Journées du matrimoine: «Rappelons que les femmes ont existé dans le milieu culturel et architectural»

INTERVIEW Marie Guérini, coordinatrice générale des Journées du matrimoine qui se déroulent à Paris samedi et dimanche, explique à « 20 Minutes » l’importance d’un tel événement mettant en valeur de l’héritage culturel féminin…

Antoine Irrien

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Les Journées du matrimoine se dérouleront le 15 et 16 septembre à Paris. Lancer le diaporama
Les Journées du matrimoine se dérouleront le 15 et 16 septembre à Paris. — Ariane Mestre
  • Les Journées du matrimoine ont lieu les 15 et 16 septembre à travers des lieux parisiens où les femmes se sont illustrées artistiquement, mais aussi à Bordeaux et en Normandie.
  • Le mot « matrimoine » désigne les œuvres de créatrices et leur transmission au fil du temps. Si ce terme est utilisé depuis des siècles, il suscite encore des débats au sein de l’espace public.
  • Le but du mouvement HF, qui organise ces journées depuis quatre ans, est de mieux faire connaître les femmes qui ont aussi contribué à l’art sous toutes ses formes.

Organisées ce samedi et dimanche, les Journées du matrimoine font écho aux bien connues Journées du patrimoine. Depuis dix ans, le mouvement HF lutte pour que les œuvres créées par des femmes gagnent en reconnaissance. Pour 20 Minutes, Marie Guérini, coordinatrice générale de l’événement parisien, explique en quoi l’héritage culturel et architectural féminin a été longtemps délaissé et souligne pourquoi il est temps que cela change.

Comment se déroulent ces Journées du matrimoine ?

Le programme est assez chargé. A Paris, onze événements entièrement gratuits sont organisés pendant tout le week-end, aux Beaux-Arts ou à la Bibliothèque nationale, par exemple. On y parlera surtout « manifeste des 343 salopes » [manifeste publié en 1971 en faveur de l’IVG], Mouvement de libération des femmes (MLF) et héroïnes. On pourra aussi entendre des médiatrices dans les musées et dans les rues lors de trois parcours urbains, assister à un récital, suivre trois visites guidées sur les pas des femmes architectes et participer à une belle soirée d'ouverture au cinéma Le Méliès, à partir de 20 h 30. Ces étapes seront ponctuées de manifestations au sein de la capitale.

Le groupe EELV au Conseil de Paris avait proposé de modifier le nom des Journées du patrimoine en y intégrant le terme « matrimoine ». Le débat est-il toujours d’actualité ?

Bien sûr, et nous en faisons notre cheval de bataille depuis bien plus longtemps. Le mouvement HF a commencé à lutter dans cette voie depuis sa création il y a dix ans. Attention, il faut tout de même comprendre que nous ne voulons en aucun cas minimiser le patrimoine. Notre objectif est simplement de rappeler que les femmes ont aussi existé dans le milieu culturel et architectural. Regardez tout simplement dans les musées : la majeure partie des œuvres exposées ont été réalisées par des hommes. Les femmes sont représentées la plupart du temps dans ces peintures, et jamais comme celles qui tiennent le pinceau.

L’idée qu’un jour patrimoine et matrimoine puissent être réunis est une bonne chose. L’idée a été évoquée au Conseil de Paris par le groupe écologiste en 2017 et n’est pas du tout oubliée. Nous sommes écoutées. Nous ne voulons pas du tout placer de quota sur l’exposition d’un héritage en particulier. Ce que l’on veut, c’est le respect du matrimoine, qu’il soit au même niveau que le patrimoine. Tout ceci paraît anodin, mais ce n’est toujours pas le cas. Il faut tout simplement que l’héritage féminin ne soit plus considéré comme exotique.

Le terme « matrimoine » existe depuis des siècles, mais pourquoi reste-il un néologisme dans l’espace public ?

Le matrimoine a toujours dérangé et dérange encore aujourd’hui. L’histoire a été écrite par les hommes, c’est un fait. Les œuvres féminines ont souvent été délaissées. Cependant, sous l’impulsion de ces journées et de notre travail au sein de HF, la considération du matrimoine prend un peu plus d’ampleur, et commence à être comprise par tous. La preuve, le public n’est pas uniquement féminin comme on pourrait le penser. Il est même plutôt très familial, avec autant d’hommes que de femmes. Sur les deux jours, environ 1 100 personnes sont attendues, soit le maximum que nous pouvons comptabiliser. Depuis quatre ans, les Journées du matrimoine prennent de l’importance. Et nous tâcherons à ce qu’elles soient encore plus incontournables dans les années à venir.

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