coin mais on a un combat commun, malgré tout. On vient tous des quartiers même si ce ne sont pas les mêmes, de la même précarité, on a à peu près tous les mêmes parcours… A un moment où un autre on arrivera à s’entendre, que ce soit pour une compil, un projet, une asso.

En parlant de collectif, à quand le retour de la Mafia K’1 Fry ?

Dieu seul le sait.