Aurélie Filippetti: «Je ne lis pas les essais politiques, je préfère les vrais livres»

INTERVIEW L’ancienne députée et ministre de la Culture sous François Hollande a publié « Les idéaux », un roman d’amour dans le monde de la politique et du pouvoir…

Propos recueillis par Benjamin Chapon

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L'ancienne ministre de la Culture, Aurelie Filippetti, sur le plateau du «Grand Jury» de RTL le 19 mars 2017.
L'ancienne ministre de la Culture, Aurelie Filippetti, sur le plateau du «Grand Jury» de RTL le 19 mars 2017. — RTL-BUKAJLO/RTL/SIPA
  • Aurélie Filippetti publie un roman largement auto-fictionnel en cette rentrée, Les Idéaux.
  • La politique «passionne toujours» l'ancienne ministre de François Hollande.
  •   Elle voit son roman «plus vrai, plus honnête qu’un discours qui se veut la vérité».

Ceci n’est pas un livre politique. Mais ça y ressemble. Les idéaux (Fayard) est un roman, écrit par Aurélie Filippetti. Aujourd’hui « retraitée » de la politique et sans mandat électif, l’ex-ministre de la Culture revient en quelque sorte à ses premières amours : « Il s’était écoulé douze ans depuis mon dernier roman… Je suis contente de revenir à la littérature. »

Dans ce roman pourtant, on peut lire l’autobiographie d’Aurélie Filippetti. On y suit une jeune élue socialiste qui découvre l’Assemblée nationale et les coulisses du pouvoir en même temps qu’elle vit une histoire d’amour avec un élu de droite. L’une et l’autre vont connaître l’ivresse et la désillusion du pouvoir qui vont mettre à mal leurs idéaux, sur l’amour et la politique.

Certains lecteurs y ont vu un roman à clé, d’autres ont critiqué son style. Aurélie Filippetti, elle, veut être lue comme une autrice de roman, rien de plus.

Actuellement en promotion de ce roman, vous êtes souvent interrogée sur la politique d’Emmanuel Macron…

Oui et comme je ne peux pas m’empêcher de répondre, parce que la politique me passionne toujours, ce sont ces phrases-là qui sont retenues. Je préférerais ne parler que de mon roman mais en tant que citoyenne je suis inquiète de la tournure des événements, donc je donne mon sentiment. Mais ça m’embête. J’ai peur que les gens prennent Les idéaux pour un livre sur la politique alors que c’est avant tout un roman. Il faut vraiment le lire comme ça et certainement pas comme un appel du pied pour un retour à un poste quelconque.

Mais on peut lire dans cette histoire votre propre expérience d’élue et de ministre et votre vision de la politique…

Je voulais écrire sur l’expérience du pouvoir que j’avais vécu. J’ai eu besoin de prendre du recul sur tout ça. Mais ce n’est pas seulement un roman sur une expérience intime, c’est aussi un livre sur le pouvoir, et sur l’effondrement du système qu’on a vécu ces dernières années. C’est le portrait d’une époque, d’un renoncement. J’ai voulu chercher à comprendre comment cela avait été possible.

C’est donc un livre politique. Pourquoi ne pas avoir raconté cette expérience dans un essai plutôt qu’un roman ?

Je préfère les vrais livres ! Pour moi les essais politiques ne sont pas de la littérature mais plutôt des objets de communications. Je n’en lis jamais. Il y a, paradoxalement, plus d’authenticité dans un roman qui est volontairement artificiel. L’auteur y est libre. Il n’est pas tenu par un souci de réalité. Un roman est plus vrai, plus honnête qu’un discours qui se veut la vérité.

Pourquoi avoir arrêté d’écrire quand vous étiez élue ?

Je ne m’en sentais pas la liberté. Or un auteur doit être totalement libre. Elue, j’avais une responsabilité vis-à-vis de mes électeurs.

La littérature vous a manqué alors ?

Oui. Mais je n’ai jamais arrêté de lire, qui est un besoin vital. Les livres aident à vivre dans tous les instants de la vie. Quand on est ministre, le mode de vie vous éloigne de vos objectifs politiques. La littérature m’a aidé à prendre de la distance, a gardé une humilité aussi. Parce qu’on est très vite grisée par le tourbillon d’activité.

La politique a inspiré les grands auteurs. Avez-vous des chouchous dans ce domaine ?

Il y en a beaucoup, c’est inépuisable. La Boétie a théorisé la manière de résister au pouvoir. Rousseau aussi… J’aime beaucoup les moralistes, La Bruyère, La Rochefoucauld, Pascal… Et puis Balzac qui décrit le pouvoir dans ce qu’il a de cruel et réaliste. La réflexion sur le pouvoir est essentielle et salutaire. Surtout quand on l’exerce…

Votre héroïne affronte des accusations en naïveté. Vous n’épargnez pas votre personnage mais vous lui gardez une sympathie…

Je préfère les idéaux au cynisme, oui. Je suis effarée que la politique puisse être considérée comme une carrière. Je préfère ceux qui sont animés par une passion.

C’est très romanesque mais est-ce efficace dans la vie politique réelle ?

Je ne sais pas. Je n’ai aucun mal à admettre que j’ai été battue. Mais je sais pourquoi. J’ai horreur des gens qui réécrivent l’histoire. Hollande a été battu parce qu’il n’a pas appliqué le programme pour lequel il a été élu, parce que le pouvoir détruit toute volonté politique, parce que le conformisme affadit tout. J’entends parfois que je défends une politique idéologique mais les échecs des politiques résultent d’une vision très idéologique de l’économie.

Voyez-vous un point commun entre le statut d’auteur et celui de président de la République, par exemple ?

Il y a le côté démiurge, bien sûr. Mais l’auteur n’engage pas la vie de millions de gens avec ses décisions. Il n’agit que sur ses personnages. Quand j’écris, c’est là que je me sens vraiment libre.