«Je t'aime, etc.», l'émission de service impudique du service public

TELEVISION L’émission présentée par Daphné Bürki, qui vient d’entamer sa deuxième saison sur France 2, conquiert un public de plus en plus large. Gros plan sur une émission détonante dans les après-midi de la chaîne…

Fabien Randanne

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Janane Boudili, André Manoukian, Daphné Bürki, Caroline Diament, Caroline Weill, Alexandra Hubin sur le plateau de «Je t'aime, etc.».
Janane Boudili, André Manoukian, Daphné Bürki, Caroline Diament, Caroline Weill, Alexandra Hubin sur le plateau de «Je t'aime, etc.». — BERNARD BARBEREAU / FTV

« J’ai déjà fait l’amour dans un lieu public. C’était à un concert, je ne me rappelle plus de quel artiste, mais la première partie était bien… » Avec cette confidence, la chroniqueuse Caroline Diament réveille les rires dans le public. Bienvenue sur le plateau de Je t’aime, etc., une émission qui cause aussi bien de carezze (des « caresses sans sexe ») que de « stashing » (quand notre partenaire nous cache à son entourage), des fontaines de Versailles que des femmes fontaines. Le tout, du lundi au vendredi, entre 15h10 et 16h20, sur France 2. Dans une grille de programmes que l’on a connue si sage, l’émission aurait presque l’air d’une intruse.

« C’est vrai que le ton peut sembler étonnant, mais je trouve ça très approprié, on s’adresse directement aux téléspectateurs, avance l’animatrice Daphné Bürki. On traite de l’intime et intimité ne veut pas dire sexualité : on est là pour parler à la personne en face, de ses rapports avec la société, sa famille, son travail. »

Et ça fonctionne. Lancée à la rentrée 2017, Je t’aime, etc., a démarré sa deuxième saison fin août. La semaine passée, elle a battu son record hebdomadaire historique en parts de marchés (7.6 %, soit 455.000 téléspectateurs). De quoi grignoter les plates-bandes de M6 qui la devance sur cette case horaire.

« Si tu commences à faire de la télévision, tu sors du plateau »

Alors qu’on imaginerait volontiers de prudes mamies dérégler leurs sonotones à l’écoute des thèmes les plus en dessous de la ceinture, c’est tout l’inverse qui se produit. « Certains pensaient l’an passé que les structures d’audiences étaient déjà faites, avec un public majoritairement féminin et âgé, reprend Daphné Bürki. Ça a bougé : côté répartitions hommes – femmes, c’est moitié-moitié. Et la ménagère [de moins de 50 ans] – je déteste ce terme – est arrivée en milieu d’année dernière. Notre cible est donc plus large que ça. »

Si la courbe est ascendante, c’est peut-être parce que les ajustemetns auxquels l’émission a procédé ont porté leur fruit. Je t’aime, etc. a gagné en rythme et a élargi ses sommaires à des questions sociétales, comme le « délit de solidarité », ou à des rencontres avec des anonymes remarquables, comme Virginie Deladande, la première avocate malentendante.

Ajoutez et mélangez l’autodérision de Caroline Diament, la malice d’André Manoukian ou la spontanéité de Janane et la mayonnaise prend. C’est sans doute parce que l’alchimie entre l’animatrice et les chroniqueurs – certains sont même partis en vacances ensemble cet été – transparaît à l’écran, que l’émission a aussi conquis des fidèles. « Ils ne sont pas formatés. Il y a un naturel qui n’existe pas en télé et que les téléspectateurs viennent chercher, c’est sûr. Je leur dis : "Si tu commences à faire de la télévision, tu sors du plateau" », assure Daphné Bürki.

« J’aime être une béquille »

Elle enchaîne : « Mais il n’y a pas de mystère, le public vient aussi chercher de vraies infos, des conseils de professionnels. C’est une émission où les psys, sexologues et médecins ne viennent pas pour raconter des conneries. » Je t’aime, etc. répond aux demandes de conseils qui lui sont envoyées – toutes les questions au sommaire de l’émission proviennent de téléspectateurs, nous assure-t-on.

« Je ne suis pas là pour donner une morale, pour juger ou dire ce que les gens doivent faire. Je suis là pour dire ce qui existe, quels sont les recours, assure la présentatrice de France 2. Ce que j’aime, c’est être là. Etre une béquille pour ceux qui nous regardent qu’ils se reposent pendant une heure, pleurent sur mon épaule ou s’amusent. » Ça aussi, c’est une mission de service public.