Largué par son mec, Tristan Lopin a atterri dans l'humour

PORTRAIT L’humoriste parisien de 31 ans s’est inspiré de sa difficile rupture avec son premier amour pour écrire son one-man-show mais aussi le livre «Ma psy préfère mon ex»…

Fabien Randanne

— 

L'humoriste Tristan Lopin.
L'humoriste Tristan Lopin. — Thomas Braut

Quand Clément l’a quitté, Tristan Lopin a sombré. Il s’est noyé dans ses sanglots, perdu dans des questions existentielles, réconforté à grandes cuillerées de Nutella et à goulées de vin blanc. « Lorsqu’il a mis fin à notre relation après cinq ans de bons et loyaux services – l’équivalent des mandats présidentiels de messieurs Sarkozy et Hollande, ça peut donc paraître très long – j’ai clairement eu la sensation que ma vie s’arrêtait », confie-t-il dans son livre Ma psy préfère mon ex (Michel Lafon). Pour le jeune Parisien, cette rupture c’était la fin du monde mais aussi le début de sa carrière dans l’humour. Car c’est dans son chagrin qu’il a puisé l’inspiration de son premier one-man-show, Dépendance affective, qu’il joue depuis plusieurs mois et qu’il reprendra le 29 septembre au Théâtre Trévise à Paris, puis dans toute la France.

Le déclic a eu lieu en 2009, quand celui qui était alors costumier et âgé de 21 ans, a été motivé par la comédienne Bérangère Krief croisée sur le tournage d’un court-métrage. « Elle a lu les chroniques que je postais sur Internet et m’a dit qu’avec mon tempérament, je devrais adapter ça pour la scène », se remémore-t-il pour 20 Minutes.

« A mon spectacle, les filles ont l’impression d’être à une soirée entre copines »

L’idée fait son chemin. Il se décide à prendre trois heures de cours de théâtre par semaine et rencontre un prof qui lui propose ses services pour la mise en scène. Le spectacle se concrétise petit à petit. « Je l’ai écrit car les gens se sentent très seuls quand ils se font larguer. Je voulais créer une sorte d’espace, comme si on était dans mon salon pour une conversation entre potes », explique-t-il. Peu importe la taille de la salle, il accueille son public à la porte, en l’invitant à piocher dans une boîte de bonbons. Une manière de créer une ambiance de proximité, et d’éviter « ce début hypergênant des comiques qui débarquent sur scène avec de la musique en mode "grosse ambiance". »

Son auditoire est « à 70 % féminin ». Il analyse : « Tout le monde a vécu des séparations amoureuses, sauf que les filles ont une propension à en parler plus facilement alors que les mecs ont une espèce de retenue. Quand elles viennent voir mon spectacle, elles ont l’impression d’être à une soirée entre copines à débriefer sur les gars qu’elles ont rencontré le week-end précédent. Les garçons, ça leur parle, mais ça les bouscule davantage dans leur intimité. »

« Les mecs les plus efféminés sont peut-être les plus libres »

Tristan Lopin, lui, se moque des postures viriles et prend ses distances avec la masculinité toxique. Au fil de la discussion, il glisse que « les mecs les plus efféminés sont peut-être les plus libres ». Il ne faut pas compter sur lui pour jouer les petits coqs, ni à celui qui pissera le plus loin. D’ailleurs, de ses premières expériences sur des scènes ouvertes, il se souvient ne pas avoir accroché avec l’ambiance « de cour de récré » : « Il y avait ces mecs, très hétéros, qui font du stand up soi-disant à l’américaine et qui me regardaient de haut. Tu sens toujours une compétition à qui fera la meilleure blague et ça n’arrête pas, c’est non-stop. Dans ce milieu-là, même si certains m’ont très bien accueilli, j’ai dû faire mes preuves. » Il précise : « A partir du moment où tu n’es pas un mec hétéro, quand tu fais de l’humour, tu es souvent catégorisé. Quand tu es une fille, tu fais du rire girly, quand tu es un mec homo, un spectacle gay. » Des étiquettes simplistes qu’il s’attache à détacher.

« Dans Dépendance affective, je dis que mon ex est un mec, mais en dehors de ça, mes sketchs ne sont pas : "Les gays se rencontrent comme ça. Voilà ce qu’il se passe entre les gays." Je ne veux pas parler des homos en particulier, parce que, pour moi, ce n’est pas un sujet, insiste Tristan Lopin. Je pense que les gens qui amusent la galerie en en rajoutant des caisses sur leur homosexualité le font parce qu’ils ne sont pas hyper à l’aise avec ça et qu’ils essaient de le gérer comme ils peuvent. Moi, je n’ai aucun problème à assumer, j’avance. »

« Je fais ce métier pour dire ce que j’ai envie de dire, pas pour plaire à tout prix »

Si les fidèles de Vendredi tout est permis l’ont vu dans l’émission de TF1 à laquelle il participe de temps en temps, le grand public le connaît surtout pour les vidéos humoristiques qu'il poste sur YouTube et Facebook depuis trois ans, visionnées en masse et largement partagées. « Au début, je voulais faire la pub de mon spectacle par ce biais-là. J’ai mis en ligne la première vidéo, celle où je disais que j’avais recouché avec mon ex, et ça a pris. Ensuite, j’en ai fait des plus engagées, sur des sujets plus sérieux que les relations amoureuses », souligne l’humoriste qui entend mettre sa visibilité au service de « choses qui [lui] tiennent à cœur, de sujets à défendre. »

Résultat, entre deux vidéos sur « la pote qui a accouché », l’arrêt de la cigarette ou le mini-short, il évoque l’égalité entre les hommes et les femmes, les purges anti-LGBT en Tchétchénie ou la manif pour tous… « En France, il y a ce truc du « Il faut être populaire ». Donc on n’égratigne pas trop pour ne pas diviser. Moi, je fais ce métier pour dire ce que j’ai envie de dire, pas pour plaire à tout prix aux gens. Je fais en sorte, dans mes vidéos, de ne jamais agresser quiconque, d’avoir toujours un côté ludique. Même si je dénonce je ne crache jamais sur la tronche de personne. » Malgré tout, en abordant les sujets qui fâchent, il attire les fâcheux et les fachos. « Il y a beaucoup de gens très religieux qui ont parfois des discours hallucinants, sectaires. A partir du moment où tu défends le féminisme et que, comme moi, tu n’as pas la gueule du type hyper viril, tu te fais traiter de PD. »

Il laisse couler les insultes

Tristan Lopin concède que, se réveiller certains matins et tomber sur une trentaine de notifications insultantes, ce n’est pas toujours la manière la plus sereine de commencer la journée. Mais dans l’ensemble, il fait front. « J’ai toujours cette image d’un vase : quand ça déborde, ça surprend, mais l’eau finit par glisser sur les côtés », métaphorise-t-il pour dire qu’il laisse couler. Il a pleuré des rivières pour son premier amour enfui, alors il préfère désormais économiser ses larmes.

Comme nombre de ses collègues humoristes, il reconnaît être quelqu’un de « très angoissé » et préfère actionner le levier du rire comme mécanisme de défense. « J’étais un enfant plutôt timide. Je me souviens que la bascule s’est faite quand j’avais 13 ans. J’étais en colonie de vacances et ça ne se passait pas super bien. Jusqu’au jour où, surexcité, je me suis d’un coup mis à vanner les gens. Et je les ai vus rigoler. C’est à ce moment que j’ai compris que, lorsqu’on n’est pas serein, il faut prendre le dessus. » Et là où d’autres préfèrent s’imposer par des coups d’éclats, lui, préfère les éclats de rire.

Sur scène et en librairie

Ce jeudi, Tristan Lopin publie Ma psy préfère mon ex aux éditions Michel Lafon. A chaque chapitre, il évoque un aspect d’une histoire d’amour - surtout d’une rupture - et dispense des conseils aux cœurs brisés. Le tout avec évidemment beaucoup d’humour. "Ce livre, c’est un peu l’ensemble des notes qu’aurait pu prendre ma psy durant mon analyse…", écrit-il.

Tristan Lopin joue Dépendance affective les jeudis, vendredis et samedis à 21h30, du 29 septembre au 4 janvier au Théâtre Trévise (Paris 9e). Au premier semestre 2019, il se produira également en France (Bordeaux le 18 mai, Toulouse du 13 au 15 juin…) et en Suisse. Toutes les dates sont annoncées sur le site www.tristanlopin.com