Illustration Amazon.
Illustration Amazon. — XAVIER VILA/SIPA/SIPA

LITTERATURE

Des libraires poussent un énorme coup de gueule contre le prix Renaudot et Amazon

La raison de la colère ? La sélection d’un ouvrage autoédité chez le géant Amazon…

Depuis quelques jours, la colère de nombreux libraires ne cesse de monter. La raison ? La sélection de Bande de Français de Marco Koskas par le jury du Prix Renaudot. Les libraires reprochent aux jurés d’avoir sélectionné parmi les sept essais et dix-sept romans, un ouvrage autoédité chez le géant Amazon. Il a « ouvert la porte bien grande à la bête », a notamment dénoncé une libraire.

« Je ne peux pas croire un instant que vous soyez inconscients de la portée de votre acte »

« Lettre ouverte à l’attention des membres du jury du prix Renaudot. Madame, Messieurs, c’est avec stupéfaction, incrédulité d’abord, indignation ensuite que j’ai découvert que vous aviez choisi de sélectionner un livre autoédité chez… Amazon », écrit Mélanie Le Saux sur Facebook dans une lettre ouverte au jury du Prix Renaudot. « Autant dire que si cet ouvrage gagne le prix, et même s’il ne l’emporte pas d’ailleurs, les libraires se verront contraints de le commander chez leur concurrent le plus féroce. Celui-là même qui se targue d’éradiquer toutes les librairies, puis les éditeurs, pour avoir le monopole du circuit du livre », dénonce la libraire.

« Je ne peux pas croire un instant que vous soyez inconscients de la portée de votre acte, que vous ne vous rendiez pas compte que les libraires vont devoir désormais acheter et donc rapporter de l’argent à celui-là même qui veut leur fin. Je ne peux pas croire non plus que vous pensiez sérieusement, tout comme l’auteur, qu’Amazon puisse être garant du pluralisme que nous chérissons tous (et ne nous trompons pas de bataille, en aucun cas il ne s’agit de se battre contre l’auto-édition mais bien contre le géant américain dont la nocivité n’a plus à être démontrée…) », ajoute-t-elle.

Pour Patrick Besson, l’un des membres du jury, cette sélection ne pose pas problème. « Cela fait des décennies que des livres sont autopubliés ou publiés à compte d’auteur. Prenez Proust. Du côté de chez Swan a été publié chez Grasset en 1913 à compte d’auteur. Quel agriculteur donnerait son champ à labourer contre un pourcentage de 10 % ? C’est normal que certains auteurs ne soient pas satisfaits des conditions économiques et se rebellent contre les éditeurs. Moi, ce qui m’intéresse, c’est le texte. Je me fiche du reste », a-t-il expliqué au Point la semaine dernière.

Mardi, le syndicat de la librairie française (SLF), a lui aussi alerté le jury du prix Renaudaot des dangers de cette selection d'Amazon.