«Je suis content de faire bouffer de la merde à ceux que je n'aime pas trop», s'amuse Willy Rovelli

INTERVIEW Willy Rovelli publie ce mercredi un recueil de cinquante chroniques écrites pour la radio. Il évoque, pour 20 Minutes, cet exercice particulier, ainsi que ses apparitions en chef cuisinier dans « Fort Boyard »…

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Le comédien, humoriste et présentateur Willy Rovelli.
Le comédien, humoriste et présentateur Willy Rovelli. — Félicien Delorme - Flammarion

En trois minutes, il a taquiné Bernard de la Villardière, vanné Stéphane Bern, titillé Léa Salamé… Pendant des années, sur Europe 1, Willy Rovelli a signé des portraits gentiment mordants des personnalités invitées. Ce mercredi, un recueil de ses « 50 meilleures chroniques », intitulé Dans 3 minutes j’ai fini !, est publié chez Pygmalion (18 euros). Celui qui incarne aussi avec délice le chef cuisinier de Fort Boyard est à son tour passé sur le gril, le temps d’une interview avec 20 Minutes.

Quel est votre mode d’emploi pour écrire une chronique ?

Au départ, j’avais tendance à les écrire l’avant-veille pour le jour en question et, avec l’habitude, j’ai commencé à m’y mettre au dernier moment. J’aime bien l’excitation, me dire qu’il me reste peu de temps pour écrire. Je suis quand même laborieux, j’y passe plusieurs heures. Il y a un côté frustrant, je peux prendre cinq, six ou sept heures pour en rédiger une et à la radio, ça passe en trois minutes.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus ?

Il y a deux choses que j’adore : la télé, car je suis un enfant de la télé, et l’actu, qui est une source d’inspiration inépuisable. Je mêle toujours un peu les deux.

Et quels sont les personnalités ou les sujets qui vous font craindre la page blanche ?

Tout ce qui concerne le sport. Parce que je fais 1m64, un physique de ballon de rugby. Je suis très nul en sport. Alors je galère un peu.

Est-ce difficile d’écrire une chronique sur quelqu’un que l’on admire ?

C’est le pire ! J’ai eu beaucoup de mal à écrire sur des gens comme Thierry Ardisson ou Laurent Ruquier que j’aime vraiment bien car ils sont segmentant, ils ne sont pas obligés de plaire à tout le monde et ils s’en fichent un peu. Quand vous n’aimez pas quelqu’un, à la rigueur, vous vous en foutez de le vexer. Mais quand vous appréciez la personne, c’est plus compliqué. Je suis facilement midinette : quand j’aime bien, ça se voit.

Vous fixez-vous des limites à ne pas dépasser ?

Non. Les limites sont celles du bon goût et on se les fixe soi-même. Si ça ne me fait pas rire, je ne le fais pas. Il y a des associations pour tout aujourd’hui et les gens s’offusquent pour pas grand-chose. Si vous commencez à dire : « Oh la la, je ne vais pas parler de ça, parce qu’on ne sait jamais… », vous ne parlez plus de rien. On sait que l’humour, c’est segmentant, il y aura toujours des gens qui ne vous trouveront pas drôle. C’est pas grave. Moi, j’ai envie de me marrer. Alors tant que je m’amuse, je le fais.

Le bandeau autour du livre clame que, les pires chroniques, « on n’a pas voulu les publier ». C’est quoi « les pires chroniques » ?

Ce sont des chroniques ratées, où l’invité en face ne décroche pas un rire. C’est compliqué quand vous êtes invité dans une émission et que, tout d’un coup, il y a un petit hystérique qui vient faire une chronique sur vous. Il faut quand même se sentir prêt, il y en a qui n’ont pas envie, qui ne comprennent pas forcément la moquerie. Il y a eu parfois des chroniques qui se sont très mal passées, et heureusement d’ailleurs, cela fait partie du jeu, on ne peut pas être bon tous les jours.

Y a-t-il des invités dont les réactions vous ont surprises dans le bon ou dans le mauvais sens ?

Le président du CSA, Olivier Schrameck, exigeait que je sois là à chaque fois qu’il était invité. A l’inverse, Fabrice Luchini a demandé expressément à ce que je ne sois pas là. Je pense que je ne suis pas du tout sa came. C’est la vie, c’est pas grave.

Il aurait donc moins d’autodérision qu’il n’en donne l’impression ?

En tout cas, moi, je ne suis pas quelqu’un qui le fait rire, mais ce n’est pas grave. Il préférait que je ne sois pas là.

Quelle est la personnalité que vous rêveriez de chroniquer ?

(Il prend le temps de réfléchir) J’ai l’air d’avoir un physique d’enfant mais ça fait vingt ans que j’écris des chroniques, donc j’ai fait tout le monde. Attendez voir… C’est vrai qu’il y a des grandes stars comme Johnny Hallyday que je n’ai pas pu faire. Ou, tiens, Mylène Farmer, ça m’amuserait bien. Elle fait des chansons un peu glauques mais je suis sûr qu’elle n’est pas comme ça dans la vie et qu’on rigolerait bien.

Vous faites aussi passer un sale quart d’heures aux personnalités dans « Fort Boyard » en leur faisant avaler des choses peu ragoûtantes…

Oui, j’aime bien car c’est le seul moment où les gens me craignent. Parce qu’avec mon physique, je ne fais peur à personne dans la vie. Toute l’année, quand je croise des personnalités, elles me disent « Si je fais Fort Boyard, s’il te plaît, sois sympa avec moi » Je me souviens de Sébastien Chabal, qui faisait dix mètres de plus que moi et qui était là, à me supplier d’arrêter et de lui donner la clé.

Certains ont du mal à le digérer ?

J’en recroise qui me disent : « Qu’est-ce qu’on t’a fait petit sadique ? ! » (il rit). Mais parfois, je suis content, quand il y a quelqu’un que je n’aime pas trop, de lui faire bouffer de la merde.

Il y a des candidats que vous n’appréciez pas ?

Il y en a forcément. Vous, dans votre boulot, il y a bien des gens que vous n’aimez pas. Bon. Eh bien, on est d’accord. Alors il y a des gens que j’aime moyen et je suis content de me venger un peu. Ils se reconnaîtront : généralement ce sont ceux à qui je donne de grosses portions à manger.

Vous avez d’autres projets dans les prochains mois ?

Pour l’instant, j’ai de la chance car, depuis un an, je vis à mi-chemin entre Paris et Dubaï. Je profite un peu de la vie en ce moment. Là, je sors ce livre, après, je vais repartir un petit peu à Dubaï où je donne des cours de théâtre aux expatriés, qui ne sont pas comédiens mais qui veulent apprendre à s’exprimer en public, par exemple. Je suis très heureux de transmettre tout ce que j’ai appris. Une fois que j’aurais terminé ça, en cours d’année, je rentrerai à Paris et je me remettrai à écrire. J’aimerais refaire de la télé, animer un jeu.

La prochaine chronique, elle est pour quand ?

Ce livre me permet de boucler la boucle. J’aimerais, pour un petit moment, arrêter d’en faire car c’est très frustrant, comme je le disais tout à l’heure, d’écrire beaucoup pour seulement trois minutes d’antenne. J’aimerais vraiment faire une pause et partir dans l’animation pure.

Dans les coulisses des chroniques

Willy Rovelli remet chacune des chroniques de Dans 3 minutes, j’ai fini !, dans leur contexte en racontant l’avant et l’après. On apprend ainsi que Daniel Bilalian, l’ancien chef des sports de France Télévisions « avait apporté un joli morceau de mauvaise humeur sur un coulis de langue de bois », que Cyril Hanouna lui a proposé d’intégrer la bande de Touche pas à mon poste ou qu’un « Bravo » de Line Renaud a suffi à son bonheur.