VIDEO. Amy Winehouse, «morte totalement seule, d'une overdose d'alcool», aurait eu 35 ans

ANNIVERSAIRE Amy Winehouse aurait eu 35 ans, ce vendredi. L'écrivain Pascal Louvrier, auteur du livre «Amy Winehouse, no limits», revient sur la vie tragique de l'artiste écorchée vive...

Propos recueillis par Emilie Petit

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Amy Winehouse aurait eu 35 ans, le 14 septembre 2018.
Amy Winehouse aurait eu 35 ans, le 14 septembre 2018. — HUSSEIN SAMIR/SIPA
  • Amy Winehouse a été retrouvée morte le 23 juillet 2011 à son domicile de Camden Square, à Londres. Elle aurait eu 35 ans, ce 14 septembre 2018.
  • L’écrivain Pascal Louvrier, dans son livre Amy Winehouse, no limits, livre de nouveaux éléments sur sa vie.
  • Il a pu recueillir de nouveaux témoignages, notamment celui de son tatoueur, Henry Hate.

Elle s’est éteinte le 23 juillet 2011, à l’âge de 27 ans. Overdose d’alcool. 4,16 grammes de breuvage dionysiaque dans les veines. Ce vendredi, la jazzwoman, Amy Winehouse, aurait dû fêter ses 35 ans. Mais ses fêlures et ses addictions lui ont détruit le corps. Si, depuis, beaucoup de choses ont été dites et écrites, des zones d’ombre perdurent.

Dans son livre, Amy Winehouse, no limits, l’écrivain Pascal Louvrier revient sur les instants marquants de sa vie d’artiste, et ceux, plus intimes et tragiques, de sa vie de femme.

Dans votre livre, on sent beaucoup de tendresse pour Amy Winehouse, mais aussi beaucoup de colère envers ses proches…

Elle est devenue, au fur et à mesure de mon travail d'écriture, un peu comme une sœur qu’on a vraiment envie de protéger. J’ai rencontré Henry Hate, son tatoueur, qui m’a parlé d’elle avec beaucoup d’émotion et qui m’a fait pas mal de confidences. Elle avait une personnalité très forte, mais c’était une écorchée vive. Il m’a dit, un jour, les larmes aux yeux : « J’aurais tant aimé la voir fleurir. » Et en fait, elle disparaît, elle n’a pas encore éclos, même s’il y a Back to Black qui est un succès planétaire.

Il y avait un potentiel énorme. Mais personne n’était là pour la sauver, ou pour, à un moment donné, la mettre à l’écart de cette machinerie infernale qu’est la société du spectacle. Son entourage a tapé du poing sur la table pour qu’elle monte sur scène, mais il aurait fallu qu’il tape aussi du poing sur la table pour qu’elle ne le fasse pas. C’est ça qui fait mal, et qui, parfois, rend la plume un peu violente.

Amy Winehouse lors d'un concert à Cardiff University, le 6 mars 2007.
Amy Winehouse lors d'un concert à Cardiff University, le 6 mars 2007. - Huw John / Rex Features/REX/SIPA

Mitch, le père d’Amy Winehouse, est pas mal égratigné dans le documentaire d’Asif Kapadia. Moins dans votre livre. Pourquoi ça ?

Mitch, au début, c’est le coupable. Amy, quand elle a 9 ans, est relativement heureuse. Elle est protégée par ce cocon familial. Puis Mitch, son père, décide de tout briser en quittant sa femme. Tout vole en éclat à ce moment-là. Mitch, c’était son dieu ! C’est une fracture terrible, un abandon, une souffrance, et en même temps, elle l’aime, elle le vénère. Car il est chanteur, et pas que dans sa salle de bains. Il connaît très bien le répertoire des crooners, et notamment celui de Franck Sinatra. Le premier album d’Amy s’intitule d’ailleurs Franck, en l’honneur de Franck Sinatra, mais aussi du chanteur préféré de son père. 

Tout ça dresse un portrait un peu plus nuancé. Même si je pense que, quand elle allait véritablement très mal, psychologiquement et physiquement, il aurait dû la sortir de ce circuit infernal. Il ne l’a pas fait et a voulu qu’elle honore ses contrats, et des tournées qui étaient devenues vraiment terribles. Je pense qu’il ne s’est pas rendu compte de la gravité de l’état de sa fille. Puis, il a voulu aussi profiter de la notoriété d'Amy, la pousser sur scène, monnayer des photos, etc. Les témoignages nouveaux que j’ai recueillis n’en font pas un monstre mais n’en font pas non plus quelqu’un qui a fait ce qu’il fallait.

Quel est le témoignage qui vous a le plus touché ?

Celui de Henry Hate, son tatoueur. Déjà, parce que j’ai été surpris qu’il n’ait jamais parlé avant. Il a été l’un des premiers à tatouer Amy. Il lui a fait ses principaux tatouages, à commencer par celui en hommage à sa grand-mère. Il m’a raconté que, la première fois qu'elle est entrée dans sa boutique, il l’a tout de suite reconnue. Elle avait déjà sorti son premier album, Franck. Mais elle n’avait pas encore touché d’argent. Il lui a donc offert son premier tatouage. Ils ont été copains tout de suite. Il m’a raconté plein d’anecdotes, certaines drôles, amusantes, d’autres émouvantes. Et d’autres qui font davantage mal, car on sait comment ça se termine. Ça a été une très belle rencontre.

Amy Winehouse au Shepherds Bush Empire, à Londres, le 28 mai 2007.
Amy Winehouse au Shepherds Bush Empire, à Londres, le 28 mai 2007. - WENN/SIPA

Mis à part sa grand-mère, Cynthia, et sa mère, Janis, presque aucune femme ne semble réellement faire partie de l’entourage proche d’Amy. Comment l’expliquer ?

Déjà, c'est un milieu de mec. Et il faut être une sacrée femme pour tenir le choc. Il y a un côté macho aussi. Amy faisait 1 mètre 59, et quelque quarante kilos. Il y a forcément une fragilité ! C’était une femme avec une voix forte, mais elle était fragile. Alors, on l’a condamnée, et on continue aujourd’hui à le faire. On lui a beaucoup reproché de ne pas avoir voulu monter sur scène, comme si c’était un caprice de star. Une fois, elle a refusé de jouer car elle croyait qu’elle était enceinte de Blake, et elle a appris, juste avant de donner son concert, que ce n’était pas le cas. Mais elle voulait un enfant de lui, même s’ils n’étaient plus ensemble. On ne peut pas la condamner là-dessus. Ce n’est pas possible !

Elle avait quand même cette force de caractère. C'était une femme libre qui voulait s’assumer pleinement et vivre comme elle en avait envie. Quand elle ne faisait pas quelque chose, ce n’est pas parce que c’était un caprice, mais parce qu’elle ne pouvait pas le faire ou qu’elle avait un problème. Malheureusement, les gens la condamnent encore sans la connaître.

Certains passages nous plongent dans l’intimité d’Amy Winehouse comme rarement, voir jamais, nous ne l’avions vue ou perçue. Comment avez-vous reconstitué ces instants de vie très personnels ?

Je me suis inspiré des lieux. Je suis allé à Camden où j’ai écrit en grande partie ce livre. Là-bas, j’avais loué un petit appartement près du canal. J’ai essayé de m’imprégner de cette atmosphère. J’ai trouvé le coin où elle habitait sinistre. J’ai éprouvé une sorte de malaise, de mal-être, notamment en face, là où il y a l’arbre sur lequel les fans viennent épingler des mots en hommage à Amy. On se dit que, quand elle était seule, ça ne devait pas lui remonter le moral. Ce n’est pas un endroit où on se refait une santé. Ça, je l’ai éprouvé avec ma propre sensibilité. Et puis j’ai eu des témoignages directs qui m’ont permis de reproduire au plus près ce qu’il s’est passé.

Amy a fini complètement seule. Elle est morte au 30 Camden Square, totalement seule ! C'est son garde du corps, Andrew, qui l'a découverte morte, l’après-midi, d’une overdose d’alcool. C’est terrifiant ! Sa vie est une véritable tragédie.

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Amy Winehouse, no limits, de Pascal Louvier, ed.l'Archipel, sorti le 5 septembre 2018.