VIDEO. Rixe de Booba et Kaaris: «On a tous été surpris par cette affaire, mais le traitement médiatique est disproportionné»

RAP Alors que Booba et Kaaris se retrouvent devant la justice ce jeudi, c'est le rap plus globalement qui semble confronté à son procès...

Clio Weickert

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Les rappeurs Booba et Kaaris.
Les rappeurs Booba et Kaaris. — SIPA

« Pseudo-artistes », « énergumènes », « racailles », « animaux »… Voilà les termes employés par de nombreux internautes pour parler de Booba et Kaaris après leur rixe début août à l’aéroport d’Orly. Une bonne dose de haine et de racisme donc, mais pas seulement. « Ce qui est arrivé n’est pas bien, on a tous été surpris, mais cette affaire est disproportionnée, estime Fif, journaliste et cofondateur du site spécialisé dans le rap Booska-P. On a l’impression qu’il y a eu un attentat, et les médias entretiennent ça en utilisant sans cesse les mêmes clichés. »

« Il y a quand même une réflexion à mener, pour voir derrière ce qu’on en retire comme comportement dans le vivre ensemble, quand on a 12-15-16 ans, qu’on grandit en banlieue, que c’est difficile, et que le rap est comme une espèce d’autre monde qui fait rêver », commentait notamment l’éditorialiste Christophe Barbier sur le plateau de BFMTV, au lendemain de la rixe, mettant sans cesse en exergue, « la culture de la violence » dans le rap. Il ne s’agissait donc plus uniquement d’un conflit entre deux hommes, mais d’un problème plus global : le rap. « Quand Bénabar et Biolay se sont tombés dessus, on n’a pas fait de généralisations comme ça, plaisante Fif, et quand ça touche des rockeurs, on ne dit pas que le rock dérape ». Un traitement médiatique qui en dit long sur la manière dont est considéré ce genre musical.

Incompréhension et discrédit

Juste après le fait divers, et sans se concerter, les journalistes et spécialistes du rap français ont décidé de s’écarter du débat médiatique, en refusant quasi systématiquement les nombreuses sollicitations des médias généralistes. « La plupart ne nous appellent que dans ces moments-là, pour une bagarre qui ne représente pas grand-chose sur trente ans de culture, explique Fif. Ils ne comprennent pas le rap, en parlent mal et essaient de le décrédibiliser. Ils cherchent sans cesse à réexpliquer ce que c’est, le considèrent d’ailleurs toujours comme un petit phénomène, alors que cette musique fait vendre beaucoup, remplit de nombreuses salles et des festivals ».

Une méconnaissance de l’industrie musicale, mais aussi une fâcheuse tendance à l’utilisation de raccourcis. « Ils parlent constamment des rappeurs sous le prisme de la banlieue, les considérant comme des racailles. Alors que la plupart sont désormais des businessmen, des entrepreneurs, des gens intelligents qui ont réussi ». Mais la réussite de ces artistes, et leur propension à la mettre en avant, est justement l’un des points qui leur est reproché. « Ça va sans doute faire vendre encore plus de disques parce que la culture de la violence c’est aussi un business », affirmait entre autres Christophe Barbier.

A la violence gratuite, s’ajoute donc le soupçon d’un beau coup de com. « Ce n’est pas le cas. Je ne vois pas où est le kiffe de risquer la prison vu le train de vie que mènent Kaaris et Booba, qui sont aussi pères de famille. Ces deux artistes ne sont pas sur le déclin, cette bagarre n’avait aucun intérêt pour eux, ils se sont juste retrouvés par hasard au même endroit, au même moment. »

« Juste deux mecs qui ne s’apprécient pas »

Aussi spectaculaire (et cocasse) soit elle, la scène de l’aéroport nécessitait-elle pour autant un tel emballement et une telle remise en cause de la culture rap ? « Les médias ont tendance à considérer qu’il y a des gentils et des méchants rappeurs, mais ce n’est bien entendu pas le cas. Le rap est multiple, oui il y a un rap dur, mais ce ne sont pas des criminels, défend le cofondateur de Booska-P. L’affaire a fait naître plein de débats, alors qu’à la base, ce sont juste deux mecs qui ne s’apprécient pas. »