Pourquoi Christine and the Queens suscite autant de haine avec son retour

MUSIQUE Révélée il y a quatre ans, Christine and the Queens, devenue Chris, sort un second album et est attendue au tournant par certains détracteurs...

Antoine Irrien

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Christine and the Queens - dorénavant appelée Chris - signe son grand retour.
Christine and the Queens - dorénavant appelée Chris - signe son grand retour. — ndre Csillag/Shutterst/SIPA
  • La chanteuse sort vendredi un deuxième album intitulé « Chris », sa nouvelle identité artistique.
  • Entre accusation de plagiat et fantasme autour des théories du genre, Chris suscite de vives critiques.
  • Son succès agace mais la chanteuse a de sérieux arguments artistiques à faire valoir.

Appelez la dorénavant Chris. Un nouvel album, un nouveau style, mais surtout un nouveau nom. Après avoir fait chanter les foules avec Chaleur humaine il y a quatre ans (1,3 million d’exemplaires écoulés dans le monde dont 850.000 en France), ce retour en grande pompe aura-t-il le même impact populaire ?

Sur la toile, les avis divergent. Déjà au cœur d’une polémique pour un des morceaux de son nouvel album, Chris fait la moue. Mercredi soir, elle a pourtant émerveillé les auditeurs de France Inter et le public du studio 104, à la Maison de la Radio, en présentant en exclusivité quelques nouveaux titres de ce deuxième disque tant attendu. 20 Minutes vous explique pourquoi Chris(tine and the Queens) est autant décriée, mais aussi pourquoi on pense qu’elle est une très grande artiste.

  • Parce qu’elle démarre avec une polémique…

…Et elle aurait bien voulu l’éviter. Depuis la sortie du clip de Damn, dis-moi en mai, l’un des tubes de ce nouvel opus, beaucoup de fans et internautes se posent la question sur le choix de la partie instrumentale de la chanson. Certains crient au plagiat.

Elle s’est servie de Logic Pro, un logiciel de musique assistée par ordinateur. Jusque-là, rien d’anormal, puisqu’il arrive à de nombreux artistes de puiser des samples à l’aide de certains logiciels. D’ailleurs, la performeuse se défend : « Je n’ai pas plagié une chanson, ce que j’ai pris est libre de droit. 95 % des raps d’aujourd’hui empruntent des chansons connues. Au moins trois morceaux de Rihanna sont bâtis à base de boucles issues de ces logiciels. Je n’ai pas plagié, j’ai samplé une boucle libre de droits, sur laquelle j’ai ajouté des paroles, la mélodie de chant, les arrangements. »

 

  • Parce qu’elle a changé d’identité

Certains y verront une antinomie, mais Héloïse Letissier, de son vrai nom, se sent mieux. La chanteuse a décidé de barrer le reste de son nom de scène, et ça donne : Chris. D’une rature, la performeuse a donné un nouveau visage à sa vie d’artiste. Fini les cheveux longs et le tailleur-pantalon, place à un simple T-shirt ou une chemise ouverte, une coupe courte et un anneau à l’oreille.

A travers ce changement, on découvre une autre personnalité de Christine and the Queens, pourtant présente en elle depuis toujours. C’est dans La Marcheuse, dont le clip est sorti récemment, que cette facette prend forme. Aujourd’hui, Chris se revendique « queer », mais surtout « rebelle ». Et face aux médias, elle explique : « J’aime travailler ma féminité dans l’ambivalence ». Ou encore plus personnellement lors d’un entretien pour Orange : « Je suis tombée amoureuse d’une fille, puis d’un garçon, puis je suis tombé amoureuse de quelqu’un qui était un trans. Et je me disais "What the f*ck ? Ce sont des sentiments qui m’ont fait ça ?" ».

Mais comment réagit son public ? Est-ce plus difficile en France ? « Je trouve que oui, répond la jeune femme à l’AFP. En France j’ai la sensation que je dois beaucoup expliquer (…). En Angleterre, c’est plus fluide. »

  • Parce qu’elle porte en elle « la classe ouvrière »

Interrogée par Mouloud Achour sur le plateau de Clique dimanche, la performeuse est revenue sur ses origines familiales. Et elle a énervé pas mal de monde.

« Transfuges de classes ». Une expression venant de la bouche de la chanteuse qui ne plaît pas à tout le monde. Il faut savoir qu’Héloïse Letissier est fille de profs. Son père enseigne l’anglais à l’université de Nantes et sa mère est professeure de lettres classiques dans un collège. Côté éducation, la jeune femme a suivi un parcours très artistique. Après une option théâtre au lycée, elle a poursuivi en hypokhâgne et khâgne au lycée Fénelon à Paris. Quelques années plus tard, elle est reçue au concours d’entrée au département Lettres et arts de l’Ecole normale supérieure, mais aussi au Conservatoire d’art dramatique. La jeune femme a grandi dans un monde intellectuel, et ces mots dérangent.

 

  • Parce qu’elle est mondialement connue

« Death of the patriarchy, The French Revolution » : traduisez « Mort au patriarcat ! La révolution française ». Ce sont bien les titres du numéro de septembre du magazine britannique Q, dont Chris fait la couverture. En plus de vouloir tuer le patriarcat, Chris ne cache pas, depuis quelques années, son envie de percer à l’international, notamment aux Etats-Unis. Cette ambition, là aussi, est parfois moquée, tout comme son charmant accent frenchie. La France n’aime pas que ses artistes veuillent aller chercher ailleurs une plus large audience. Mais là encore, Chris assume.

A force de focaliser sur des polémiques périphériques, que ce soit son nom, son genre ou son milieu social, les haters de Chris ont-ils le temps d’écouter sa musique ? L’artiste féminine de l’année 2015 aux Victoires de la musique a bien compris que l’importance marketing de sa musique allait forcément faire parler. En revanche, personne ne peut nier ses talents de danseuse, ses petits pas de danses et ses mouvements lents qu’elle esquisse à la perfection. S’ajoute à cela une voix puissante et claire qui fait trembler les salles de concerts, les festivals, et les Zéniths depuis quatre ans. Musicalement fidèle à elle-même avec ce nouvel album, Chris tente surtout de « combattre des blessures qui se sont rouvertes », comme elle l’expliquait ce mercredi soir sur la scène du studio 104. Si vous aimiez Christine, vous adorerez Chris.