VIDEO. «L’âge d’or»: «On voulait une héroïne ni trop sexy, ni trop naïve»

BD Roxanne Moreil commente, pour « 20 Minutes », trois des cases les plus révélatrices de l’album « L’âge d’or », qu’elle a coréalisé avec Cyril Pedrosa…

Olivier Mimran

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Couverture de L'âge d'or et portrait de Roxanne Moreil
Couverture de L'âge d'or et portrait de Roxanne Moreil — © R. Moreil, C. Pedrosa & Dupuis 2018 / photo © Chloe Vollmer
  • « 20 Minutes » vous propose un nouveau format pour traiter de bande dessinée : l’Etude de cases, c’est-à-dire le commentaire de quelques cases de BD par leur auteur.
  • Entre conte de fées et chronique féministe, le premier volume de « L’âge d’or » raconte comment une princesse se voit déposséder du pouvoir par son jeune frère.
  • Après les multi-récompensés « Trois ombres » (2008) et « Portugal » (2011), Cyril Pedrosa signe son grand retour en bande dessinée. C’est en revanche le premier scénario de bande dessinée pour Roxanne Moreil.

S’il est un événement en cette rentrée BD, c’est la sortie du premier volume de la série L’âge d’or. D’abord parce qu’elle signe le retour - très attendu - de l’auteur-dessinateur Cyril Pedrosa (qu’on n’avait plus vu aux pinceaux depuis Les équinoxes, en 2015). Ensuite parce qu’il s’agit d’une œuvre si aboutie qu’elle a de grandes chances d’être en sélection officielle lors du prochain festival de la BD d’Angoulême.

20 Minutes a donc demandé à Roxanne Moreil, coscénariste du récit, de nous en dévoiler les grandes idées à travers une séquence qu’elle juge particulièrement révélatrice. Elle a choisi les cases ci-dessous, numérotées de 1 à 3 pour faciliter ses explications :

Dans la case 1, « On est au tout début de l’histoire, précise Roxanne Moreil, et cette séquence nous permet de mettre le lecteur dans le contexte : le roi est mort et sa fille Tilda s’apprête à prendre sa succession… ». Pour mémo, L’âge d’or s’inscrit dans un univers médiéval et on perçoit en effet, surtout dans la case 2, le poids de cet héritage à l’attitude accablée de la princesse. Il faut dire que feu son père lui laisse un royaume en proie à la disette et aux forfaitures de petits seigneurs locaux…

Un univers graphique très travaillé

Mais hormis l’intrigue, on est tout de suite « happé » par les graphismes si particuliers de Pedrosa qui, mélangeant physiques cartoony et décors d’une extrême délicatesse, ajoute à l’aspect féerique de ce conte un peu cruel. « Pour ce livre, Cyril est allé puiser ses sources d’inspirations visuelles dans les enluminures, les tapisseries médiévales, confirme Roxanne Moreil. Je lui ai suggéré de pousser son dessin vers quelque chose d’un peu bizarre, d’où un mélange entre 2D et 3D, et ces ambiances colorées surréalistes… ».

Présente dans les trois cases choisies, la princesse Tilda - le personnage central - est « idéaliste mais déterminée. Nous l’avons souhaitée complexe et imparfaite. On voulait une héroïne de bande dessinée qui ne soit ni sexy ni naïve », souligne Roxanne Moreil. De fait, la jeune fille a un physique quelconque, ce qui pousse son personnage à davantage faire valoir sa force de caractère qu’à user de ses charmes. Un parti qui contribue grandement au réalisme du récit.

Une volonté absolument pas anodine, car L’âge d’or aborde - de façon allégorique - des questionnements aussi actuels que l’engagement politique, la force des convictions… mais surtout le combat féministe. Logique quand on connaît l’engagement de Roxanne Moreil, qui est l’une des créatrices de l’exposition féministe «  Une BD quand je veux, si je veux » produite par l’association nantaise La maison Fumetti début 2018.

Une dimension sociale très présente

« "Le peuple a faim", déclare Bertil dans la case 3. C’est essentiel parce que le fait que le royaume souffre est LE point important du contexte. C’est le point de départ de notre fable politique : les hommes et les femmes de ce royaume n’en peuvent plus des injustices liées à la féodalité et commencent à organiser un soulèvement. Tilda voudrait les soulager, mais est-ce compatible avec sa quête du pouvoir ? » Pour être honnête, on ne trouve que partiellement la réponse à cette question dans le premier volume. On a hâte, du coup, d’en découvrir la suite (dont on ignore hélas à quelle échéance elle sera publiée).

« Mais la case 3 est aussi importante parce que c’est la première, fois dans le récit, que les trois héros principaux sont réunis, insiste Roxanne Moreil. La princesse Tilda et Tankred, le preux chevalier, ainsi que Bertil, l’ami d’enfance de la princesse. Ils la soutiennent depuis toujours. Bertil est d’ailleurs mon personnage préféré, et il se révélera plus tourmenté qu’il n’y paraît au début du livre… ». Hum… Difficile d’en rajouter sans spoiler, mais peut-être que le regard qu’échangent ici Tilda et Bertil suggère qu’un lien spécial les unit, non ?

Plus riche et complexe que son traitement graphique ne le laisse supposer, copieuse (le premier tome compte plus de 200 pages, ce qui sera aussi le cas du suivant) L’âge d’or est une fable intemporelle - et universelle - qui captivera autant le jeune public qu’un lectorat plus averti.

« L’âge d’or » volume 1/2, par Roxanne Moreil et Cyril Pedrosa - éditions Dupuis, 32 euros