Facebook Messenger: «La traduction de M ne sera pas parfaite au début mais elle va s’améliorer»

INTERVIEW Facebook Messenger lance ce lundi un outil de traduction instantanée de l'anglais au français (et inversement) via son assistant intelligent M...

Propos recueillis par Laure Beaudonnet

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Mark Zuckerberg présente le nouveau Facebook Messenger à la conférence F8, le 25 mars 2015.
Mark Zuckerberg présente le nouveau Facebook Messenger à la conférence F8, le 25 mars 2015. — J.EDELSON/AFP
  • La France est le premier pays d'Europe qui peut utiliser l'outil de traduction de l'assistant M sur Messenger.
  • L'outil dopé à l'intelligence artificielle traduit de l'anglais au français et du français à l'anglais en instantané.
  • Cette fonctionnalité a été lancé il y a quatre mois au Mexique et aux Etats-Unis.

Est-ce vraiment la peine de mettre le paquet sur l’apprentissage des langues étrangères à l’école quand Facebook fait le travail à notre place ? Juste une question comme ça… Messenger -la messagerie instantanée du réseau social- dépasse la barrière de la langue en lançant ce lundi la traduction instantanée grâce à son assistant intelligent M. La France est le troisième pays après les Etats-Unis et le Mexique à bénéficier d’un compagnon bilingue (M traduit du français à l’anglais et de l’anglais au français).

A l’occasion de la sortie de cette nouvelle fonctionnalité, le français Laurent Landowski, expert de l’intelligence artificielle et du traitement du langage pour Facebook revient sur cet outil.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la traduction de Messenger ?

L’année dernière, nous avons lancé M, l’assistant virtuel de Messenger. Cent millions de personnes dans le monde se servent aujourd’hui des suggestions de M et on se rend compte qu’en France, il est de plus en plus utilisé. Pendant la Coupe du monde, si vous écriviez « allez les bleus », ou n’importe quel message autour des matchs de l’Equipe de France, M proposait de prendre un selfie ou une vidéo avec un masque de supporter. Ça a très bien marché, notamment parce que la France est devenue championne du monde ! Avec la traduction, quand vous recevrez, depuis la France, un message en anglais, l’assistant M détectera qu’il s’agit d’anglais et suggérera de traduire ce message en français. Et il vous proposera de traduire de manière automatique tous les messages suivants. A n’importe quel moment, vous pourrez désactiver la traduction automatique en allant dans les paramètres de cette conversation. Nous avons lancé, il y a quatre mois, les traductions sur Messenger aux Etats Unis et au Mexique. La France est le troisième pays du monde et le premier en Europe à bénéficier de cet outil.

Cet outil de traduction utilise-t-il la même technologie que celui qui existe dans le fil d’actualité de Facebook ?

Techniquement, il repose sur les modèles que nous avons entraînés sur Facebook et Instagram, ils sont basés sur des réseaux de neurones artificiels (l’une des méthodes de l’intelligence artificielle). Mais on les adapte pour Messenger car les messages sont plus courts et il faut les traduire de manière quasi instantanée. Il y a des fautes d’orthographe, de l’argot, des abréviations… On ne met pas les accents pour aller plus vite. Le modèle est en train d’apprendre ces spécificités. Comme toutes les technologies de ce type, la traduction de M ne sera pas parfaite au lancement mais elle va s’améliorer au fur et à mesure.

La traduction sur M est-elle comparable à celle de Google Traduction, par exemple ?

Tout à fait. Ces technologies existent depuis plusieurs années. On va pouvoir améliorer les modèles, notamment avec le cas particulier de Messenger, et les entraîner pour qu’ils soient encore meilleurs.

Pourquoi avoir choisi la France pour le lancement en Europe ? Est-ce parce que nous sommes mauvais en anglais ?

Non ! Le français est l’une des langues les plus parlées dans le monde, mais aussi, la France est un pays important pour Messenger car elle utilise beaucoup cette messagerie. Ça fait sens. Nous choisissons souvent la France. L’année dernière, notamment, nous avons lancé le paiement sur Messenger. L’outil existe dans trois pays : aux Etats-Unis, en Angleterre et en France.

Beaucoup de chercheurs en IA sont d’origine française : Yann Le Cun et Antoine Bordes chez Facebook, Olivier Bousquet chez Google. Est-ce lié ?

Oui et non… Sur ces types de défis technologiques, c’est bien d’avoir des gens qui parlent la langue, bien sûr, mais on travaille sur des modèles qui apprennent. Nous n’avons plus besoin de connaître la langue. Les annonces qui ont été faites récemment par Fair Paris, le laboratoire dédié à l'intelligence artificielle de Facebook, sur les nouvelles techniques qui permettent d’apprendre à traduire des langues qui sont très peu parlées, vont dans ce sens. Quand on a beaucoup de données, c’est assez simple de construire un modèle qui peut apprendre à traduire n’importe quel autre message. Si je prends les langues eskimos, c’est plus compliqué. Il n’y a quasiment aucun corpus, aucune donnée, qui permettrait de traduire l’eskimo vers le français ou vers l’anglais. Fair Paris travaille sur des techniques qui permettent d’avoir accès à ce type de traductions pour des langues qui sont moins populaires ou moins parlées dans le monde.

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Les gens entament-ils vraiment une discussion instantanée quand ils ne parlent pas la même langue ?

Ça va être un nouvel usage. Aujourd’hui, si je rencontre quelqu’un qui ne parle pas ma langue, je ne vais pas ouvrir une conversation sur Messenger avec cette personne. On a lancé la fonctionnalité il y a quatre mois aux Etats-Unis, de l’anglais vers l’espagnol et vice-versa. De plus en plus de gens l’utilisent notamment dans le cercle privé. Je vous donne un exemple concret : mes enfants habitent aux Etats-Unis, ils vivent leurs expériences quotidiennes en anglais et quand ils ont envie de partager une anecdote avec leurs cousins français, l’histoire sort naturellement en anglais. Pour eux, ça représente beaucoup d’effort d’aller sur Messenger et de partager cette expérience en français. Ce type de fonctionnalité va aider à rapprocher des familles qui ne parlent pas la même langue. Avec les business aussi, notamment Marketplace de Facebook qui permet d’acheter et de vendre des produits. Quand vous êtes intéressé par un produit sur Marketplace, vous pouvez échanger avec les vendeurs sur Messenger. Aux Etats-Unis, beaucoup de conversations s’arrêtent parce que le vendeur et l’acheteur ne parlent pas la même langue. Ça va permettre de faire du commerce au-delà des frontières.

En gros, vous avez en tête de recréer une tour de Babel où tout le monde se comprendrait, non ?

Voilà, exactement. Nous voulons essayer de faciliter la communication entre les gens qui ne parlent pas la même langue.

Ne pensez-vous pas que l’utilisateur risque de se sentir surveillé quand l’assistant M de Messenger s’immiscera dans la discussion pour proposer une traduction ?

On constate le contraire. Nous avions eu la même question il y a un an quand nous avons lancé les suggestions. C’était le même mécanisme : je suis sur le point de partir du travail et j’envoie un message pour prévenir ma femme que je pars. M propose la fonctionnalité qui permet de partager sa position les 30 minutes de trajet. Cela permet à ma femme de savoir exactement quand je vais arriver le soir. Il y a cette appréhension, mais c’est un point sur lequel nous sommes vigilants. Vous avez le contrôle. Si vous n’aimez pas les suggestions, vous pouvez le désactiver, et c’est complètement automatisé. Personne ne lit vos conversations, ce sont des algorithmes qui ont appris à détecter à quel moment vous pourriez avoir besoin de telle ou telle fonctionnalité.